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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LA LUMIÈRE DE LA SAGESSE NE PEUT
    TE BRÛLER LA RÉTINE)

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    LONG RÉCIT AU LONG COURS (1/48)
    pcc Benoît Barvin et Blanche Baptiste

       Elaine Cantagril découvre un des nombreux secrets qui rôde dans le couvent, via la Mère Supérieure et l'apothicaire...

    ANGÉLUS 
    ou
    LES SECRETS DE L’IMPALPABLE



    Vanité sur une face, Entourage de Jacopo Ligozzi

     (1550 - 1627)

    CHAPITRE 19

       Ce qu’Angélus avait tant redouté pendant son absence s’était réalisé : sa sœur Camille avait sombré dans la folie mystique. Bien entendu, pour ses consoeurs, elle semblait correspondre à l’idée que l’on peut se faire d’une religieuse. Elle en possédait l’attitude et les effets de langage appropriés. 

       Si sa conduite, ces derniers temps, avait pu en alerter certaines, c’était plus parce qu’elle choquait leurs propres convictions, elles-mêmes déraisonnables, voire absurdes, aux yeux d’Angélus. Pour lui, ce que les Soeurs pouvaient critiquer chez Camille, n’était que l’expression naturelle d’un être qui veut jouir de la vie. Il n’y avait rien de répréhensible à s’occuper de son corps, ni blasphème, ni injure faite à Dieu, ni pacte avec le Démon. 

       Que ces gens qu’il haïssait puissent croire à de telles sornettes et aller jusqu’à s’imposer des privations, quitte à souffrir toute leur vie durant de leurs pensées étriquées, il ne pouvait que le souhaiter. Mais que Camille, elle aussi, sombre dans ces tortures mentales, le désolait. 

       Il essayait de lui faire voir l’existence sous un autre jour ; il était allé jusqu’à lui proposer de s’absenter du couvent pour un temps. Il suffisait de prétexter une raison de santé ; le docteur Gleize aurait prescrit une cure d’eau et Angélus lui aurait fait découvrir les merveilles de Paris, de La Riviera et pourquoi pas de Florence. 

       Dans toutes ces villes, ils fréquenteraient les meilleurs hôtels, ils iraient à l’opéra où dansaient des êtres graciles au corps souple, au visage diaphane, dans des costumes de mousseline et de plumes blanches vaporeuses. Elle pourrait goûter la caresse de l’eau sur son corps, et le soleil aussi.

       Elle ne voulut rien savoir. Tout ce qu’il lui proposait rivalisait trop avec les beautés promises par une vie faite de contrition. Angélus, son ange, prenait alors pour elle les traits du démon. La seule consolation de ce dernier était de constater l’efficacité de ses pommades.

       Camille était de plus en plus belle. Il craignait cependant qu’elle n’accepte plus bientôt de lui servir de cobaye, à la fois parce que cela remettait en cause ses principes religieux et aussi parce qu’elle devinait chez ses compagnes du soupçon et de la désapprobation. Or, si elle devenait rétive à essayer ses potions, Angélus n’aurait plus aucun sujet d’expérience. Camille était en effet la seule du bourg à qui il avait envie d’enlever les disgrâces. 

       Germaine, son autre sœur, restée vieille fille, venait le voir très souvent à l’officine. Elle lui trouvait bien évidemment un charme indéfinissable et n’aurait jamais pensé qu’elle puisse être en présence de son frère Jean. Aussi, elle lui contait ses misères, la vie ingrate qu’elle avait dû mener auprès de ce père ivrogne et surtout la malédiction qui pesait sur la famille Galin, cette laideur chronique portée à même la peau comme un tatouage indélébile. 

       Ses propos n’avaient jamais ému Angélus, de sorte qu’il lui avait administré le même traitement qu’aux gars et aux filles du bourg : une de ses pommades qui les liaient pour toujours à lui, à la fois drogue et poison et qui, selon la résistance de chacun, conduiraient les uns et les autres à une décrépitude profonde, lente ou brutale selon les cas. 

