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    Pensées pour nous-mêmes:

    (CHAQUE INSTANT

    LA TOMBE T'OUVRE

    SES PORTES)

    ¤¤¤

    "T'es dingue! Facebook va censurer tes seins!"

    whatucravin:

    ¤¤¤

    "Jenny! Tu t'es encore trompée de paire de...

    Ah, heu, pardon? J'avais pas compris...

    - Pauvre type!"

    (Source: palumbocathy)

    ¤¤¤

    "T'es une marrante, Sophie... Si si, je t'assure..."

    (Source: domquixotedospobres, via ollebosse)

    ¤¤¤

    Nadine Estrella


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LABOURER LE MALHEUR

    NE DONNE AUCUN FRUIT)

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    "Démarche sans contrainte,

    Oh Mon Aimée,

    Déesse de mes pensées"

     walk cycle by Pierre Rutz

    $$$

    https://pepscafeleblogue.wordpress.com/tag/economie/

    Moins d’impôts, plus de croissance?

    Le “ruissellement” à l’épreuve

    aux États-Unis

     Gabriel Hassan

       Trump promet que ce sera “la plus grande baisse d’impôts de l’histoire du pays”. Paul Krugman, le Prix Nobel d’économie et chroniqueur du New York Times, y voit plutôt “la plus grosse arnaque fiscale de l’histoire”. La réforme fiscale qui pourrait être votée par le Sénat ce vendredi 1er décembre est de première importance et divise profondément le pays. Elle est aussi un test à échelle géante de la théorie du “ruissellement”, qui veut que les revenus des plus riches tirent l’économie.

       Si Trump a obtenu quelques succès depuis son élection (comme la nomination du juge Neil Gorsuch à la Cour suprême), le Congrès, pourtant dominé par les républicains, n’a voté aucune grande mesure de son programme. L’abrogation de l’Obamacare, la réforme de la santé de Barack Obama, a échoué à de multiples reprises. Aujourd’hui, écrit The New York Times, les républicains ont à portée de main “leur premier vrai succès législatif de l’ère Trump”.

       Le Sénat a commencé l’examen d’un texte qui “réduirait les impôts de 1 500 milliards de dollars sur dix ans, transformerait le code fiscal pour les entreprises et acterait de grands changements dans l’imposition des particuliers”résume le journal new-yorkais. Le taux d’impôt pour les entreprises serait notamment ramené à 20 %, contre 35 % actuellement.

       Les sénateurs doivent voter ce vendredi. Mais, alors que les voix nécessaires semblaient en passe d’être acquises, les leaders républicains se voient forcés d’amender le texte pour convaincre des élus réticents face à la perspective d’une hausse du déficit budgétaire, signale Politico.

       Si le texte est approuvé, il devra ensuite être accepté par la Chambre des représentants (qui a déjà voté son propre texte le 16 novembre) ou faire l’objet d’une négociation entre les deux chambres du Congrès. Les républicains, qui ont utilisé une procédure accélérée dite de “réconciliation”, veulent que la loi soit envoyée au président avant Noël.

       The New York Times, entre autres, dénonce le caractère précipité des débats sur une loi fourre-tout, qui pourrait affecter de nombreux aspects de la vie aux États-Unis, dont la santé, l’éducation ou les services sociaux. “Le Sénat s’empresse de passer son projet de loi fiscale parce qu’il pue”écrit le journal en titre de son édito. Les républicains l’assurent : les réductions d’impôts vont tirer la croissance américaine, qui dépassera durablement les 3 %. Les entreprises, profitant de cette bouffée d’air dans leurs comptes, vont augmenter leurs investissements, leurs embauches et les salaires de leurs employés.

       Comme le note le Financial Times, c’est le retour de la théorie du “ruissellement” (trickle-down en anglais) de la richesse dans l’économie. Selon cette théorie, l’argent gagné par les plus riches et par les entreprises, placé dans des investissements productifs et dépensé, tire l’ensemble de l’activité économique et bénéficie in fine à tous. L’ancien leader républicain au Sénat, Trent Lott, déclare :

       “Je pense que si l’on ramène le taux d’impôt sur les entreprises à son juste niveau, si l’on baisse les impôts sur les particuliers et si les petites entreprises ne sont pas oubliées, nous aurons une explosion de la croissance. C’est arrivé après Kennedy, Reagan et Clinton.” Peu d’économistes sont convaincus par ce scénario. “Dans un récent sondage de l’université de Chicago, sur 38 économistes connus et issus de tout le spectre idéologique, un seul affirmait que les coupes d’impôts engendreraient une croissance économique significative”, explique The New York Times.

       Beaucoup voient cette réforme comme un simple “transfert de richesse aux entreprises et aux riches particuliers”, écrit le quotidien new-yorkais. De fait, “selon le Tax Policy Center – un think tank –, 60 % des bénéfices de la réforme iraient dans la poche des 1 % qui gagnent le plus”, note le Financial Times.

       En outre, les économistes s’inquiètent eux aussi de la hausse du déficit budgétaire fédéral, qui “contrebalancera les effets bénéfiques”, indique Alan Auerbach, de l’université de Californie à Berkeley. Pour l’économiste William Cline, du Peterson Institute for International Economics (un autre think tank), l’histoire ne plaide pas non plus en faveur de la théorie du “ruissellement”. “Il y a eu une forte réduction du taux d’impôt légal sur les entreprises, d’environ 50 % dans les années 1960 et 1970 à environ 35 % en 1988, mais peu de réponse au niveau du taux d’investissement des entreprises”, résume notamment le Financial Times.

       Les experts ne sont pas les seuls à être sceptiques. “Je n’ai pas l’impression que ce soit une réduction d’impôts pour les classes moyennes – c’est juste pour les riches”, déclare au Financial Times Roy Padilla, qui travaille à la plonge dans un hôtel de Las Vegas.

       D’après un sondage réalisé à la mi-novembre par l’université Quinnipiac, 16 % seulement des Américains s’attendent à une baisse de leurs impôts, et 61 % estiment que ce sont surtout les riches qui en bénéficieront. Et ce malgré les sommes dépensées par de gros lobbies dans des campagnes publicitaires et des appels aux électeurs dans certains États, précise le journal britannique. “Le ruissellement économique, ça ne marche pas”, tranche Casey Jones, fondateur d’une brasserie en Virginie. “Quoi qu’il advienne de la réforme fiscale, il n’en résultera pas un investissement significatif pour les entreprises. En général, ça débouche sur une distribution significative [de bénéfices] aux actionnaires.”

    https://www.courrierinternational.com/article/moins-dimpots-plus-de-croissance-le-ruissellement-lepreuve-aux-etats-unis

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    Benoît Barvin


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (CHAQUE NUIT EST

    UNE NOUVELLE FUITE)

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    "T'as mis un soutien-gorge?

    - Hein?

    - Face de bouc veille, tu sais..."

    "Les propos positifs de ma Belle-Mère à mon égard possédaient quelques échardes". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

    Source: redgrins

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    https://carolinefourest.wordpress.com/2015/01/31/dessine-moi-mahomet-la-vraie-histoire-de-laffaire-des-caricatures/

    Religion, violence

    et radicalisation

       Mezetulle1 a publié une série d’articles sur le sujet brûlant « Religion et violence »  : les religions portent-elles en elles la violence, et si oui certaines plus que d’autres ? ou bien au contraire la violence religieuse est-elle un dévoiement de la religion authentique ? Ce débat en rejoint un autre qui a gardé toute son actualité depuis deux ans : le terrorisme djihadiste découle-t-il d’une radicalisation de l’islamisme, ou bien est-il simplement l’expression d’une révolte radicale dont l’islamisme ne serait que l’habillage, somme toute secondaire, et par conséquent innocent ?

       Dans ces débats, les positions peuvent être multiples et nuancées. Tentons une synthèse, en ne perdant pas de vue ceci : l’état des sociétés et des rapports de classes jouent un rôle déterminant dans l’apparition et le développement des idées, religieuses ou autres, et celles-ci à l’inverse jouent un rôle dans l’évolution de ces rapports. Demandons-nous donc à chaque moment quels sont les intérêts de classe qui sont en jeu.

       Premier point : les religions, qu’on le veuille ou non, consacrent et confortent l’ordre social établi car, selon le mot de Montesquieu, « il n’y en a aucune qui ne prescrive l’obéissance et ne prêche la soumission ». Même si des variantes peuvent exister qui entendent, au nom de la religion, critiquer l’état de choses existant (la théologie de la libération, par exemple), le principe général est « rendre à César ce qui est à César » et donc lui payer docilement l’impôt, l’ordre du monde ne pouvant être que conforme au dessein de la divinité. Cela à tout le moins, quand la religion n’intervient pas directement comme institution d’État et comme moyen de gouvernement dans les régimes théocratiques.

       L’affirmation même d’une transcendance, dont se réclame le fidèle, est une excellente propédeutique à l’obéissance et à la soumission : l’individu n’est pas censé agir selon un choix autonome en vue de son propre bonheur, mais pour obéir à une injonction supérieure, les mythes (qu’on songe au Jardin d’Éden ou à Prométhée) se chargeant d’illustrer le châtiment de l’homme révolté contre son créateur. Cela n’empêche pas le discours religieux, à l’occasion, de prendre la défense des pauvres, voire de dénoncer les abus des riches. Mais les pauvres ne sont intéressants que dans la mesure où ils restent pauvres, et ce discours ne s’accompagne pas, sauf exception, d’une analyse de classe et d’une doctrine politique qui proposerait de faire en sorte qu’il n’y ait plus ni riches ni pauvres.

       Cette contrainte inhérente au principe religieux devient facilement violence ouverte. De ce point de vue, les monothéismes, selon la thèse défendue par Jean-Pierre Castel2pourraient bien être plus violents que les autres, chacun s’estimant obligé d’assurer le triomphe de son Dieu sur les autres. L’enrôlement des populations sous une bannière religieuse est alors un excellent moyen de justifier les guerres, derrière lesquelles se nichent des motifs beaucoup plus matériels. Mais cela ne signifie pas que les autres religions ne portent pas en elles la violence. La solidarité entre religion et ordre politique existait dans l’antiquité, comme le montre le procès de Socrate, accusé non pas de ne pas croire à la divinité, mais de ne pas reconnaître précisément les dieux de la cité, et les persécutions contre les chrétiens, motivées par le fait qu’ils ne reconnaissaient pas les dieux de l’Olympe.

