• "Son oeil poché lui donna envie de manger une omelette". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (RENDS TON ÂME TRANSPARENTE
    COMME L'EAU DU LAGON)

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    Nouveau court récit au long cours (15)


    LE LIBÉRÉ 
    DU 
    CLUB MAD

       Rachel en apprend toujours un peu plus sur le fonctionnement interne du Club.




       Il a dû avoir un sérieux choc, Daniel. Quand les CRS cognent, ils n’y vont pas de main morte. A Gênes, les Italiens avaient fait fort dans le genre. La plupart des anti-mondialistes voulaient manifester pacifiquement et pareil à Bruxelles. Quoiqu’en dise Daniel, il est doux avant tout. Son nom de famille a déteint sur lui. Rachel le voit mal se lancer dans de véritables actions terroristes. A moins de porter en soi une souffrance dévastatrice, de n’avoir plus rien à perdre. Nos petites rébellions ne sont rien à côté, juste un moyen de se donner bonne conscience. On a tellement cautionné… et on continue.

       Voilà, ça y est presque. Son sac est plein à craquer. Elle portera sa trousse de toilette et ses … Nike à la main.

       - Daniel, c’est bon, je suis prête !

       Ils parcourent deux cents mètres sous les oliviers. Ce sont des mêmes identiques, plus en contrebas vers la mer, donc isolées de la sono. Le sol en ciment semble légèrement surélevé. Dedans, c’est pareil, avec en sus des lampes-appliques au dessus de chaque lit. Chouette, Rachel se dit qu’elle pourra lire un peu le soir, écrire à ses amies.

       La tête de Daniel se glisse dans l’entrebaîllement de la porte.

       - Ca te va ?

       - Nous sommes traités comme des VIP.

       Avoir retrouvé un confort sonore l’apaise plus que tout. Elle ne supporte plus le bruit depuis que son frère s’est laissé surprendre par le feu. Ils l’ont appelé, ils ont crié, fait sonner son portable pour l’avertir que les flammes étaient là, qu’il sorte vite, mais à cause de cette foutue musique qu’il écoutait toujours à fond dans son casque, il n’a rien entendu. Mais c’est son histoire à elle, et si ça les amuse, tous ces jeunes vacanciers, de s’en mettre plein les oreilles avec leur techno, ça les regarde. Du moment que ça ne déborde pas sur le silence auquel elle aspire. Elle est là pour être en paix, goûter aux plaisirs de ce lieu magique. Point final.

       - Ce doit être ouvert, le restaurant…J’ai un appétit d’enfer !

       Et aussitôt elle s’en veut. Pourquoi soudain évoque-t-elle l’Enfer ? Elle voudrait ravaler le mot, annuler cette expression populaire comme si elle faisait, en l’employant, offense aux propos du pêcheur. Cet homme l’a impressionné, nul doute.

    (A suivre)

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    "Heu, Madame la Baronne, l'expression
    Venez comme vous le sentez,
    n'était pas à prendre au pied de la lettre"

    Robert Mcginnis. 
    the exhibition. 001

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    (Ces deux portions d'Allemagne

    s'entendaient comme larronnes en foire
    pour s'amuser un peu aux dépends
    de l'Europe)



    "L'Allemagne est une poule
    qui aurait trouvé un couteau"
    entretien avec Guillaume Duval
     rédacteur en chef d'Alternatives économiques
    et auteur de Made in Germany, Seuil, 2013

       (...) / Dans votre livre Made in Germany, consacré au modèle allemand, vous vous montrez très critique vis-à-vis des réformes du marché du travail réalisées par le prédécesseur d’Angela Merkel, le chancelier social-démocrate Schröder. Pourquoi ?