       Angélus aurait pu aider le hasard et accélérer la déchéance de ces pauvres bougres mais, au début, il avait pris son temps, le même temps qu’il lui faudrait à lui pour recouvrer l’usage complet de sa main gauche ainsi que sa véritable beauté originelle. Il avait souhaité une vengeance longue et machiavélique. Lorsqu’elle serait consommée, d’ici un an pensait-il, il quitterait à jamais Fontseranne, ses pouvoirs intacts, sa pureté retrouvée. Et il emmènerait avec lui Camille, son chef d’œuvre. Alors il déploierait son art et deviendrait aux yeux de tous un virtuose incontesté. Il n’aurait aucun mal à se faire connaître et surtout à imposer ses credo. Il savait que, quoi qu’il touchât, il était capable de le métamorphoser et de lui conférer une grâce inégalable. Encore fallait-il que, d’ici là, Camille puisse sortir de cette dévotion déraisonnable pleine de bondieuseries. De ce côté, rien n’était gagné.

       Qui plus est, la vie dans le bourg devenait de plus en plus difficile à supporter. Tout y était médiocre, mesquin, attaché lourdement aux vicissitudes terrestres. Rien d’aérien, de léger, d’artistique, de créatif. Cela allait faire quatre ans déjà qu’il menait cette vie terne, seulement ensoleillée par les joies de la vengeance.

       Et pour finir, cette dernière ne lui procurait pas toutes les satisfactions qu’il aurait aimé en tirer. Bien sûr, il voyait chez ses anciens camarades la décrépitude faire son chemin ; bien sûr, tous et toutes venaient à lui comme on va voir le Sauveur, espérant à chaque fois le miracle, qui ne manquait pas de s’accomplir, jusqu’à la prochaine rechute qui faisait d’eux des esclaves encore plus dépendants de leur maître. 

       Mais tout cela n’était pas à la hauteur de ce qu’il avait espéré. Certes, avec son dernier produit, il avait réussi à rendre des parties de leurs corps insensibles de sorte que les malheureux se mutilaient sans cesse. A ce propos, le docteur Gleize l’avait mis dernièrement en garde, lui disant que ces manifestations étranges allaient éveiller des soupçons chez les Fontserannais, et nuire à leur commerce.

       - Vous vous souvenez de notre accord, Angélus ? avait-il dit. Je vous laisse tranquillement expérimenter vos produits, je couvre même vos manigances sordides dont je ne veux rien savoir mais, en échange, vous me fournissez plusieurs formules de produits pour embellir la peau. Et ceux-ci ne doivent avoir aucun effet secondaire, comme le premier que vous m’avez cédé. Ma seule ambition est de devenir richissime. Vous, je ne comprends pas très bien vos motivations. Vous semblez ne vivre que pour approfondir votre science, aller toujours plus loin, tester encore et encore vos créations sur le vivant. C’est dangereux. A ce jeu-là beaucoup se sont brûlés. Alors, attention ! L’insensibilité qu’amènent vos onguents risque de nous coûter cher. Et je vous jure que si l’on remonte jusqu’à nous, je ne vous couvrirai plus. Comme il n’y a aucun moyen de prouver que je suis de mèche avec vous, vous serez le seul accusé !

       - Ne vous inquiétez pas, Docteur. Je sais ce que je fais, avait répondu le jeune homme d’un ton méprisant. Vous aurez vos formules...

       Cette vie médiocre, cette vengeance qui ne l’était pas moins influaient sur son caractère. Angélus en était à présent à se demander s’il ne souhaitait pas être enfin démasqué. Que ces gens sachent combien il les haïssait, et qu’ils reconnaissent sa toute puissance, voilà ce qu’il désirait vraiment. 

       Leur réaction serait alors très certainement violente, et face au nombre, que pourrait-il faire ? Non qu’il craigne la mort, mais il avait encore une tâche à accomplir, comme un serment qu’il s’était lancé : réussir à imiter l’œuvre de Dieu en recréant une humanité artificielle, d’abord par son aspect extérieur avant que de tenter d’en saisir les arcanes intérieures...

       Mais tout d’abord, Angélus voulait débiliter cette population un peu plus encore, la rendre aussi faible que laide pour, le jour de son triomphe, dire tout haut : « Je suis le frère de Camille Galin, celui-là même que vous avez maltraité autrefois. Voilà ce qu’il vous en coûte de m’avoir enlaidi et d’avoir mutilé mon don. ».