       Mais en même temps qu’elles punissent, les religions proposent pour la plupart une consolation, la promesse d’une récompense dans l’au-delà. L’affirmation de la transcendance, menaçante pour l’individu qui ne se conformerait pas ici bas à l’ordre voulu par elle, devient alors promesse d’un bonheur à venir qui permet de supporter les misères actuelles, c’est-à-dire l’exploitation, l’aliénation, les inégalités et les violences ouvertes ou rampantes inhérentes à la société de classes. Sur ce point, les religions sont bien, selon le mot de Jaurès, « la vieille chanson qui berçait la misère humaine », et jouent pleinement leur rôle d’idéologie : un système de pensée destiné à légitimer l’ordre établi et à le rendre plus supportable à ceux qui en font les frais.

       Ajoutons deux remarques.

       D’abord, il est vain de vouloir distinguer une religion des riches et une religion des pauvres, et c’est s’aveugler que de vouloir en conclure que l’une est bonne et l’autre mauvaise. De deux religions, que l’une recrute ses fidèles plutôt chez les riches et l’autre plutôt chez les pauvres n’empêche pas que toutes deux, on l’a vu, ne concourent à l’aliénation des uns et des autres (car dans la société de classes, les exploiteurs sont aliénés comme les exploités, sommés qu’ils sont de jouer sans relâche leur rôle d’exploiteurs sous peine de disparaître : il faut donc qu’eux aussi soient conditionnés à l’obéissance). Le christianisme à ses débuts était la religion des pauvres, et il a joué par la suite le rôle que l’on sait.

       Ensuite, ce que nous disons des religions peut s’appliquer plus largement à certaines doctrines philosophiques ou écoles de pensée. Le stoïcisme, en affirmant que tout ce qui arrive est le résultat d’une raison divine, participait à sa manière à la consécration de l’ordre établi, au point que sous l’Empire romain il avait fini par devenir une sorte de philosophie officielle. L’épicurisme lui-même, malgré sa réputation d’impiété et le fait qu’il refusait les valeurs transcendantes au profit de la recherche du plaisir, proclamait que pour être heureux il fallait de se contenter de peu et qu’il convenait se désintéresser de la politique : à ce titre, il aboutissait à l’acceptation à l’ordre établi. De nos jours, certaines doctrines à la mode, qui prêchent des modes de vie sains, épurés, en matière de diététique par exemple, ne sont pas loin d’une idéologie de la privation qui rejoint l’ascèse religieuse.

       Ces quelques principes d’analyse de classe, principes dénués d’originalité, mais qu’il est toujours bon de rappeler, nous permettent d’appréhender le phénomène djihadiste ou le développement du salafisme en Europe, de façon dialectique et en évitant les simplifications erronées. Dire, par exemple, que la jeunesse embrigadée dans le salafisme l’est par révolte contre l’état des choses, qu’à ce titre l’aspect religieux de cette révolte est secondaire, voire excusable, est le plus sûr moyen de se cacher le danger, puisque les religions, on l’a vu, n’ont aucune visée révolutionnaire et même, quand elles sont militantes, militent au contraire pour la réaction : de fait, nul n’a connaissance que l’islam politique ait la moindre sympathie pour la république et encore moins pour la république sociale. C’est à peu près comme si l’on disait que le Front National devient plus démocratique parce qu’il fait depuis plusieurs années un score considérable dans les milieux populaires.

       Dans un autre sens, traiter le développement de l’islam politique sur un plan seulement idéologique, ne voir dans le djihadisme qu’une mode sectaire lancée par une conjuration de groupes étrangers, se lancer dans des débats théoriques pour savoir si la violence islamique prouve le caractère intrinsèquement violent de l’islam, voire l’opposer sur ce point aux autres religions (faux problème puisque, on l’a vu, toutes les religions sont violentes en puissance ou en acte, à des degrés divers), c’est faire fi du terreau social sur lequel s’est construit son succès.
    De ce point de vue, le débat entre Gilles Kepel3 et Olivier Roy4 pourrait bien se réduire à un faux débat et les deux chercheurs être simultanément dans le vrai : dans son livre Terreur sur l’Hexagone, Gilles Kepel, tout en analysant les diverses étapes du développement international du salafisme et du djihadisme, et donc en se situant au niveau politique, ne manque jamais, quand il retrace le parcours de djihadistes notoires, de relever les données sociales qui les ont menés là : père absent (où l’on retrouve les problèmes de la condition féminine), parcours scolaire catastrophique (où l’on retrouve les problèmes de l’école libérale, qui non seulement ne combat pas l’échec scolaire, mais le multiplie), chômage, délinquance et trafics divers5, prison…

       Son analyse n’est aucunement incompatible avec celle d’Olivier Roy qui met au premier plan ces facteurs sociaux. Dans un précédent article6, nous avions montré comment le libéralisme, en désespérant la jeunesse, fournissait un terreau tout trouvé pour l’islamisme. Radicalisation de l’islamisme et radicalisation des individus se rencontrent et se confortent.

       Le paradoxe, dira-t-on, est qu’à ces individus révoltés l’islamisme n’offre aucune perspective d’émancipation, au contraire. Sans revenir sur son caractère totalitaire, on n’oubliera pas que son développement a pour origine la conjonction entre la stratégie antisoviétique des États-Unis en Afghanistan et les orientations réactionnaires de la monarchie saoudienne, le tout entrelacé avec les intérêts pétroliers : rien de libérateur là-dedans. Mais c’est toute l’habileté de l’idéologie que de s’appuyer, pour défendre l’ordre établi, sur l’adhésion enthousiaste de ceux qui sont le plus opprimés. C’est par le même processus que les propagandes bellicistes (pensons à 1914) ont pu envoyer à la guerre, la fleur au fusil, ceux qui avaient le plus intérêt à ce que la guerre n’ait pas lieu.

       Ce paradoxe, aussi vieux que la société de classes, paraît une nouveauté quand on compare le djihadisme avec les terrorismes des années 1970-1980, celui de la bande à Baader ou des Brigades Rouges. Ceux-ci, comme le remarque Alain Bertho7 prétendaient travailler à la libération de la l’humanité ; ils s’inséraient dans une époque où il était admis que le monde actuel pouvait être changé pour un monde meilleur. Or depuis la chute du bloc soviétique, le discours dominant a proclamé la fin des idéologies, voire la « fin de l’histoire ». Les épigones actuels de Baader et des Brigades Rouges n’ont plus alors pour perspective que leur propre mort. Par un retour en arrière qui n’est qu’un aspect de la réaction généralisée mise en œuvre par le néolibéralisme, le paradoxe d’antan reprend du service : l’embrigadement idéologique des opprimés au service du système qui les opprime.

       Fin de l’histoire, autrement dit fin de la lutte des classes ? Un coup d’œil sur les conflits sociaux, sur les révoltes, sur les émeutes urbaines, sur les fermentations qui font proliférer le djihadisme même, montre qu’il n’en est rien. Fin des idéologies ? ceux qui la proclament arguent de l’échec du bolchevisme et du stalinisme, pour en inférer la fin du marxisme (comme si celui-ci s’identifiait à ceux-là) et plus général de toute doctrine d’émancipation républicaine et sociale fondée sur une analyse de classe.

       Celle-ci, au contraire, n’a rien perdu de sa pertinence. Après les coups de boutoir des gouvernements d’obédience libérale qui ont patiemment œuvré à la démolition des organisations ouvrières, il reste à en reconstruire de nouvelles, à travailler, comme l’ont fait les militants il y a un siècle et demi et sans doute selon des procédures différentes, pour que la révolte diffuse se clarifie par les instruments de l’analyse politique, elle-même en rupture avec l’idéologie dominante, et pour qu’elle se constitue en mouvement d’émancipation.

    1. http://www.mezetulle.fr/ []
    2. http://www.mezetulle.fr/violence-monotheiste-jean-pierre-castel/#_ftn2 []
    3. http://www.liberation.fr/debats/2016/04/14/gilles-kepel-il-faut-ecouter-les-preches-du-vendredi_1446225 []
    4. http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/24/le-djihadisme-une-revolte-generationnelle-et-nihiliste_4815992_3232.html []
    5. où l’on retrouve l’économie parallèle et le marché de l’illégalité, conséquence du dogme libéral du « trop d’État » : http://www.fayard.fr/le-marche-fait-sa-loi-9782842055851 []
    6. http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/le-liberalisme-porte-en-lui-le-terrorisme-comme-la-nuee-dormante-porte-lorage/7398305 []
    7. https://www.bastamag.net/Il-faut-etre-clair-un-monde-a-pris-fin-il-n-y-aura-pas-de-retour-en-arriere#nb156-1 [

    http://www.gaucherepublicaine.org/debats/religion-violence-et-radicalisation/7400898

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    Luc Desle


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (SOIS CHALEUREUX

    MÊME EN ÉTÉ)

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    Daughter - "Get Lucky" (Daft Punk cover)

     

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    Daft Punk - Get Lucky (ft Pharrell) -

    Swing/ Vintage Cover by Flash Mob Jazz

     

    ***

    Daft Punk - Get Lucky (Miracles of Modern Science cover)

     

    ***

    Nadia Estrella


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (ÉVITER DE TANCER

    ÉPARGNE BIEN DES MAUX)

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    (Le vase de Soissons était sacrément résistant)

    (via These porcelains by Laurent Craste are subjected to all kinds of torture - PLAIN Magazine)

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    https://nawaat.org/portail/2011/05/19/la-censure-pour-les-nuls/

    La fin de l’Internet ouvert et le retour

    à l’âge des ténèbres (Counterpunch)

    Jonathan COOK

       Peut-on encore douter que l’accès à un internet relativement libre et ouvert s’achève rapidement en Occident ? En Chine et dans d’autres régimes autocratiques, les dirigeants ont tout simplement détourné l’Internet à leur guise, censurant les contenus qui menacent leur pouvoir. Mais dans l’Occident "démocratique", les chose se passent différemment. L’État n’a pas besoin d’intervenir directement - il sous-traite son sale boulot aux entreprises privées.