      - C’est plutôt malgré Schröder que grâce à Schröder que l’Allemagne s’en sort plutôt bien aujourd’hui. Il faut bien comprendre qui fut Schröder. Nous, Français, avons tendance à considérer l’Allemagne comme un grand pays social-démocrate, sur le modèle scandinave. Cette vision est totalement fausse. L’Allemagne est un pays très conservateur, qui a été gouverné presque sans discontinuer par la droite. Le SPD est un parti puissant, mais qui a très peu exercé le pouvoir. Il l’a exercé, par exemple, avec Helmut Schmidt et Willy Brandt après la Seconde Guerre mondiale, mais toujours en association avec des partis de droite, CDU et FDP.

       Lorsque Schröder arrive au pouvoir, c’est donc la toute première fois que la gauche – SPD et Verts – est vraiment majoritaire. Mais paradoxalement, cette situation a surtout été l’occasion d’une politique très antisociale, comme n’en avait jamais connue l’Allemagne. Schröder a donc réussi une performance, en sept années d’exercice du pouvoir : il a fait de l’Allemagne un pays plus inégalitaire que la France, alors qu’elle l’était initialement moins.

       C’est évidemment pour cette raison que la droite, en Europe, l’utilise comme référence. Mais je ne crois pas du tout que Schröder ait servi les intérêts à long terme de l’Allemagne. Au contraire, il a affaibli l’un des principaux points forts du modèle allemand : son fort niveau de cohésion sociale.

       Par ailleurs, s’il a pu faire cette politique, c’est en exerçant une pression très forte sur les dépenses publiques. Sous sa direction, le SPD a renoncé à mettre en œuvre une partie importante de son programme, consistant à remédier à l’absence de structures pour accueillir les jeunes enfants. En Allemagne, faute de ces structures, de nombreuses femmes sont contraintes de choisir entre exercer un métier ou avoir des enfants. Ce qui contribue au lourd problème démographique que connaît aujourd’hui ce pays.

       Autre conséquence de cette pression à la baisse sur les dépenses publiques : l’Allemagne est le seul pays de l’OCDE qui soit en situation de désinvestissement public. Autrement dit, les dépenses d’entretien des routes, des bâtiments publics, sont insuffisantes pour pallier l’usure des équipements. Depuis le début des années 2000, le niveau des investissements publics allemands est plus de deux fois inférieur à celui de la France. On peut douter que cela soit une bonne manière de préparer l’avenir d’un pays…

       Finalement, cette politique a généré de très importants déficits publics. Durant les douze premières années d’existence de la zone euro, l’Allemagne a été incapable d’atteindre le critère de 3% de déficit public pendant 7 ans, et celui de 60% de dette publique pendant 11 ans. Un très mauvais élève du pacte de stabilité, en somme. Et c’est un comble que Schröder, qui a ajouté près de 39 milliards d’euros à la dette allemande, soit aujourd’hui présenté comme un modèle pour la gestion des finances publiques !

       / Pourtant, quand François Hollande se rend en Allemagne à l’occasion des 150 ans du SPD, il s’empresse de louer les réformes « courageuses » de Schröder…

       - Oui. Je mets ça sur le compte de la politesse. Mais si c’est davantage, s’il était convaincu que de telles réformes sont souhaitables en France, il nous engagerait alors sur une très mauvaise pente.

       Les réformes Schröder ont coûté très cher aux salariés allemands en termes de salaires : ils retrouvent tout juste aujourd’hui leur pouvoir d’achat de 2000. Elles ont aussi coûté cher en termes de niveau d’emploi : l’Allemagne n’a retrouvé qu’en 2010 son niveau d’emploi de 2000, si l’on comptabilise les seuls emplois qui génèrent des cotisations sociales.

       Car outre ceux-ci, se sont aussi développées, sous la houlette de Schröder, des formes de sous-emploi, notamment les fameux mini-jobs, qui consistent, lorsqu’un salarié gagne moins de 400 euros par mois, à l’exonérer presque entièrement de cotisations sociales. En contrepartie, il ne touchera aucune retraite… Aujourd’hui, environ 5 millions de personnes subissent ce régime.