       Dans cette optique, depuis quelques mois il multipliait ses interventions, doublant les doses, rendant ses potions de plus en plus concentrées. Cela avait eu pour résultat de mettre tout Fontseranne en ébullition, comme au temps des grandes épidémies. Les superstitions et la peur de l’étranger qui n’avait cessé de couver en chacun, refirent surface, surtout chez les anciens. On se mit à douter du docteur qui venait d’un autre canton et, bien sûr d’Angélus, cet homme venu d’on ne savait où, et qui vraisemblablement n’était pas des leurs et ne le serait jamais. C’est ce qui avait motivé la mise en garde du docteur.

    ***
    (A Suivre)

    ***
    "Les lectrices et lecteurs de Tu Quoque
    sont de sales marxistes...
    - Oh Mon Dieu!"


    Délations et calomnies : 
    les petits flics du Web se déchaînent
    Violaine des Courières

       (...) Le 9 juin dernier, un Américain vantait impudemment ses infidélités dans un train en provenance de Philadelphie. Sa voisine, excédée, a publié sa photo sur Facebook avec cette mention : « Si c’est votre mari, sachez que j’ai supporté durant un trajet en train de 2 heures depuis Philadelphie ce loser et ses amis, qui se vantaient de leurs histoires ».

       Partagée 86 000 fois, la photo de cet homme est maintenant connue de tous. Le procès est déjà ouvert, et pourtant personne ne sait ce qui a poussé cet homme à se vanter de la sorte. Un discours factice ? Un besoin de « se la raconter » ? Ou une histoire vraie ?

       Quoi qu’il en soit, ni la présomption d’innocence ni l’avocat dont bénéficierait tout accusé n’ont pu être proposés à cet homme, dont la vie a dû être bouleversée par cette notoriété nauséabonde. Combien de conversations de ce type dans le métro, dans la rue ou la file d’attente d’un supermarché pourraient être épinglées, au risque d’instaurer un climat de méfiance destructeur entre les citoyens ?(...)

       (...) Preuve que la délation risque de devenir dangereusement tendance sur le Web, le Service fédéral d’information et de recherche sociale belge (Sirs), a annoncé son intention de lancer un site internet où tout citoyen pourrait dénoncer une personne qu’il soupçonnerait de fraude sociale.

       Cette information, aucun média français ne l’a relayée. Pourtant, l’initiative du Sirs belge n’est pas nouvelle. Elle est déjà appliquée aux Pays-Bas et pourrait être également employée en France, où le débat sur la fraude fiscale ne tarit pas. Jean-Claude Heirman, directeur du Sirs, explique : « Nous travaillons donc à l’élaboration d’un site internet sur lequel on pourra donner un certain nombre d’informations sur le fraudeur potentiel, pour que nous puissions agir. »

       Au premier abord, l’intention se veut louable. Quoi de plus efficace que de demander aux citoyens de participer au bien commun ? Cette initiative pourrait dissuader de nombreuses personnes à frauder, par peur d’être repérées par leur entourage. Seulement le principe de respect de la loi par la peur est caractéristique des régimes autoritaires et entrave la liberté d’agir.

       En réalité, les bonnes intentions de Jean-Claude Heirman ne sont pas crédibles, car le site web a prévu que ces dénonciations soient anonymes. Travail au noir, fraudes au domicile, chacun pourra dénoncer un voisin désagréable ou un collègue encombrant, et cela sans souci de voir son identité dévoilée à la personne dénoncée, sans parler de toutes les délations mensongères ! (Rebonjour à la France Pétainiste?) (...)
    Lire la suite sur:


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    (La Gorgone pratiquant ses exercices quotidiens)

    (VIA POWCAMP)


    Créature fantastique malfaisante de la mythologie grecquereprésentée sous les traits d’une femme à la chevelure constituée de serpents, et qui existait au nombre de trois.


    ***
    "Ils me prêtent ce drapeau pour me vêtir,
    moyennant un remboursement mensuel
     de gargouillements d'estomac"

    Les hyènes du microcrédit
    Bernard Nadoulek

       Le microcrédit a été créé dans les années 1970 pour aider les populations des pays en voie de développement qui n’ont pas accès au système bancaire. Il s’agit de prêter de petites sommes pour créer des activités économiques à un niveau local, une méthode de développement “par le bas”. Le concept a été développé au Bangladesh par Muhammad Yunus, un professeur d’économie, qui crée la Grameen Bank en 1976 et déclare que le crédit est un “droit”. Le microcrédit est porté par des ONG qui ne sont pas censées faire de bénéfice et qui sont censées proposer des taux de remboursement assez bas. 