       Dès le mois prochain, le net pourrait devenir le jouet exclusif des plus grandes sociétés, décidées à tirer le plus de profit possible de la bande passante. Pendant ce temps, les outils pour nous aider à développer une pensée critique, la dissidence et la mobilisation sociale disparaîtront au fur et à mesure que « neutralité du net » deviendra un souvenir, une étape transitoire dans la « maturation » du réseau.

       En décembre, la Federal Communications Commission (FCC) américaine prévoit d’abroger les règlements déjà compromis qui sont en place pour maintenir un semblant de « neutralité du Web ». Son président, Ajit Pai, et les entreprises qui sont des fournisseurs de services Internet veulent faire disparaître ces règles, à l’instar du secteur bancaire qui s’était débarrassé de la réglementation financière pour pouvoir transformer nos économies en de gigantesques bulles spéculatives.

       Cela pourrait constituer le coup de grâce à la gauche et à sa capacité de faire entendre sa voix sur la place publique.

       Ce sont des dirigeants politiques - aidés par les grands médias commerciaux - qui ont ouvert la voie en fomentant de manière intéressée une panique autour des "fausses nouvelles" (fake news). Les fausses nouvelles, disaient-elles, se trouvent sur Internet et non dans les pages des médias commerciaux - les mêmes médias qui nous ont vendu le mythe des Armes de destruction massive en Irak, et qui ont aussi efficacement préservé un système de parti unique à deux visages [Parti Démocrate/Républicain - NdT]. Apparemment, le public ne doit être protégé que contre les blogueurs et les sites internet.

       Les géants des médias sociaux ont vite répondu. Il devient de plus en plus clair que Facebook s’immisce dans la diffusion d’informations des militants progressistes. Il ferme déjà des comptes et limite leur portée. Cette tendance ne fera que s’accélérer.

       Google a modifié ses algorithmes de manière à ce que le classement des sites d’importance à gauche s’effondre. Il devient de plus en plus difficile de trouver d’autres sources d’information parce qu’elles sont activement cachées.

       Google a accéléré ce processus cette semaine en "declassifiant" RT et Spoutnik, deux sites d’information russes qui offrent un contrepoids important – y compris avec leur parti-pris pro-russe - à la propagande anti-russe lancée par les médias occidentaux. Autant dire que ces deux sites seront censurés sur Internet pour la grande majorité des utilisateurs.

       RT est loin d’être une source d’informations parfaite - aucun média public ou privé ne l’est - mais c’est une voix vitale pour avoir des informations en ligne. Il est devenu un refuge pour beaucoup de gens qui cherchent des alternatives, souvent beaucoup plus honnêtes, pour critiquer à la fois la politique intérieure occidentale et l’ingérence occidentale dans les contrées lointaines. Bien sûr, il a son propre programme politique, mais contrairement à l’idée que se font de nombreux progressistes occidentaux, sur une vaste éventail de sujets, il donne une image beaucoup plus exacte du monde que les médias occidentaux.

       Et il y a une raison à cela. Les médias commerciaux occidentaux sont là pour confirmer les préjugés qui ont été inculqués à leurs publics tout au long de leurs vies - le principal étant que les États occidentaux agissent à juste titre comme des policiers bien intentionnés, quoique parfois maladroits, qui essaient de maintenir l’ordre dans d’autres États malveillants ou indisciplinés à travers le monde.

       Les médias et la classe politique peuvent facilement puiser dans ces préjugés pour nous persuader de toutes sortes de contrevérités qui font avancer les intérêts occidentaux. Pour ne prendre qu’un seul exemple - l’Irak. On nous a dit que Saddam Hussein avait des liens avec Al-Qaïda (il n’en avait pas et ne pouvait pas en avoir), que l’Irak était doté d’armes de destruction massive (il ne l’était pas, comme les inspecteurs en désarmement de l’ONU ont essayé de nous le dire), et que les États-Unis et le Royaume-Uni voulaient promouvoir la démocratie en Irak (mais pas avant d’avoir volé son pétrole). Il y a peut-être eu de l’opposition en Occident à l’invasion de l’Irak, mais peu étaient motivés par l’idée que ces éléments du récit officiel pouvaient facilement être dénoncés comme autant de mensonges.

       RT et d’autres sources d’information non occidentales en anglais fournissent un point de vue différent sur les événements importants, des angles d’analyse non obscurcies par un programme patricien occidental. Ces sites et les sites progressistes sont progressivement réduits au silence et mis sur liste noire, nous ramenant dans les bras des propagandistes commerciaux. Peu de progressistes ont élevé la voix au nom de RT, oubliant les avertissements de l’histoire, comme le poème anti-nazi de Martin Niemoller « D’abord ils sont venus chercher les socialistes ».

       Les règles actuelles de la « neutralité du réseau » jouent déjà en défaveur des progressistes et dissidents, comme le montrent clairement les développements que j’ai décrits plus haut. Mais sans ces règles, les choses vont empirer. Si les changements sont approuvés le mois prochain, les fournisseurs d’accès Internet (FAI), les sociétés qui nous connectent à Internet, seront également en mesure de décider ce que nous pouvons voir ou pas.

       Une grande partie du débat a porté sur l’impact de la suppression des règles sur les entreprises commerciales en ligne. C’est pourquoi Amazon et les sites pornographiques comme Pornhub ont été à la tête de l’opposition. Mais cela éclipse la menace la plus importante qui pèse sur les sites progressistes et les principes de la liberté d’expression déjà très vacillantes.

       Les FAI seront beaucoup plus libres de déterminer le contenu que nous pourrons voir en ligne. Ils pourront ralentir les vitesses d’accès aux sites "non rentables", ce qui est le cas par définition pour les sites militants. Mais ils pourront aussi imposer une censure à la chinoise, soit de leur propre initiative, soit sous la pression politique. Le fait que cela puisse être justifié par des motifs commerciaux, et non politiques, ne changera pas grand-chose.

       Ceux qui cherchent à trouver de vraies informations pourront trouver des solutions de rechange. Mais c’est une maigre consolation. La grande majorité des gens utiliseront les services offerts et ignoreront le reste.

       S’il faut trop de temps pour accéder à un site Web, ils cliqueront ailleurs. Si une recherche Google ne leur montre que les résultats approuvés par les entreprises commerciales, ils liront ce qui est proposé. Si leur fil Facebook refuse de leur fournir du contenu « non rentable » ou « faux », ils n’en seront pas plus contrariés. Contrairement à tous ceux qui se demandent ce que l’avenir nous réserve.

    Traduction "ce qui devait arriver arrive ?" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

    https://www.legrandsoir.info/la-fin-de-l-internet-ouvert-et-le-retour-a-l-age-des-tenebres-counterpunch.html

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    Benoît Barvin


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (C'EST BIEN DÉTESTER LA VIE

    QUE DE LUI FAIRE LA GRIMACE)

    ¤¤¤

    (Pour faire bouillir la marmite, le lapin blanc d'Alice

    faisait de la peinture à l'huile, moins rigolote

    que la peinture à l'eau)

    "Le cerveau de cette Blonde se trouvait dans ses fesses". Jacques Damboise in "Pensées bof".

    Moon rabbit

    http://superani.com/stone/

    ¤¤¤

    "Le cerveau de cette Blonde se trouvait dans ses fesses". Jacques Damboise in "Pensées bof".

    https://lucperino.com/443/dessins-humoristiques-medicaux.html

    Médicaments anticancéreux peu efficaces

    souvent toxiques et hors de prix : 

    réponses aux questions des lecteurs

     Le débat tourne d’abord autour des prix aberrants toujours plus élevés (on arrive à un milliard de dollars annuel pour un seul malade aux USA (Keytruda*). Ces prix absurdes sont de plus en plus dénoncés y compris par les oncologues qui utilisent larga manu des drogues car ils deviennent littéralement insupportables pour les assurances publiques et privées.

     Le pire, en contraste est leur efficacité faible et pratiquement toujours nulle sur la durée de vie des patients. L’étude britannique estime que 57 % des médicaments mis sur le marché européen entre 2009 et 2013 n'apportent aucune amélioration aux patients. Le Panorama de la Santé 2015 de l'OCDE observe que les niveaux de prix élevés « ne sont pas toujours synonymes de bénéfices importants ». Sur 12 nouveaux anticancéreux approuvés par la FDA en 2012, un seul offre un gain de survie supérieur à 2 mois ! (...)

       (...) Depuis plus de quinze ans, les agences de régulation américaine (FDA) comme européenne (EMA) autorisent la mise sur le marché de médicaments qui n’ont pas prouvé qu’ils pouvaient être utiles aux malades, et favorisent l’innovation (en réalité la commercialisation express) au détriment de la sécurité des malades[1]. Jadis elles exigeaient une balance avantages/risques bénéfique, démontrée par plusieurs études (2 études phase III au moins), sur de nombreux malades (plusieurs centaines ou milliers), suivis longtemps (plusieurs années). Elles se contentent maintenant d’un seule étude dite étude pivot, sur deux à trois cent malades (parfois moins) seulement suivis en moyenne un an (ce qui ne permet pas une analyse suffisante de leurs toxicité) ni de leur réelle efficacité sur la survie des malades. (...)

       (...) Le critère principal a changé : au lieu de la survie globale, critère objectif facile à obtenir et à vérifier (et qui constitue l’étalon or en cancérologie), elles se basent le plus souvent sur la durée de stabilisation tumorale ou le taux de réponse de la tumeur et comparent le nouveau médicament à rien (un placebo) au lieu de le comparer au meilleur traitement connu comme le prescrit pourtant la déclaration d’Helsinki. Ce changement de paradigme aboutit ainsi que le soulignent les associations de consommateurs européens[2] et de nombreux scientifiques [3] [4] [5] [6] [7] [8]à mettre sur le marché des médicament insuffisamment efficaces ou trop toxiques, à la balance avantages/risques défavorable[9]dont nous donnons quelques exemples dans notre livre à propos de cancers fréquents.