       / Au bout du compte, est-ce qu’Angela Merkel ne serait pas en train de faire mieux que son prédécesseur ?

       - Oui, paradoxalement. Sa politique est un peu moins antisociale. Elle a corrigé certains excès, comme ceux, par exemple, de la réforme Hartz IV. Elle a également mis la pédale douce, à ses débuts, sur l’austérité budgétaire. Dans la période récente, on lui doit des efforts non négligeables, notamment pour mettre en place des crèches ou des modes d’accueil dans les écoles qui permettent aux gens qui ont des enfants de continuer à travailler.

       / Son actuelle popularité dans les sondages n’est donc pas tellement surprenante…

       - Pendant la période Schröder, l’économie allemande est allée très mal. Il y avait plus de 5 millions de chômeurs quand il a quitté le pouvoir. En revanche, l’économie a commencé à se redresser en 2005 environ, et elle a plutôt bien résisté pendant la crise de 2008-2009. Il est tentant pour les Allemands de l’attribuer à Mme Merkel. Je vois pour ma part d’autres éléments qui expliquent cette bonne santé économique, dont trois choses déjà présentes avant la crise, et trois choses qui se révèlent durant la crise.

       Avant la crise – et paradoxalement – c’est sa dépression démographique qui permet à l’Allemagne d’aller plutôt bien. En effet, si les Français tendent à ne voir que les bons côtés de la natalité, il faut savoir qu’élever des enfants a un coût. Il faut les nourrir, les loger, les habiller, les soigner, les éduquer… Autant de dépenses privées et publiques auxquelles les Allemands n’ont pas eu à faire face.

       La principale conséquence se fait sentir dans un domaine en particulier : celui du logement. L’Allemagne, qui a perdu plus de 500 000 habitants depuis le début des années 2000, a un marché de l’immobilier beaucoup moins cher que la France. Depuis 1995, les prix de l’immobilier ont été multipliés par 2,5 en France, alors qu’ils ne bougeaient pas d’un iota en Allemagne. Un logement à Paris vaut 8 000 €/m², contre 2 300 €/m² à Francfort.

       Ces deux facteurs – dépenses de logement contenues, moindres dépenses liées aux enfants – expliquent finalement pourquoi les Allemands ont supporté des politiques de modération salariale prolongées. Autre facteur de bonne santé économique avant-crise : la chute du mur de Berlin. Les Allemands pleurent beaucoup sur le coût de la réunification. C’est vrai, ça a coûté cher et ça a été difficile. Mais ça n’a pas eu que des inconvénients pour l’Allemagne. D’abord, ça lui a donné un marché intérieur plus vaste. Ensuite, nous, Européens, avons largement financé la réunification via les politiques peu coopératives menées à cette occasion par la Bundesbank.

       Enfin et surtout, les Allemands ont été les grands gagnants de la réintégration des pays d’Europe centrale et orientale dans le concert européen. Ils les ont incorporés très rapidement dans leur tissu productif. Avant la chute du mur, le principal pays à fournir l’Allemagne en sous-traitance était la France. Désormais, ce sont la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie. Et si l’on considère qu’il existe encore un écart de 1 à 5 entre le coût du travail en Pologne et en France, on mesure ce que l’Allemagne a gagné en termes de compétitivité/coûts de ses produits.(...)

    Lire la suite sur:


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    "Vous êtes sûre que cela ne me fera pas trop mal?
    - Sûre... Et puis, il vaut mieux perdre un doigt
    qu'autre chose, non?"


    Washington, 1918. “U.S. Navy Intelligence Bureau. 
    Fingerprint department clerks James A. Noonan,
     Mrs. G.G. Boswell.” Harris & Ewing glass neg.

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    Benoît Barvin

    « "Ce crayon sans âme dessinait sans peine des visages sans expression". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes"."On découvrit, dans mon cerveau, des pensées sans papier". Benoît Barvin in "Pensées pensées". »

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