       Trente ans plus tard, en 2005, le système atteint son apogée avec un bilan qualifié de positif par la Banque Mondiale. Le nombre de bénéficiaires est estimé à 190 millions dans le monde, dont 83 % dans les pays en voie de développement. Plus de 10 000 officines opèrent dans le monde et la microfinance a étendu ses activité aux assurances, à la téléphonie mobile et à la vente de produits alimentaires. Le microcrédit fait même école en Occident, pour aider les populations les plus pauvres. Les Nations Unies décrètent que 2005 sera “l’année du microcrédit” et Kofi Annan déclare qu’il est “une arme efficace contre la faim”. En 2006, Muhammad Yunus se voit attribuer le prix Nobel de la Paix.

       Mais, à rebours du miracle annoncé, entre 2006 et 2010, des centaines de femmes se suicident en Inde, victimes des contraintes économiques et sociales du microcrédit. En 2011, Muhammad Yunus est démis de ses fonctions à la Grameen Bank par la Cour Suprême du Bangladesh, suite à des révélations de détournement de fonds… Que se passe-t-il vraiment autour du microcrédit ?

       Si le scandale n’a éclaté que tardivement, c’est que pendant plus de 20 ans les principales sources d’information étaient des études élogieuses, et fausses, financées par les officines de microcrédit elles-mêmes ! Des études indépendantes* permettent aujourd’hui de nous faire une idée plus complète du phénomène.

       Première caractéristique, à un niveau mondial, 74 % des bénéficiaires du microcrédit sont des femmes, 97 % au Bangladesh. Pourquoi des femmes ? Nous allons le voir, parce qu’il est plus facile de faire pression sur des femmes pauvres, peu ou pas éduquées, pour obtenir des remboursements par intimidation. 

       Deuxième aspect, le prêt s’appuie sur la formation de groupes (familles élargies) solidairement responsable des remboursements. A l’intimidation des officines de crédit s’ajoute la pression sociale du groupe sur l’emprunteuse qui, à son corps défendant, devient dépositaire de “l’honneur des familles”. Il ne faut pas croire que ces femmes soient bénéficiaires du crédit, dans la plupart des cas l’argent est confié à leur mari, à leur fils ou à un homme de la famille. Ainsi, la vulnérabilité de ces femmes est instrumentalisée par les officines de microcrédit, d’où les vagues de suicides de ces femmes persécutées par les agents de remboursement et rejetées par leurs propres familles.

       Autre aspect : les taux de remboursement. Selon Yunus, les ONG de microcrédit, n’étant pas censées faire de bénéfice, elles devaient pratiquer des taux assez bas (de 10 à 15 %) pour permettre aux emprunteurs de sortir de la pauvreté et mettre hors jeux les tarifs prohibitifs des usuriers. Or, selon une enquête du New York Times*, la moyenne mondiale des taux d’intérêt du microcrédit est évaluée à 37 %, mais certaines officines pratiquent des taux supérieurs à 100 % (particulièrement au Nigéria et au Mexique)

       Ainsi, plutôt que de libérer les pauvres des usuriers qui prêtent à plus de 100 %, le microcrédit fait jeu égal avec eux. Plus encore, le microcrédit offre aux usuriers un nouveau marché : celui des prêts aux femmes qui ne peuvent rembourser leur microcrédit ! Ainsi se crée une spirale de l’endettement : les pauvres empruntent parfois plusieurs microcrédits, l’un pour rembourser l’autre, et en dernier recours, ils s’adressent aux usuriers qui finissent de les étrangler. Autre méthode scandaleuse, les officines de microcrédit retiennent parfois une part des prêts accordés (“pour permettre aux pauvres d’épargner”) mais exigent des intérêts sur le montant total des prêts…

       Dernier point abordé dans ce court article : les remboursements. Le microcrédit étant censé permettre de créer une activité économique, il serait logique de penser que les emprunteurs puissent disposer d’un peu de temps pour développer leur activité avant de commencer les remboursements. Et bien non, les échéances débutent immédiatement après l’emprunt (selon Yunus, “pour responsabiliser les emprunteuses”) et s’échelonnent sur des périodes très courtes, un an au maximum. 