       De plus les résultats des études pivots ne sont même pas fiables [10]. Dans près des deux tiers des cas leurs résultats prometteurs sont infirmés par les études ultérieures[11]. Les études pivots minorent la toxicité dans près de 50% des cas et surestiment l’efficacité près d’une fois sur cinq, annonçant des résultats toujours plus favorables au nouveau médicament que ceux obtenus lors des tentatives de confirmation, Elles ne représentent donc pas l’usage en population réelle et leurs trop beaux résultats initiaux suggèrent même que certains d’entre eux ont pu bénéficier d’un « embellissement » avant présentation aux agences de régulation.

       A la FDA et à l’EMA, tout se passe comme si la croyance en « l’innovation est toujours bénéfique », avait remplacé l’analyse scientifique critique objective.

       Cette « foi » en l’innovation a été consacrée en mai 2017 par la FDA qui a accordé une mise sur le marché sans essai spécifique. Elle a en effet délivré une AMM au keytruda* pour toutes les tumeurs solides résistantes à la chimiothérapie, sur la simple constatation d’un marqueur biologique (MSI-H ou dMMR)[12], car « ça devrait marcher ». Deux essais de ce même médicament sur des cancers hématologiques venaient pourtant d’être interrompus car le keytruda* diminuait les chances de survie des malades traités !

       Il est urgent que nos gouvernants recentrent l’action des agences sur la fonction qui justifie leur existence, la protection sanitaire des populations[13]. Rappelons que tout accord de l’agence européenne de commercialisation s’impose à tous les pays de l’UE, qui n’ont leur mot à dire que sur l’accord de remboursement et son taux.

       Ces AMM « TGV » ou pony express, pour rappeler la conquête de l’Ouest sont généralement assorties d’une demande d’études complémentaires de tolérance et d’efficacité sur une population plus large supposée plus proche de l’usage en vie réelle. Mais plusieurs articles récents montrent que ces études ne sont pas toujours réalisées ou inconstamment publiées et que les agences se révèlent le plus souvent incapables d’interrompre la commercialisation[14] [15]dans des délais raisonnables, lorsque l’entreprise ne remplit pas ses obligations et même parfois lorsque le médicament s’avère inutile ou toxique.

       La perte de sécurité sanitaire liée à l’abaissement des critères de délivrance des AMM n’est donc pas compensée par un accroissement de la pharmacovigilance post AMM[16] [17], toujours confiée aux firmes (alors que la déclaration des accidents constatés est contraire à leurs intérêts financiers).

        Le rôle de la HAS et de l’ ANSM notre agence du médicament serait évidemment de faire un tri dans ces médicaments disponibles pour le traitement du cancer. Mais ce tri ne peut porter que sur le taux de remboursement qui devrait être d’autant plus faible que le médicament apporte peu ou pas d’amélioration du service médical rendu.

       Notre livre vise en autres à aider les malades ou leurs proches et leurs médecins traitants, à faire ce tri. L’exigence d’une amélioration pertinente du service médical rendu avant d’accorder le remboursement par la sécurité sociale constituerait le minimum d’une gestion efficace des deniers publics. Quel père de famille censé achète un appareil ménager ou une voiture qui n’apporte aucun avantage par rapport à ceux qu’il possède déjà et qui fonctionne toujours ?

       L’Union Européenne a dépossédé la France de son droit de refuser l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament qu’elle juge inutile ou dangereux. Notre agence du médicament a été transformée en simple chambre d’enregistrement des décisions de l’agence européenne. Les conflits d’intérêts des experts de l’EMA avec les entreprises du médicament[18] [19]et le lobbying considérable que ces entreprises exercent à Bruxelles leur permettent de faire accepter n’importe lequel de leur produit. Il ne reste comme protection des malades français que l’arme du remboursement, mais le gouvernement ne l’utilise presque jamais cédant trop facilement aux demandes des firmes, de certains médecins (qui se comportent comme leurs représentants de commerce) ou d’associations de malades abusés par les publicités ou les affirmations infondées de médecins qui dissimulent leurs liens d’intérêts avec les entreprises.

       Le nouveau gouvernement qui prône la transparence, un usage plus efficace de l’argent public et insiste sur la nécessité de réaliser des économies sur les budgets sociaux ne devrait-il pas :

       1°) exiger la publication de tous les liens d’intérêts des experts du médicament, des associations de malades et des membres du ministère en charge de la fixation des prix et du remboursement par une obligation assortie de peines dissuasives et proclamer que la sécurité sanitaire prime sur le secret des affaires.

      2°) n’accepter de ne rembourser que les médicaments dont l’amélioration de service médical rendu est indiscutable et dont le rapport cout/efficacité (évalué selon un processus totalement transparent, comme le font la Grande Bretagne, le Canada, ou l’Australie) est intéressant.

       3°) renégocier des prix des médicaments afin de revenir à des prix équitables. La négociation avec les firmes est souvent efficace en Italie, où le prix moyen des médicaments est environ 40 % moins cher qu’en France. (...)

    "Le cerveau de cette Blonde se trouvait dans ses fesses". Jacques Damboise in "Pensées bof".

    Geluck

    https://www.pinterest.fr/explore/humour-m%C3%A9dical/

       (...) Depuis le début de ce siècle l’augmentation des prix des traitements médicaux n’a cessé de s’accélérer, touchant tout particulièrement les thérapies ciblées, dont plus de 90 % sont pourtant incapables d’augmenter, ni le taux de guérison des malades souffrant de tumeurs solides, ni de prolonger de manière significative leur survie. Et ce ne sont ni les frais de recherche, ni de commercialisation, qui expliquent cette flambée des prix. L’exemple du Glivec est démonstratif. Son prix aux États-Unis est passé de 30 000 dollars par an en 2001, à 90 000 dollars en 2016, alors qu’il avait été largement amorti dès 2003. En 2012, sur les douze molécules anticancéreuses autorisées aux États-Unis, onze coûtaient plus de 100 000 dollars par an, soit en moyenne dix fois plus qu’en 2002.

       Ces médicaments souvent inutiles et parfois toxiques sont payés à un prix cent fois plus cher que l’or ! En cette période où le déficit des systèmes solidaires de santé menace leur existence même, qui peut encore le tolérer ? Le soutien à l’innovation, prétexté par le ministère de la santé pour justifier cette gabegie ne vise en réalité qu’à satisfaire le lobby pharmaceutique et ses nombreux affidés, qu’ils soient médicaux ou politiques. Si un tel soutien était économiquement justifié, il ne devrait dépendre que des ministères de la Recherche ou de l’industrie et ne pas peser sur le budget de la solidarité nationale de santé.

       Lorsque des moyens trop importants sont consacrés à des soins insuffisamment efficaces, cela se fait au détriment d’autres patients atteints d’autres maladies, moins rentables pour les firmes De nombreux associations[20] confrères l’ont maintes et maintes fois proclamé[21] [22]en vain jusqu’ici. L’indignation de nos politiques s’apparente le plus souvent à un rôle de composition avec des vœux pieux ou des promesses jamais suivies d’actes.

       En cas de refus des entreprises d’accepter un prix équitable les gouvernements peuvent délivrer une « licence obligatoire ». La licence obligatoire, prévue par l’organisation mondiale du commerce permet de suspendre l’application d’un brevet, dès lors qu’il menace la santé d’une population. Le prix mensuel peut alors passer de plusieurs milliers d’euros mensuels à quelques centaines.

       Une étude américaine récente[23] montre que l’application de ce mécanisme permettrait d’abaisser le coût annuel des drogues anticancéreuses innovantes dans une fourchette de 128 à 4020 dollars (contre 75 161 à 139 138 dollars), sans mettre en péril le marché du médicament, mais seulement une partie des dividendes versés aux actionnaires.

       L’Inde, la Thaïlande, l’Égypte, la Colombie ont déjà utilisé avec succès ce mécanisme de la licence obligatoire, malgré les tentatives opiniâtres des firmes d’en contester l’usage. En Inde, la licence obligatoire a permis de procurer à la population des médicaments génériques le Daraprim*, (payé 10 centimes contre 750 dollars aux États-Unis). Le Nexavar (175 dollars après une baisse de 97 %) et le Glivec (moins de 73 dollars contre 4000 ? Les blocages à l’émission de licences obligatoires sont politiques et non juridiques[24]


    [1] Davis C, Lexchin J, Jefferson T, Gøtzsche P, McKee M. "Adaptive pathways" to drug authorisation : adapting to industry ? BMJ 2016 ;354:i4437

    [2] bureau européen des unions de consommateurs fast-track approval for new medicines – patient safety at risk ? beuc position on adaptive pathways 01/07/2016

    [3] Naci H, Wouters OJ, Gupta R, Ioannidis JPA. Timing and characteristics of cumulative evidence available on novel therapeutic agents receiving Food and Drug Administration accelerated approval. Milbank Q2017 ;357:261-90. 1

    [4] Dyer O. Drugs with FDA accelerated approval often have weak evidence, study finds. BMJ 2017 ;357:j2905

    [5] Johnson JR, Ning YM, Farrell A, Justice R, Keegan P, Pazdur R. Accelerated approval of oncology products : the food and drug administration experience. J Natl Cancer Inst 2011 ;103:636-644.

    [6] Kim C, Prasad V. Cancer drugs approved on the basis of a surrogate end point and subsequent overall survival : an analysis of 5 years of US Food and Drug Administration approvals. JAMA Intern Med 2015 ;175:1992-1994.

