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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LE SAGE A-T-IL RÊVÉ DE L'ÊTRE?)

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    (L'Homme aux deux cerveaux avait trouvé
    un moyen de les connecter au même moment)


    Smart men don’t mask “morning mouth” - 
    Chlorodent Toothpaste - 1954

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    (Maison de président détruite
    par le vent de l'histoire)


    loufane.com

    “Cher président, j'ai peur
    que vous continuiez à diriger ce pays”

    SINDISWA NENE
    MAIL and GUARDIAN

    Cher Président,

       J'espère que vous allez bien. Je vous remercie de prendre le temps de lire ma lettre. J'ose à peine imaginer à quel point vous êtes occupé. C'est aujourd'hui le grand jour, le jour de l'élection. [Ce 7 mai, les Sud-Africains se mobilisaient pour des élections générales]. Il y a si longtemps que je l'attends. Vous voyez, j'adore la politique et je n'ai pas les mots ou les gestes pour dire à quel point je suis honoré de pouvoir voter. C'est la deuxième fois que je vote. Pourtant, c'est comme si c'était la première. [Cette année, les "born free" votent pour la première fois].

       Nous devrions, en tant que citoyens de ce pays, nous contenter de respirer et de faire preuve de reconnaissance. Vingt années de démocratie, c'est quand même un exploit, vous ne croyez pas ? Certes, nous avons encore du chemin à faire, mais songeons à tout ce que nous avons aujourd'hui que nous n'avions pas il y a vingt ans. Je sais que certaines personnes vous font la vie dure et disent que rien n'a changé, mais j'ose croire qu'au plus profond d'elles-mêmes, elles ne pensent pas ce qu'elles disent. [A ce sujet, lire "Les oubliés de Kimberley"]. (...)

       (...) C'est cependant le cœur brisé et habité d'une profonde frustration que je vous écris cette lettre. Quand je regarde autour de moi, je vois des jeunes qui terminent leurs études mais qui, dès qu'ils décrochent leur diplôme, viennent faire gonfler les statistiques du chômage. Heureusement, le taux de chômage est passé, entre le troisième et le quatrième trimestre de 2013, de 24,5 à 24,1 %. Selon Stats SA, 141 000 emplois ont été créés pendant ce dernier trimestre. L'emploi a surtout progressé en raison d'une augmentation dans le secteur informel (123 000), mais aussi dans le secteur formel (64 000). S'il y a de quoi être fier, monsieur le Président, j'ai malgré tout l'impression que la situation est sur le point de devenir insoutenable.

       Le coût de la vie est devenu beaucoup trop élevé. J'ai récemment découvert que certaines personnes touchent un salaire mensuel de 2 500 rands [175 euros]. Je ne parle pas de stagiaires, mais de personnes qui travaillent depuis des années pour une même entreprise. J'ai moi-même déjà été dans cette situation, mais j'avais la chance de vivre chez mes parents et il m'était donc plus facile de m'en sortir. (...)

       (...) Ce qui me brise le cœur aussi, ce sont les allégations selon lesquelles vous auriez dépensé plus de 200 millions de rands [14,5 millions d'euros] pour rénover votre domicile privé. Deux cents millions, monsieur le Président ? Vraiment ? Je ne voudrais pas vous manquer de respect, à vous ni à votre famille, mais, à supposer que cela soit vrai, aviez-vous réellement besoin d'une telle somme pour embellir votre propriété ? Quelles que soient vos raisons, avez-vous songé, lorsque vous planifiiez ces dépenses, à ceux qui doivent survivre au lieu de vivre ?

       Je ne veux pas croire que vous avez rénové Nkandla sans considérer l'état des services publics qui, aujourd'hui plus que jamais, ont besoin d'être améliorés. Des maisons RDP [Programme de reconstruction et développement, mis en place par le gouvernement en 1994 pour construire des maisons aux millions de personnes mal logées et pour rétablir l'égalité sociale] attendent encore d'être construites, et le système d'éducation est dans un piètre état. Il suffit de penser aux pénuries de manuels scolaires et aux écoliers qui assistent à leurs cours à l'extérieur. Certes, les choses ont changé, mais il y a encore beaucoup à faire.

       Les citoyens de ce pays sont en colère, monsieur le Président. Les jeunes ont en eux une colère qui couve et qui me fait craindre pour l'avenir. J'ai l'impression que notre peuple laissera un jour éclater sa colère et que ce ne sera pas beau à voir. En 2012, le peuple égyptien s'est rassemblé et est descendu dans la rue pour exprimer ses préoccupations. Des violences ont éclaté et le peuple a pris les armes. Les Égyptiens ont décidé d'appliquer la règle selon laquelle c'est le peuple qui doit gouverner et ils ont renversé leur gouvernement. Je ne veux pas que cela nous arrive. Je ne veux pas que mon peuple recoure à la violence pour être pris au sérieux par ceux que nous croyions capables de mieux gouverner notre pays. Si cela se produit, des innocents seront blessés et nous cesserons d'aller de l'avant en tant que pays. (...) 

       (...) Vous parlez beaucoup, monsieur le Président, mais je vous suggère d'essayer une autre approche pour changer les choses. Ecoutez votre peuple : après tout, c'est lui qui vous a élu. Nous vous avons écouté lorsque vous faisiez campagne, et vous êtes devenu le président de l'Afrique du Sud. Chaque jour de votre vie, prenez une minute pour écouter les cris de votre peuple. Nous ne nous sentons pas floués politiquement par vos actions, mais je me sens personnellement trahi sur le plan social et affectif. J'avais confiance en vous et vous avez brisé ma confiance.

       Certains vous dépeignent comme un leader égoïste... J'essaie de vous défendre et de me convaincre que c'est faux, mais mon cœur se brise. J'espère que ces allégations ne sont pas fondées, parce que, si elles le sont, j'ai peur de voter pour l'ANC [Congrès national africain, le parti de Jacob Zuma]. J'ai peur que vous remportiez l'élection et continuiez de diriger ce pays. Détournerez-vous encore des millions de rands de fonds publics à des fins personnelles ? Pouvez-vous me promettre que cela ne se reproduira plus ? Je ne veux pas voter pour un autre parti, mais j'ai peur. J'ai peur que vous restiez président et que vous continuiez à ne pas écouter mon peuple. [L'ANC est quasiment asssuré de remporter les élections.]

       Tout ce que je vous demande, monsieur le Président, c'est de vous retirer et de laisser à quelqu'un d'autre la chance de gouverner ce pays si l'ANC remporte le scrutin du 7 mai. Vous avez fait du bon travail, mais je pense aussi que vous avez fait votre temps.

    Cordialement,

    Sindiswa Nene


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    "Le Monsieur riche il m'a dit que, si j'attrapais
    une fleur au vol, il me donnerait un dollar"


    (Non seulement la petite fille échoua tragiquement,
    mais le Monsieur Riche, qui avait parié avec
    ses collègues, remporta haut la main
    une belle somme...)

    A Bangladeshi girl hangs on to the side 
    of a train, Unknown Source

    ¤¤¤
    Benoît Barvin

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