       En 2007, au Bangladesh, après le cyclone Sidr, les emprunteurs victimes de la catastrophe étaient harcelés pour leur remboursement alors même que l’Etat demandait pour eux un moratoire de 6 mois ! Pour assurer ces remboursements, les agents du microcrédit n’hésitent pas à recourir à toutes les formes de violence, d’autant plus faciles à manier qu’elles s’exercent sur des femmes pauvres : dès qu’elles se trouvent en butte aux persécutions, elles ne sont plus protégées par leur entourage qui, par crainte de s’exposer, prend le parti des persécuteurs. 

       Les témoignages recueillis dans les enquêtes menées font état d’insultes, de harcèlement, d’humiliations, de séquestration, de vols de tous leurs biens et de destruction de leur maison. Pour les recouvreurs de créances, toutes ces violences sont justifiées par la pression à la rentabilité qu’ils subissent de leurs employeurs, ceux-ci allant jusqu’à retenir sur les salaires les créances impayées. (...)

       (...) Le principal résultat du microcrédit est aujourd’hui d’avoir fait entrer plus de 200 millions de pauvres dans l’univers de la consommation à crédit et de l’endettement auprès des banques ! (...) 

    * Pour les lecteurs désireux d’approfondir les questions soulevées par ce court article, voici 3 articles de référence qui renvoient à de nombreuses autres sources.

    1. “Microcrédits mais maxiprofits”, The New York Times, par Neil MacFarquhar, 22 avril 2010, repris parCourrier International : http://www.courrierinternational.co…
    2. “Les promesses non tenues du microcrédit : nouvelles preuves à charge”, 5 novembre 2011, par Stéphanie Jacquemont : http://cadtm.org/Les-promesses-non-…
    3. “Microfinance : Mythes et réalité”, par Danielle Sabai, 11 janvier 2012,http://daniellesabai.wordpress.com/…


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    Luc Desle

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (FAIS EN SORTE QUE TES POCHES TROUÉES
    CONTIENNENT BEAUCOUP DE PIÈCES)

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    (Femme indigène à double plateau
    pour mendier deux fois plus)



    cgi.ebay.fr

    Impérialisme : 
    Le combattre ou en être complice ?
    Jean-Pierre Dubois

       (...) Le combat anticolonialiste n’a jamais fait recette en France. Cela tient sans aucun doute au conditionnement idéologique (...) que la bourgeoisie a su mettre en oeuvre pour convaincre l’opinion du bien-fondé de la constitution et de la conservation d’un empire colonial.

       Cela tient aussi au fait, moins reconnu, que les forces impérialistes - toutes à leurs conquêtes territoriales et désireuses de s’assurer la paix sociale à domicile - ont fait en sorte qu’une fraction non négligeable de la population française bénéficie d’une partie de la rente coloniale. (principe qui prévaut pour tous les colonialismes, voir Rome notamment...)

       Dès la fin du XIXème siècle, Engels observait avec consternation comment la classe ouvrière anglaise s’était ralliée à la politique coloniale de son État. En 1858, il notait que celle-ci s’embourgeoisait de plus en plus et que cela lui semblait « logique » dans la mesure où leur nation exploitait « l’univers entier ». [1] Les ouvriers anglais jouissaient « en toute tranquillité […] du monopole colonial de l’Angleterre et de son monopole sur le marché mondial », ajoutera-t-il, plus tard.

       En 1902, c’est John Atkinson Hobson qui observe que les Etats qui possèdent des colonies peuvent à la fois enrichir leur classe gouvernante et corrompre leurs classes inférieures, « afin qu’elles se tiennent tranquilles ». [2]

       Sur ce point, Lénine est de l’avis d’Hobson qu’il cite dans sa célèbre brochure parue en 1916 [3]. Pour le révolutionnaire russe, l’idéologie de l’impérialisme et la défense de sa politique de domination pénètrent toutes les classes sociales, y compris la classe ouvrière.

       Il écrit : « Le capitalisme a assuré une situation privilégiée à une poignée […] d’Etats particulièrement riches et puissants, qui pillent le monde entier […]. On conçoit que ce gigantesque surprofit […] permette de corrompre les chefs ouvriers et la couche supérieure de l’aristocratie ouvrière. Et les capitalistes des pays avancés la corrompent effectivement : ils la corrompent par mille moyens, directs et indirects, ouverts et camouflés. » Pour parvenir à cette corruption, la bourgeoisie utilise « mille façons » parmi lesquelles les « milliers de sinécures aux dirigeants des coopératives, des syndicats, des chefs parlementaires », note Lénine.