    [7] Davis C, Naci H, Gurpinar E, Poplavska E, Pinto A, Aggarwal A. Availability of evidence of benefits on overall survival and quality of life of cancer drugs approved by European Medicines Agency : retrospective cohort study of drug approvals 2009-13. BMJ 2017 ;359 :

    [8] Rita Banzi ⁎, Chiara Gerardi, Vittorio Bertele', Silvio Garattinita Banzi ⁎, Chiara Gerardi, Vittorio Bertele', Silvio Garattini Ri Approvals of drugs with uncertain benefit–risk profiles in Europe European Journal of Internal Medicine 26 (2015) 572–584

    [9] Prescrire Rédaction ““AMM fractionnées” : projet dangereux del’EMA” Rev Prescrire 2016 ; 36 (390) : 293-299

    [10] Davidoff F, et al. Sponsorship, authorship, and accountability. Lancet 2001 ; 325 : 854 - 856. Publié simultanément dans 12 autres revues médicales

    [11] G. Delépine N. Delépine, S Alkhallaf Les résultats des études pivot en cancérologie sont-ils fiables ? 6° Colloque de Bobigny : « Sur- et sous-médicalisation, surdiagnostics et surtraitements » 28 et 29 avril 2017

    [12] Poole RM Pembrolizumab : first global approval.

    [13] Essais cliniques : un nouveau Règlement européen à améliorer Rev Prescrire 2013 ; 33 (360) : 781-783.

    [14] 1 Marciniak TA, Serebruany V. Are drug regulators really too slow ? BMJ 2017 ;357:j2867

    [15] Études post-AMM : détournement à grande échelle La revue Prescrire • Septembre 2017 37 N° 407 • 697

    [16] Spelsberg A “Contribution of industry funded post-marketing studies : survey of notifications submitted to regulatory agencies” BMJ 2017 ; 356 : j337 :

    [17] La revue Prescrire • Septembre 2017 • Tome 37 N° 407 • Page 697

    [18] « Le gendarme européen du médicament testé corrupto-positif », Le Canard enchaîné, 7 12 2011, p.3.

    [19] ECA (European court of auditors) (2012), Management of conflict of interest in selected EU Agencies ; Special Report no 15 2012

    [20] Dont médecins du monde dont la campagne d’information a été censurée par les agences de publicité

    [21] B Druker, C Gambacorti-Passerini, J Goldman inventeurs du glivec « The price of drugs for chronic myeloid leukemia (CML) is a reflection of the unsustainable prices of cancer drugs : from the perspective of a large group of CML experts Experts in Chronic Myeloid Leukemia » Blood. 2013 May 30 ; 121 (22) :4439-44

    [22] Dominique Maraninchi, Jean-Paul Vernant – appel des 110 (le 14 mars 2016).

    [23] Hill A., Gotham D., Fortunak J., et al., Target prices for mass production of tyrosine

    kinase inhibitors for global cancer treatment. BMJ Open 2016 ; 6

    [24] C. Grillon, « Les blocages sont politiques et non juridiques » (Médecins du Monde, avril 2017).

     https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/medicaments-anticancereux-peu-198853

    ¤¤¤

    Luc Desle


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LA MORT FAIT SOURIRE

    L'HOMME DE BIEN)

    ùùù

    https://www.pinterest.fr/explore/des-citations-des-minions/

    ùùù

    http://epicstream.com/features/Game-Of-Thrones-10-Fascinating-

    Behind-The-Scenes-Facts-You-Might-Not-Know

    Pouvoir, sexe et climat

    Michel WEBER
     

       Pourquoi le Trône de fer — dont le titre original est A Song of Ice and Fire — de George Raymond Richard Martin (1948–), et tout particulièrement son adaptation par HBO (« Home Box Office », une chaîne de télévision payante US-américaine), rencontre-t-il un succès quasiment planétaire ? À cause de la créativité de l’auteur, magistralement mise en image par des producteurs richement inspirés ? Parce que la vie « post-moderne » suscite, plus que jamais, un besoin de fantastique, de rêve et de mystère ? Ou plutôt car cette fiction politique agit comme révélateur de la crise que nous traversons ? Une crise dont les ramifications apparaissent totalement imprévisibles, et qui met en évidence les vices de la finance, la vacuité du politique et la factualité du changement climatique.

       Les meilleurs livres politiques — écrivait en substance Orwell — sont « ceux qui vous disent ce que vous savez déjà [1] ». Il s’agit cependant d’une connaissance particulière : je sais, et je sais que je sais, mais, en même temps, je ne veux pas le savoir et, parfois, je ne peux pas savoir que je sais. Un bon livre nous réconcilie donc avec nous-mêmes et avec notre préhension consciente, et appréhension inconsciente, du monde alentour. Cette connaissance est ici double : elle porte sur les événements contemporains, et sur la nature du pouvoir et de son exercice.

       Martin met en scène dans son roman deux menaces génériques, qu’il emprunte à une ancienne mythologie germanique : la glace et le feu. Le spectre septentrional (« Ice ») est constitué par la venue de l’hiver, de ses malheurs, de ses monstres froids (les « White Walkers » ou « Others »), et surtout de ses conséquences géopolitiques : les flux de réfugiés climatiques et économiques (les « wildlings » ou « Free Folk ») que Jon Snow cherche à canaliser. Le grondement méridional (« Fire ») s’origine dans la soif démocratique des esclaves des « cités libres » (Orwell serait heureux de cette pirouette), attisée par Daenerys Targaryen, et dans ses dragons. De ce point de vue, le récit de Martin, aussi complexe soit-il, est structuré par un axe qui traverse King’s Landing et qui unit Jon Snow et Daenerys Targaryen (qui sont du reste parents [2]). De plus, le pouvoir a été usurpé deux fois à Westeros : il a été confisqué au peuple et pris aux héritiers légitimes (ou aux derniers en date à se prétendre légitimes).

       S’il fallait proposer un raccourci saisissant avec nos sociétés moribondes, on pourrait avancer les deux thèses suivantes. D’une part, nos existences sont prises en tenaille par deux menaces similaires : le changement climatique, la famine qu’il annonce et les flux de réfugiés qui s’y originent, directement et indirectement, et le feu qui anime les peuples opprimés et qu’aucune mesure liberticide ne sera à même de contenir. D’autre part, penser froidement et systémiquement l’exercice du pouvoir — qui diffère de l’œuvre de gouverner — confronte tôt ou tard à la schizophrénie, à la sociopathie et à la psychopathie. Les sources de notre interprétation seront précisées chemin faisant ; notons déjà que les grands classiques de la philosophie politique (Machiavel, Hobbes, Locke, Sade…) cèdent ici la place à Orwell et, dans une moindre mesure, à Whitehead, Foucault et Lorenz [3]. L’apport de l’éthologie sera en effet précieux pour distinguer les modalités de la prédation, de l’agression et de la violence.

       En somme, contextualiser le Trône de fer permet de comprendre sa dynamique interne, son succès, et de jeter quelque lumière sur notre époque. De quoi parlons-nous ? De la crise globale systémique qui va balayer nos sociétés. De qui parlons-nous ? Des oligarques qui se font passer pour une élite. Comment gouvernent-ils ? Par la guerre, le complot et la torture. Pourquoi ? Il y a une folie propre à l’exercice du pouvoir. (...)

       (...) « Si on veut faire une œuvre un tant soit peu originale, on n’a pas besoin de reconnaissance ou du moins, il ne faut pas en attendre [4]. » L’écriture de ce roman épique, qui rappelle tout à la fois Balzac, Dumas, Hugo et Zola, a commencé abruptement en 1991. Martin était alors déterminé à suivre son instinct littéraire plutôt que de créer à tout prix un scénario rentable, ce que les anglo-saxons appellent un « blockbuster ». Depuis lors, sept volumes ont été publiés ou sont en gestation — A Game of Thrones (1996), A Clash of Kings(1998), A Storm of Swords (2000), A Feast for Crows (2005), A Dance with Dragons (2011), The Winds of Winter (attendu en 2016), et A Dream of Spring [5]— et rien ne dit que Martin s’en tiendra là.

       L’adaptation télévisée, qui est en cours depuis 2011, et à laquelle Martin participe en tant que producteur délégué et scénariste [6], appartient à un créneau qui avait été déjà exploré, mais avec moins de succès, par d’autres séries mettant en scène un épisode de l’histoire européenne en insistant lourdement sur la violence — et tout particulièrement la violence sexuelle — des gouvernants. Rome (deux saisons, 2005 et 2007) décrit la transition de la République à l’Empire au premier siècle avant notre ère et la guerre civile de César (49–45). The Tudors (quatre saisons : 2007–2010) dépeint le règne d’Henry VIII d’Angleterre (1491–1547). The Borgias (trois saisons : 2011–2013) propose une version romanesque du pontificat d’Alexandre VI (1592–1503). Game of Thrones (à l’antenne depuis 2011) est, quant à elle, directement inspirée de la Guerre des Deux-Roses (1455–1487), qui a opposé les maisons Lancaster et York, et de la guerre de succession entre les Capétiens et les Plantagenêt (1159–1259), telle qu’elle a été rendue par Druon [7]. La série Rome mise à part, le Moyen Âge tardif a donc été résolument mis en vedette ces dernières années.

       Ces feuilletons télévisés ne sont certes pas les seuls à proposer une vision cynique du monde politique. House of Cards (BBC 1990, puis Netflix 2013–) [8], par exemple, met également en relief les conspirations permanentes des principaux protagonistes pour acquérir et conserver le pouvoir. Mais l’intrigue, si machiavélique soit-elle, y produit ses effets dans une configuration « business as usual », alors que le Trône de fer dévoile comment la pourriture politique suscite une crise systémique et multiplie ses conséquences dramatiques. On est également à mille lieues de la vision très fleur bleue de Downton Abbey (2010–2015), qui met en scène des aristocrates délicieusement sophistiqués condamnés à arbitrer les conflits parfois sordides qui agitent leurs domestiques.

       Il faudra se poser la question de cette fascination pour le Moyen Âge et pour les vies sacrifiées aux réalités politiques les plus abjectes [9]. Demandons-nous tout d’abord dans quel cadre cette abjection résonne. (...)

       (...) Nous sommes en présence de deux importantes questions complémentaires : d’une part, dans quel contexte biographique les péripéties du récit de la Guerre des trônes ont-elles été conçues ? ; d’autre part, dans quel cadre socio-politique sont-elles lues et visionnées par la multitude ? Il faut retrouver l’humilité platonicienne, qui n’est ni feinte, ni cynique, lorsque le philosophe écrit : « il nous suffit d’accepter en ces matières un conte vraisemblable [10] ».

       La première question est plutôt exégétique et d’un intérêt secondaire pour notre argument pragmatique. Afin d’approximer l’horizon qui se profile chez Martin, il serait en effet nécessaire, mais pas suffisant, d’envisager son point de vue sur les différents aspects de la crise actuelle. Lors d’une interview, Martin rappelle à ce propos que Tolkien a lui-même toujours refusé d’admettre que Le Seigneur des anneaux (1954) constitue une allégorie de l’Angleterre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale [11]. Martin ne précise toutefois pas la nature exacte de son allégorie personnelle, à supposer qu’elle existe : la (re-)construire, ou à tout le moins l’esquisser à partir de données historiques et d’hypothèses de lecture, est précisément un des buts que s’assigne le présent essai.

       La seconde question est pragmatique : elle envisage les conséquences plutôt que les sources. Que peut-on conclure du récit de Martin étant donné l’état présent du monde ? La crise financière et ses satellites économiques, socio-politiques et énergétiques définissent une crise globale systémique qui est bien plus profonde que les crises systémiques de 1870 et de 1929. Les pics énergétiques sont en effet déterminants pour une société qui est bâtie sur une abondante énergie et, de facto, sur son gaspillage. Le pic de l’uranium (1980), le pic du pétrole conventionnel (2004), et le pic du gaz (2010) rendent inéluctable l’effondrement culturel annoncé déjà, mais pour d’autres raisons, par Tocqueville en 1835, par Emerson en 1836 et par Thoreau en 1849.

       Parfois la création littéraire permet d’aborder plus directement la réalité du quotidien que des travaux dits scientifiques [12]. Quel est, en trois mots, la nature de ce sentiment atmosphérique qui rend la crise globale à la fois évidente, omniprésente, et douteuse, évanescente ? Chômage, austérité et chaos.

       Primosi le taux de chômage harmonisé est, dans nos contrées (et selon les données du B.I.T.), de l’ordre de 8 %, le taux d’emploi (soit le rapport entre la population active occupée et la population en âge de travailler) est, par contre, de l’ordre de 60 %. Le différentiel donne une idée de la prise en charge réelle du chômage (30 % de personnes en sont exclus) et dévoile la magnitude et le caractère endémique du sous-emploi. En fait, la situation est pire qu’en 1933. Quoi qu’il en soit des statistiques [13], les populations précarisées et paupérisées sont en passe de devenir majoritaires, et l’imminence de ce basculement est palpable dans l’atmosphère de certains quartiers, voire de certaines villes — on pense notamment à Détroit (Michigan).

       La moitié de la population en âge de travailler est donc constamment sommée de sortir de sa léthargie, de se rendre employable, d’accepter si nécessaire (et généralement ça l’est) un emploi dévalorisant, précaire et sous-rémunéré, en espérant ne pas être remplacé trop rapidement par une machine. Du reste, si l’emploi en question n’est pas, à terme, automatisable, on suspecte qu’il n’est pas rentable non plus, et qu’il est donc socialement inutile, c’est-à-dire jetable. Le créneau le plus en vogue semble être celui des gens de maison, des domestiques sans statut, des hommes-à-tout-faire et des repasseuses-de-luxe. Mais pour combien de temps ? Des progrès énormes ont semble-t-il été réalisés dans la « robotisation » de la filière de l’aide à la personne [14]. Qui pourrait seulement prétendre y voir une bonne nouvelle ?

       Secundo, la démocratie représentative a joui d’une certaine efficacité à l’époque où le capitalisme industriel était triomphant et le communisme militant ; avec l’avènement du capitalisme financier et l’effondrement du bloc soviétique, le recours aux élections est devenu proprement carnavalesque — ce qui ne veut toutefois pas dire que les citoyens soient restés sans pouvoir politique. Au contraire, le pouvoir citoyen est encore immense, mais il ne s’agit plus que du pouvoir que leur confère leur consommation, et cette consommation est aiguillée par les contingences de la vie biologique et les contraintes de la vie sociale : il faut travaillerpour survivre et paraître pour vivre. Le producteur docile pourra donc s’épanouir comme consommateur assidu.

       Dans un environnement économique propice, l’oligarchie peut ainsi se contenter de manipuler le consommateur, mais lorsque viennent de très grands vents, il faut malheureusement s’en remettre à des solutions plus expéditives : le capitalisme financier retourne alors à ses amours fascistes et l’électeur-jetable, devenu brièvement consommateur dévoué, n’est plus qu’un interné en puissance. Telle est la vraie signification politique de l’austérité. La société de consommation a vécu, et le consommateur peut maintenant mourir d’oisiveté, d’inanition, de chagrin ou de dépit, selon ses moyens, sans que le pouvoir de l’oligarchie soit aucunement ébranlé. Les pressions sociales exercées par le chômage et par l’austérité sont complémentaires : la seconde achève le travail d’exclusion entamé par le premier. Mais ce n’est pas suffisant pour atomiser les masses.

       Tertio, le chaos totalitaire. La démocratie représentative n’a aucun avenir dans la configuration crisique actuelle. Dès 1974, l’économiste Heilbroner tire les conséquences du premier Rapport Meadows au Club de Rome (1972) et fait remarquer que seul un régime « très autoritaire » permettra de piloter la dépression économique qui s’annonce avec l’effondrement de la biosphère et la raréfaction des ressources, à commencer par le pétrole [15]. A posteriori, il faut constater qu’une reprise en main politique de l’économie, dès les années soixante-dix, aurait peut-être permis d’éviter la crise globale systémique actuelle. Il ne reste malheureusement maintenant, comme l’envisageait Heilbroner, qu’à subir un totalitarisme second. C’est de fait le tournant pris depuis 2001 aux États-Unis, d’abord, et en Europe, ensuite. Jean-Claude Paye montre, analyse juridique à l’appui, que la terre de la liberté et la patrie des courageux [16] est entrée dans la dictature souveraine, sans visée de retour au principe de légalité [17]. On retrouve au fond les mêmes conclusions chez Giorgio Agamben, Alain Badiou et Slavoj Zizek.

       Ces trois réalités ne constituent pas qu’un continuum sémantique : elles balisent la descente aux enfers des sociétés capitalistes. (...)

    https://pimpfdm.net/2014/06/10/humour-george-r-r-martin-joue-

    avec-ses-personnages-de-game-of-thrones-le-trone-de-fer/

       (...) Dans ce climat plombé, l’orchestre joue toujours. Les sirènes du consumérisme n’ont sans doute jamais été aussi séduisantes : l’obsolescence programmée des biens laisse indifférent ou suscite un enthousiasme infantile, le crédit à la consommation continue son œuvre de sape de l’économie réelle, et la publicité est plus omniprésente que jamais. Il existe depuis le début du XIXe siècle un inceste entre publicité, désinformation, mésinformation, bruit et propagande. Le marché de la « communication » a été créé par l’hybridation des nouvelles « évidences » comportementalistes et psychanalytiques.

       Il doit beaucoup à Edward Bernays (1891–1995) [18], qui fonde la première firme de « relations publiques » en 1919, et au « Committee on Public Information », auquel participent Bernays et Walter Lippmann (1889–1974), qui utilise l’expression « engineering of consent » déjà en 1922. Les médias ont, quant à eux, compris l’importance de l’ « infotainment » (1980) pour captiver leur audience. Comment survivre à l’audimat alors que s’informer fatigue et finalement déprime ? En rendant l’information divertissante, tout simplement. Dernièrement, le « tittytainment » (1995) a été jugé plus expédient et, avec lui, le passage du divertissement à l’abrutissement et à la stupeur.

       Face à cette dégradation résolument triste du tissu social, on entrevoit la décadence apparemment joyeuse de l’oligarchie. Il est essentiel, à ce propos, de s’entendre sur le lexique utilisé : ouvrons une parenthèse afin de définir les formes de gouvernement. Aristote (Politique, III, vii) développe, à la suite de Platon (République, III), une typologie des systèmes politiques qui aura une grande descendance (elle sera par exemple reprise par Hobbes). Il travaille avec deux questions : « qui gouverne ? » (un seul, une minorité, la majorité ?) et « dans quel but ? » (ses intérêts ou le bien commun ?). Ce faisant, Aristote ébauche une théorie des castes qui lorgne vers une théorie des classes. La matrice heuristique obtenue est la suivante : monarchie/tyrannie ; aristocratie/oligarchie ; démocratie/anarchie.

       Si un seul individu gouverne, nous obtenons, dans le meilleur des cas, une monarchie. Ce n’est pas un mauvais système dans la mesure où, théoriquement, le roi accède au trône sans devoir perdre sa virginité politique dans des luttes sans merci. De plus, un souverain éclairé (Platon parle du « philosophe-roi ») est susceptible de mener son peuple beaucoup plus sûrement qu’un conseil ou qu’une assemblée. Lorsqu’une tempête doit être surmontée, on s’en remet au capitaine de la même manière que la guerre est l’affaire du stratège. L’histoire montre toutefois que le monarque n’est pas toujours éclairé, loin s’en faut, et que le danger de la tyrannie est toujours présent.

       Le même argument peut valider un régime aristocratique, c’est-à-dire le gouvernement des meilleurs, de ceux qui sont les mieux éduqués et les plus vertueux. Chez Platon il y avait d’ailleurs déjà une pensée de la philosophie comme aristocratie. En pratique, l’aristocratie dégénère facilement en technocratie, en gérontocratie ou en ploutocratie (le gouvernement des plus riches).

       Jusqu’ici, on ne rencontre pas de vote et d’élection, si ce n’est dans un sens très limité. Dès lors que l’assemblée des citoyens est appelée à diriger collectivement la Cité, une telle procédure est inévitable. La lecture d’Aristote n’est toutefois pas naïve : la démocratie n’est pas le gouvernement du peuple mais celui des pauvres, et ceux-ci ne sont pas nécessairement très avisés dans leur gestion.