       C’est cette corruption que Hannah Arendt qualifiera, plus tard, de distribution des « miettes du banquet impérialiste ». [4]

       En 1919, le Ier congrès de l’Internationale communiste dénonce la communauté d’intérêts dirigée contre les peuples coloniaux qui enchaîne l’ouvrier européen ou américain à la « patrie » impérialiste.

       En juillet 1920, Lénine revient sur le sujet : « Qu’est-ce qui explique la persistance de ces tendances réformistes en Europe et pourquoi cet opportunisme réformiste est-il plus fort en Europe occidentale que chez nous ? Mais parce que ces pays avancés ont pu bâtir et bâtissent toujours leur culture sur l’exploitation d’un milliard d’opprimés. » [5]

       Commentant les thèses de Lénine, le sociologue brésilien Emir Sader [6] remarque qu’elles permettent d’expliquer comment de larges secteurs de la classe ouvrière des pays capitalistes avancés en sont venus à privilégier les « intérêts nationaux » de leur propre Etat impérialiste au détriment des intérêts des peuples dominés. En quelque sorte, la solidarité nationale a primé sur la solidarité internationale.

       Pour Sader, « la question nationale a croisé le XXème siècle comme une des plus importantes et, en quelque sorte, des plus énigmatiques. Si dans la périphérie elle a assumé le caractère - plus ou moins prononcé - d’anti-impérialisme, de réaction et de résistance à la domination externe, au centre du capitalisme c’est le chauvinisme qui a prédominé ».

       Aujourd’hui, tout comme au temps de leur empire colonial, les Français acceptent très majoritairement les aventures guerrières de leur État en Libye, en Côte d’Ivoire, au Mali, etc. Dans le même temps, les partis de la gauche ont non seulement renoncé à s’y opposer mais le plus souvent font leur les « phrases philanthropiques-humanitaires » [7] censées les justifier.

       Le combat politique et les textes théoriques de Lénine et de ses compagnons n’auraient-ils plus rien à nous apprendre ? (...)

    [1] Engels écrivait à Marx : « […] le prolétariat anglais s’embourgeoise de plus en plus, et il semble bien que cette nation, bourgeoise entre toutes, veuille en arriver à avoir, à côté de sa bourgeoisie, une aristocratie bourgeoise et un prolétariat bourgeois. Evidemment, de la part d’une nation qui exploite l’univers entier c’est, jusqu’à un certain point, logique ».

    [2] John Atkinson Hobson, Impérialism, A Study, 1902.

    [3] Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme.

    [4] Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, L’impérialisme, Ed. Fayard.

    [5] IIème Congrès de l’Internationale communiste.

    [6] Emir Sader est diplômé de l’université de São Paulo (philosophie et science politique). Penseur d’orientation marxiste, il est membre du conseil éditorial du périodique anglais New Left Review. Il a présidé l’association latino-américaine de sociologie (ALAS, 1997-1999) et est un des organisateurs du Forum social mondial.

    [7] Expression utlisée dans une résolution du Ier congrès de l’Internationale communiste : « La question coloniale révéla clairement que la conférence de Berne était à la remorque de ces politiciens libéraux-bourgeois de la colonisation, qui justifient l’exploitation et l’asservissement des colonies par la bourgeoisie impérialiste et cherchent seulement à la masquer par des phrases philanthropiques-humanitaires ». La conférence de Berne en février 1919 était une tentative des partis sociaux-démocrates de faire renaître la Deuxième Internationale.


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    (Dieux parla à la femme
    et la supplia d'être moins nue)

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    "Vous voulez bien être nos ami(e)s?
    - Et nous apporter des bananes, surtout...
    - Tais-toi! Ils vont croire qu'on
    est intéressés..."


    Le bavardage, des primates à Facebook
    Fmariet

       (...) Robin Dunbar, Grooming, Gossip and the Evolution of Language, Cambridge, Harvard University Press, 1996, 230 p., Bibliogr., Index
       
       L'ouvrage de Robin Dunbar, publié dix ans avant le développement des réseaux sociaux, permet de mieux comprendre leur rôle et certaines de leur propriétés et limites

       (...) Le bavardage, terme péjoratif, traité avec condescendance serait en réalité essentiel. D'où le succès des réseaux sociaux numériques qui accordent au bavardage une place primordiale.