       Deux corrections lexicales sont donc importantes : d’une part, nos sociétés ne sont pas gouvernées démocratiquement, mais oligarchiquement ; d’autre part, cette oligarchie ne peut être qualifiée d’ « élite » car elle n’est pas une aristocratie, c’est-à-dire qu’elle ne cherche pas à gouverner pour le bien commun. L’enfer du pouvoir possède bien des facettes. Il y a d’abord les victimes de l’exercice du pouvoir ; il faudra préciser comment et pourquoi on devient victime. Il y a ensuite ceux qui se brûlent les ailes en cherchant à gravir les échelons du pouvoir. Il y a enfin le piège de la folie qui menace de se refermer sur ceux qui parviennent à préserver leurs prébendes.

       En somme, le roman de Martin met en évidence notre crise globale systémique et jette une lumière très crue sur les pathologies du pouvoir politique (schizophrénie, sociopathie, psychopathie). Il offre une pornologie du pouvoir qui est clairement susceptible de réveiller ses lecteurs, un peu comme G. Debord il y a cinquante ans…

    http://chromatika.academia.edu/MichelWeber

       M. Weber, philosophe, vient de publier Pouvoir, sexe et climat. Biopolitique et création littéraire chez G. R. R. Martin, Éditions du Cénacle de France, 2017. (ISBN 978-2-916537-22-1) ; cf.

    1. « The best books […] are those that tell you what you know already. » (George Orwell, Nineteen Eighty-Four [1949]. Introduction by Thomas Pynchon, London, Penguin Books, 2003, p. 229)
    2. Daenerys est la fille du roi Aerys II Targaryen (dit le « Roi fou ») et de Rhaella Targaryen, sœur d’Aerys II ; Jon Snow est le fils du prince Rhaegar Targaryen (frère de Daenerys) et de Lyanna Stark, la sœur d’Eddard Stark. (Le dernier épisode de la saison six — S6E10 — anticipe sur ce point The Winds of Winter.)
    3. Nicolas Machiavel, Le Prince [1532], Thomas Hobbes, Léviathan [1651], John Locke, Traité du gouvernement civil [1690], Carl Schmitt, Théologie politique [1922], Whitehead, Procès et réalité. Essai de cosmologie [1929], G. Orwell, Nineteen Eighty-Four [1949], Léo Strauss, Pensées sur Machiavel [1958], M. Foucault, Cours du Collège de France, 1978–1979 : Naissance de la biopolitique [2004].
    4. François Roustang, Le Thérapeute et son patient. Entretiens avec Pierre Babin, Paris, Éditions de l’Aube, 2001, p. 12.
    5. Éditions citées : A Game of Thrones [1996], London, Harper Voyager, 2003 ; A Clash of Kings [1998], London, Harper Voyager, 2003 ; A Storm of Swords. One : Steel and Snow [2000], London, Harper Voyager, 2003 ; A Storm of Swords. One : Blood and Gold [2000], London, Harper Voyager, 2003 ; A Feast for Crows [2005], London, Harper Voyager, 2006 ; A Dance with Dragons [2011], London, Harper Voyager, 2012. Les traductions françaises sont publiées par les Éditions Pygmalion et rééditées par J’ai lu. Les scènes du feuilleton sont, quant à elles, identifiées par la saison et l’épisode : « S3E10 » désigne le dixième épisode de la troisième saison.
    6. Martin a été l’auteur du scénario d’un épisode par saison (S1E8, S2E9, S3E7, S4E2) avant de se consacrer uniquement (par la force des choses) à l’écriture des livres : la saison 6, qui débutera en avril 2016, anticipera certains fils du récit des Winds of Winter.
    7. « The Accursed Kings has it all : iron kings and strangled queens, battles and betrayals, lies and lust, deception, family rivalries, the curse of the Templars, babies switched at birth, she-wolves, sin and swords, the doom of a great dynasty and all of it (or most of it) straight from the pages of history. And believe me, the Starks and the Lannisters have nothing on the Capets and Plantagenets. Whether you’re a history buff or a fantasy fan, Druon’s epic will keep you turning pages : it is the original game of thrones. » (George R. R. Martin, « My hero : Maurice Druon », The Guardian, 3 April 2013 : http://www.theguardian.com/books/2013/apr/05/maurice-druon-george-rr-martin) Martin se réfère aux Rois maudits de Maurice Druon (Librairie Plon et Éditions Del Luca, 1955–1977), qui occasionnèrent également deux adaptations télévisées (en 1972–1973 et en 2005).
    8. Le feuilleton US-américain de 2013 reprend la série éponyme de 1990, elle-même manifestement inspirée des vénérables Yes Minister (BBC 1980–1984) et de Yes, Prime Minister (BBC 1986–1988).
    9. On connaît la description fameuse de Hobbes de l’état de nature : « the life of man [is] continual fear, and danger of violent death ; and the life of man, solitary, poor, nasty, brutish, and short. » (Hobbes, Leviathan, Cambridge University Press, 1996, p. 84)
    10. « […] should be satisfied to ask for no more than the likely story. » (Platon, Timée et Critias, in Œuvres complètes, tome X. Texte établi et traduit par Albert Rivaud, Paris, Société d’Édition « Les Belles Lettres », 1985, 29d, cité par Whitehead dans Adventures of Ideas [1933], p. 106 ; cf. la Lettre VII, 341c, citée par Adventures of Ideas [1933], p. 147) Descartes ne dira pas autre chose dans sa Correspondance avec Élisabeth, 1643–1649.
    11. http://www.vanityfair.fr/culture/series/articles/le-phenomene-game-of-thrones-saison-4-2014/14501
    12. « Fiction here is likely to contain more truth than fact. » (Virginia Woolf, A Room Of One’s Own, New York, Harcourt, Brace and Company, 1929, chap. I ; cf. Pierre Bourdieu, La Domination masculine, Paris, Éditions du Seuil, 1998, p. 76.)
    13. Tout qui a étudié, ne fût-ce que brièvement, cette belle discipline connaît les nombreuses étapes qui demandent une décision de l’analyste (choix et mesure des données pertinentes, définition des variables, choix du modèle, du type d’erreur, etc.) et celles qui permettent l’interprétation (par exemple l’hypothèse de la linéarité d’un trend) sont encore plus nombreuses.
    14. « Romeo est un robot humanoïde d’Aldebaran Robotics qui vise à être un véritable assistant et compagnon personnel. » (http://projetromeo.com/) Ce projet n’a bien sûr ni queue ni tête : ce n’est pas un androïde qui risque de remédier à la solitude endémique de nos contemporains ; à la limite on pourrait penser à un vaste programme d’aide centré sur l’offre d’un chien d’assistance et de compagnie aux personnes à mobilité réduite.
    15. Robert Heilbroner, An Inquiry into the Human Prospect, New York, W. W. Norton & Company, Inc., 1974 ; Janine Delaunay, Donella H. Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers, William W. III Behrens, Halte à la croissance ? Enquête sur le Club de Rome & Rapport sur les limites de la croissance [1972]. Préface de Robert Lattes, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1972.
    16. « The land of the free and the home of the brave. » (Hymne national des États-Unis d’Amérique, 1814)
    17. Jean-Claude Paye, La Fin de l’État de droit. La lutte antiterroriste : de l’état d’exception à la dictature, Paris, Éditions La Dispute, 2004 ; cf. Dany-Robert Dufour, L’individu qui vient… après le libéralisme, Paris, Éditions Denoël, 2011. Une récente étude avance la même thèse, mais avec plus de retenue — les États-Unis ne sont plus une démocratie, mais une oligarchie — : « Our analyses suggest that majorities of the American public actually have little influence over the policies our government adopts. Americans do enjoy many features central to democratic governance, such as regular elections, freedom of speech and association, and a widespread (if still contested) franchise. But we believe that if policymaking is dominated by powerful business organizations and a small number of affluent Americans, then America’s claims to being a democratic society are seriously threatened. » (Martin Gilens and Benjamin I. Page, « Testing Theories of American Politics : Elites, Interest Groups, and Average Citizens », Perspectives on Politics, Volume 12, Issue 03 / September 2014, pp. 564-581, ici p. 577)
    18. Edward Bernays, Propaganda (New York, Horace Liveright, 1928) et The Engineering of Consent (Norman, University of Oklahoma Press, 1947/1955).

    https://www.legrandsoir.info/pouvoir-sexe-et-climat.html

    ùùù


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LE MALHEUR EST UN

    BONHEUR CONTRARIÉ)

    +++

    (Cette fois, Soraya attendait de pied ferme

    son mari soûlard)

    Over it, Kelly Reemtsen

    +++

    "Je ne quitte pas souvent la position fœtale mais,

    quand je le fais, je le regrette aussitôt..."

    Peanuts @itsPeteski

    +++

    "Harvey, t'arrêtes immédiatement, sinon je crie"

    Tattoo you, Maria uve

    +++

    Jacques Damboise


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LA MORT AUX BRAS DE SOIE,

    L'AIMES-TU?)

    ***

    "Plaignez les chagrins d'amour de

    la femme coccinelle"

    http://reikogeisha.tumblr.com/

    ***

    "Quel est le trouillard qui ne veut pas une baffe?

    - Moi, M'dame!

    - Non, Moi..."

    https://www.pinterest.fr/pin/392094711279607186/?lp=true

    DES CAVALIÈRES SCYTHES

    AU MYTHE DES AMAZONES

     Jean-Yves GRENIER

       C’est dans l’Iliade que les Amazones apparaissent pour la première fois dans la littératureLes historiens d’aujourd’hui considèrent en général que ces personnages féminins sont le fruit de l’imagination grecque. Redoutables guerrières vivant dans des régions lointaines, elles combattent avec courage de nombreux héros grecs. Elles tiennent une grande place aussi bien dans la mythologie que dans l’histoire imaginaire d’Athènes.