       Le langage est d'abord fait pour bavarder, pour se tenir au courant de la vie alentour, des proches, famille élargie, voisins, collègues, amis, etc. On bavarde dès la prime enfance. On bavarde en attendant, on bavarde au bistrot, dans les boutiques, on papotait à la veillée, on papote devant la télé, lors des cérémonies religieuses, au marché, dans la cour de récréation ; bavarder, c'est "rapporter" les toutes petites choses de la vie, parler pour ne rien dire sauf l'essentiel "tu es là, je suis là, voilà ce qui se passe". Le bavardage est tellement fondamental et urgent qu'il s'infiltre partout, même dans les réunions professionnelles, les conférences, les cours. Rien ne résiste à la tentation du bavardage. On "veut dire" ("You see what I mean"...), on répète...

       Racontars et commérages : le bavardage est formé d'énoncés échangés sur le monde qui "nous regarde", des autres qui nous intéressent (l'entre-nous : inter-esse) : qui fait quoi, avec qui ? Qu'est-ce qu'elle / il devient (gestion des stratégies amoureuses et matrimoniales) ? Qui dit du bien / du mal, elle le trompe, tu as vu comment il l'a regardée, tu crois qu'il est gay, etc. ? Que font ses enfants ? Et tout cela à propos des voisins, des collègues, des copains d'avant, des décès et des mariages, des récoltes.

       Pour Robin Dunbar, ce qui fait marcher le monde, le lubrifie en quelque sorte, est ce bavardage continu, sorte de grooming verbal : "it's the tittle-tattle of life that makes the world go round, not the pearls of wisdom that fall from the lips of the Aristotles and the Einsteins" (Ce sont ces petites saveurs de vie qui font le Monde, pas les perles de Sagesse sortant des lèvres d'Aristote ou d'Einstein) . "L'universel reportage" que dénonçait Mallarmé (et qu'illustraient selon lui les journaux) importe donc davantage que "l'absolu". Robin Dunbar réhabilite le bavardage.

       Le bavardage (gossip), interprété comme grooming, est déterminant pour l'entretien de la réputation, la gestion de l'influence (le rôle des invitations, des repas, etc.), de l'image.    Echanges, partages d'information, recommandations, complicité... 

       Les humains évoluent au sein de réseaux sociaux dont la taille maximum est de l'ordre de 150 personnes ("cognitive limit", "Dunbar's Number"). Au-delà, on ne sait plus de qui l'on parle, qui nous parle, ni à qui l'on parle. Que signifie, dans cette optique, 500 amis ou plus sur Facebook ? Tous les amis ne se valent pas (quantilage ?).

       - Le cercle restreint des personnes avec qui l'on a des relations étroites ("people with whom you can simultaneously have a deeply empathic relationship"), les "intimes", compte une quinzaine de personnes. C'est le nombre que l'on obtient si l'on demande à quelqu'un le nombre de personnes dont le décès le / la dévasteraient ; en moyenne, il / elle en cite en moyenne une douzaine (son nom : "the sympathy group").
       - La fréquence des inter-relations au sein d'un groupe varie avec sa taille. Couverture / répétition ?
        - La presse locale peut alimenter ce bavardage avec ses rubriques de faits divers locaux, son état-civil) ; la presse magazine peut aussi étendre le bavardage à des inconnus, des "people" ("intimate strangers"). 

       Si l'évolution du langage va dans le sens de l'optimisation du temps disponible pour les interactions (le grooming original prenant trop de temps), le réseau social avec son bavardage numérique représente-t-il le stade supême du grooming ? Les réseaux sociaux n'inventent pas le social, ils l'industrialisent, réseaux de sociétés qui n'ont plus le temps (cf. "It's complicated. C'est la faute à Facebook" !).

       Comment évoluera le bavardage ? Avec la communication numérisée (omniprésence, photographie et vidéo), le bavardage qui était jusqu'à présent un discours sans trace est désormais enregistré, écrit, réduit en data et metadata, stocké. Sa valeur pour le ciblage publicitaire est incomparable, d'autant que, pour l'instant, cette data est collectée gratuitement.
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    En savoir plus sur 

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    Luc Desle (avec le bref concours de Jacques Damboise)

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