       Homère, dans l’Iliade, les met en scène dans la guerre de Troie puisque la légende veut que des Amazones guerrières aient offert leur aide au vieux roi Priam pour l’aider à défendre sa ville contre des envahisseurs venus de Grèce. Elles sont guidées par Penthésilée qui, après de grands exploits, est tuée par Achille, lequel regrette aussitôt d’avoir tué celle qui aurait pu devenir son amante. Ce combat épique et tragique à la fois a beaucoup contribué à répandre la légende des femmes guerrières au sein du monde grec. De fait, les motifs iconographiques représentant des Amazones sont très nombreux.

       Après celui d’Héraclès, observe Adrienne Mayor, les Amazones sont le thème le plus souvent représenté sur les vases grecs peints, mais elles apparaissent aussi sur les murs des cités. Des poupées à leur effigie ont même été retrouvées dans des tombes grecques et romaines, preuve que les Amazones étaient des modèles féminins disponibles pour les jeunes filles. Dans une société grecque pourtant hostile à l’idée de citoyenneté pour les femmes, leur légende constitue un message d’égalité entre les genres. «Les légendes et les mythes des Amazones parlaient d’une situation impossible dans la société grecque mais la rumeur disait qu’elles existaient dans un pays lointain.» (...)

       (...) Les Amazones tiennent donc une place essentielle dans la mythologie grecque. Ce constat, étayé par une impressionnante érudition, ne suffit cependant pas à Adrienne Mayor. Elle s’interroge sur leur place dans l’histoire. Les Amazones ont-elles vraiment existé ? Depuis quelques années, des preuves indiscutables montrent que les récits mythologiques les concernant s’appuyaient en partie sur des faits historiques car les Grecs connaissaient assez bien les Scythes. Grâce aux esclaves scythes travaillant dans les cités grecques ou à des voyageurs comme Hérodote qui évoque dans ses Histoires cette population vivant au bord de la mer Noire, ils avaient des idées sur leurs coutumes et leurs modes de vie. Or, ces peuplades nomades vivant dans les steppes accordaient une place importante aux femmes. 

       «Elles vivent libres et indépendantes, si sauvages que même les femmes font la guerre», écrit un historien de l’Antiquité. L’archéologie fournit de multiples preuves de ces observations littéraires. Pendant longtemps, les squelettes retrouvés dans des tombes avec des armes étaient considérés par principe comme des restes masculins. Des recherches récentes ont permis de montrer que beaucoup de ces tombes étaient au contraire celles de femmes. On estime aujourd’hui qu’environ une femme des steppes sur trois ou quatre était une guerrière active, inhumée avec ses armes (arcs, lances ou haches de guerre), et parfois avec son cheval. Par ailleurs, nombre de squelettes féminins retrouvés dans des tombes scythes avec des armes à leurs côtés portaient des traces de blessure reçues au combat.

       L’analyse scientifique des ossements prouve également que ces femmes montaient à cheval, chassaient et partaient à la guerre. Les mythes grecs comme les récits d’Hérodote étaient bien le reflet d’une réalité. «Les découvertes archéologiques, conclut Adrienne Mayor, prouvent sans l’ombre d’un doute que des cavalières, guerrières et chasseuses, ont été une réalité historique pendant plus de mille ans sur un vaste territoire qui s’étend de l’ouest de la mer Noire au nord de la Chine.»

       Pour en savoir plus, Adrienne Mayor veut «explorer les faits sous les mythes» afin d’y retrouver des «fragments de connaissance véridique». Enquête difficile, ouverte à bien des interprétations. Si les Grecs attribuent aux Amazones une sexualité généreuse, voire débridée, cette description n’était-elle pas le revers imaginaire des femmes grecques, reléguées dans la vie domestique ? Sa lecture critique des textes grecs croisés avec des études anthropologiques sur les peuples des steppes laisse entrevoir la grande liberté dont bénéficiaient les femmes. Un mode de vie sans doute plus égalitaire et des oppositions bien moins marquées entre les sexes favorisaient également des rapports amoureux moins contraints que chez les Grecs.

       L’importance du cheval dans la vie des steppes est cruciale car il est un facteur d’égalité, hommes et femmes partageant depuis leur enfance les mêmes savoir-faire propres à la chasse et à la guerre. Ils ont même en commun l’usage du pantalon, précise Adrienne Mayor, tenue unisexe très commode pour des cavaliers. Les Grecs, habitués au vêtement drapé, y voyaient au contraire un signe de féminisation inadmissible des Barbares ! (...)

       (...) Ultime étape de cette enquête au long cours, Adrienne Mayor s’interroge sur l’existence des Amazones dans les steppes à l’est de la mer Noire. Enquête délicate car ces populations n’ont pas gardé de traces écrites avant le milieu du XIXe siècle. Leur mode de vie nomade, marqué par une certaine égalité entre hommes et femmes, fait cependant que les guerrières sont aussi des personnages familiers dans les folklores d’Asie centrale et jusqu’en Chine. La figure de Mulan, incarnation très populaire de la guerrière chinoise, est bien une Amazone. Elle impressionna les Chinois tout comme ses sœurs du pays des Scythes fascinèrent les Grecs.

       En passant au crible de la critique les légendes et récits classiques ainsi que leurs interprétations occidentales, marqués par des préjugés qui empêchaient d’accepter - voire simplement d’imaginer - un rôle pour les femmes, le livre d’Adrienne Mayor est important et salutaire. Ouvrant de multiples pistes de réflexion sur la relativité historique des relations entre les sexes, il donne un fondement historique indispensable à un combat essentiel pour nos sociétés d’aujourd’hui.

       Adrienne Mayor Les Amazones. Quand les femmes étaient les égales des hommes (VIIIe siècle av. J.-C.- Ier siècle après J.-C.) Préface de Violaine Sebillotte. Traduit de l’anglais par Philippe Pignarre. La Découverte, 560 pp., 25 €.

    http://next.liberation.fr/livres/2017/11/15/des-cavalieres-scythes-au-mythe-des-amazones_1610284

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    Luc Desle


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (N'ATTENDS PAS LE MIRACLE,

    PROVOQUE-LE!)

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    (Sophia, quand elle avait bu, était beaucoup moins classieuse)

    (via ojdana)

    Source: antipahtico

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    http://large.canalblog.com/

    La promenade des Tuileries :

    l'impossible interview aux règles

    du jeu faussées

    Daniel Schneidermann

       Deux hommes marchent dans le jardin des Tuileries. Grandes allées désertes. Le fond sonore cristallin de quelques rires d'enfants. En toile de fond, le Louvre. Bernard Tapie a réservé à Laurent Delahousse sa première interview sur son cancer de l'estomac, dans une mise en scène démarquée (inconsciemment ?) de l'affiche du film de Robert Guédiguian "Le promeneur du Champ de Mars", consacré aux derniers mois de François Mitterrand malade. 

       La mâchoire de Nanar a toujours son coup de dents. La tignasse est décimée par la chimiothérapie. Tapie est soigné à l'hôpital Saint Louis. "L'hôpital public" remarque Delahousse. Tapie : "y a des moments dans la vie où il faut qu'on retombe sur terre. Le dévouement de ces gens. Ma nature d'origine c'est d'être en bas de l'échelle". Accessoirement, c'est peut-être dans cet hôpital que les soins sont les meilleurs. Allez savoir...

       En bas de l'échelle. Ou "dans le tiroir du bas". L'expression revient souvent. "Ma vie, ça n'a rien été d'autre, que de dire çà ceux qui sont dans le tiroir du bas : eh les mecs, y a pas de raison que vous y restiez".

       Et après avoir consacré sa vie à prôner l'ascension sociale par l'exemple, Tapie donne aujourd'hui des leçons de lutte contre le cancer. "Conseil de vie aux malades : ce qui marche, c'est l'énergie. Je me lève le matin avec l'envie de lui péter la gueule, au cancer." Et c'est pour cette raison qu'ils marchent, tous les deux. Pas question, le crabe, de l'attendre dans un rocking chair.

       Et Tapie prononce cette phrase, que Delahousse a fait buzzer sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours, pour teaser le grand moment de télé : "Quand on a 70 ans et plus, faut accepter qu'on va aller vers l'épreuve ultime, qu'est... qu'est la mort".

       Impossible interview un pied dans la tombe, aux règles du jeu faussées. Poser à Tapie de basses questions d'argent, ce serait agresser un grand malade. Delahousse le sait bien. Pas question de prononcer les mots "escroquerie en bande organisée", motif pour lequel Tapie pourrait comparaître devant le tribunal correctionnel, au terme d'une enquête en cours.

       Il se lance prudemment. Parle de l'affaire qui a"essoré" Tapie. S'enquiert : "Où en êtes-vous ? Vous êtes ruiné ?" Tapie ne répondra pas. Ne pas parler de son procès en cours. On n'est pas là pour ça. Sauf un peu, tout de même. Pourquoi Tapie, interrogé en Belgique sur "l'acharnement" dont il serait victime, a-t-il répondu à un journaliste : "demandez à mon estomac" ?

       Tapie : "Mon cancérologue, je lui dis mais pourquoi j'ai une tumeur aussi grave à l'estomac, alors que en général c'est les gens qui boivent bien, qui fument bien. Il me dit, vous savez ce que c'est, l'expression populaire se faire de la bile ? Ben je dis oui. Il dit ben voilà. Vous avez compris pourquoi vous avez un cancer". Ben voilà. Les responsables du cancer de Tapie, ce sont tous ceux, sous le quinquennat Hollande, qui n'ont pas entravé le cours de la Justice.

       Et tous ceux, vous, moi, tout le monde, qui ont simplement espéré l'annulation du fameux "arbitrage", soigneusement millimétré au plus haut niveau sous le quinquennat Sarkozy. Tous responsables. C'est dit. Sans objection de son camarade, qui laisse Tapie, comme depuis toujours, nous promener gentiment.

    https://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/notre-epoque/20171120.OBS7543/la-promenade-des-tuileries-l-impossible-interview-aux-regles-du-jeu-faussees.html

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    Benoît Barvin


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