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    Pensées pour nous-mêmes:

    (MÂCHE AMOUREUSEMENT CHAQUE MINUTE DE TA VIE) 

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    COURTS RÉCITS AU LONG COURS(45)
    pcc Benoît Barvin


    Enfant

       Je devais le garder mais, bien que je connaisse bien ses parents - des amis proches - je n'en avais pas envie. Je n'avais pourtant pas pu me défiler. C'est pourquoi nous étions face à face, moi et... l'Enfant. Un petit blondinet poupin qui aurait pu sembler charmant, si ce n'était qu'il ne souriait pas et qu'il me fixait avec un regard dur. Je cherchai dans ma cervelle fatiguée le mot qui conviendrait le mieux à cette qualité de regard, et je ne trouvai que dur, suivi aussitôt de intense. Une "intensité dure"? Absurde. Ce n'était qu'un môme, après tout, et je ne devais le supporter que quelques heures.

       Nous restâmes un moment silencieux, à nous observer. "Surveiller" serait plus exact, d'ailleurs, car c'est exactement ce que je faisais. Que craignais-je? Un gamin de 6 ans, ça n'est vraiment pas dangereux et... Oh là là, voilà que je commençais à délirer, moi. Ma dose d'alcool quotidienne me manquait. Mais allais-je oser me saisir de la petite fiasque glissée dans ma poche et, d'un coup sec, dévisser le boucher et m'envoyer une lampée? ... Non, cela ne se faisait pas. Je ne pouvais quand même pas l'envoyer se coucher, tout à trac, alors que nous n'avions échangé qu'un vague baiser et, qu'aussitôt, je m'étais senti mal à l'aise...

       Un gosse de 6 ans. Ah il était beau, le videur de boîtes! Avoir la trouille d'un petit niard qui devait encore porter des couches et... Non, pas à cet âge, quand même. Pourquoi cet enfant m'angoissait-il autant? Je n'en savais rien mais il me foutait, maintenant, carrément la trouille. Ses parents, l'un dans l'informatique, l'autre dans l'ingénierie, m'avaient pourtant à la bonne, puisque c'est moi qui les avais fait se rencontrer. La mère - Jenny - avait la blondeur naturelle qui fait craquer tout homme normalement constitué. Il faut dire que ses formes y étaient également pour beaucoup. Quand à Michel, le mari, il trouvait une solution à tous les problèmes et m'avait même prêté de l'argent - que je ne lui avais jamais rendu.

       Le gosse - j'avais oublié son prénom, preuve de mon désintérêt à son égard - était né et la petite famille avait disparu, à mon grand soulagement. J'avais été l'amant de Jenny avant qu'elle rencontre Michel. Quand elle avait été enceinte, je l'avais détestée, autant que son copain, et des pensées de meurtre avaient secoué mon bulbe rachidien. Puis je m'étais calmé et, devenu videur, j'avais fait des rencontres. Agréables, certes, mais toujours les mêmes: des filles soûles, des gamines qu'un type baraqué émouvait instantanément. Mais pas - plus - de grand amour.

       "Tu comprends, le gosse, fis-je intérieurement. Je te hais, en fait, car tu devrais être mon gamin et pas celui de cet empaffé de Michel. Tes parents se sont connus grâce à moi et c'est ton papa chéri qui m'a fait, en quelque sorte, un enfant dans le dos... Si tu savais comme, aujourd'hui encore, je lui en veux. A lui et à Jenny également. Avec moi elle aurait eu... Non, pas une vie aussi classe que celle qu'elle a avec ce gominé qui se la joue futur Prix Nobel. Mais une vie sympa, tu comprends..."

       Je me disais tout ça, tout en fixant le gosse qui, assis sur le fauteuil d'en face, me dévorait du regard. Des yeux bleus, comme ceux de sa mère. Des yeux si intenses... Et c'est alors que j'eus le plus grand choc de ma vie. Car, soudain, j'entendis une voix qui me parlait. Directement dans le cerveau.

       "Une vie sympa, mais fauchée, pauvre tâche, disait la voix. Je comprends tout ce que tu te dis et je suis content que Maman ait trouvé quelqu'un d'autre que toi. T'es qu'un ringard, Mec, si tu veux savoir ce que je pense de toi. Et tu ne mérites pas de poser tes yeux de pourceau sur ma Maman..."

       C'est à peine si j'aperçus le couteau que l'enfant tenait dans la main. J'étais stupéfié par cette télépathie vécue en direct. Une télépathie qui tenait du miracle... ou de la science... ou de la magie, je ne savais plus. La seule chose que je comprenais, c'est que j'allais devoir faire appel à toutes les ressources de mon physique pour lutter contre cette demi-portion qui, maintenant, était debout et s'approchait de moi, couteau brandi, avec une sale expression peinte sur le visage. La même que j'avais vue inscrite sur celui de Jenny, la dernière fois que nous nous étions vus. 

       Et où je l'avais violée... Je compris alors les raisons pour lesquelles elle m'avait appelé, la veille, et pourquoi elle et Michel m'avait laissé seul face à leur moutard. La vengeance est un plat qui se mange froid et qu'on assaisonne de mille manières. 

       Celle-ci était vraiment très originale...

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    BIOGRAPHIE du peintre allemand OTTO DIX (1891/1969)


       En 1910 (à 19 ans), Otto Dix intègre l'école d'arts de Dresde. Volontaire dans l'armée allemande lors de la Première Guerre mondiale, il est profondément affecté par cette expérience, comme en témoignent nombre de ses travaux. Il étudie ensuite à l'académie des arts de Dresde, et contribue à l'exposition 'Neue Sachlichkeit' à Berlin, en 1925. Il exprime à travers ses oeuvres sa perception du sexe et du côté sombre de la vie, en particulier la guerre, s'inspirant d'images durement réalistes. Son travail est par ailleurs très critique envers la société contemporaine, à l'instar de celui de William Blake
       La montée du nazisme oblige Otto Dix à quitter son poste de professeur à l'Académie, étant considéré comme un artiste dégénéré. Il doit rejoindre la Chambre impériale des beaux-arts s'il veut continuer son travail, limité aux paysages. Il est arrêté puis relâché en 1939 pour complot contre Hitler. De nouveau soldat, cette fois contre son gré, il est capturé par les troupes françaises lors de la Seconde Guerre mondiale. Il ne rentre à Dresde qu'en 1946, où il se consacre à des allégories religieuses et à des oeuvres imprégnées de souffrance, dans un style purement expressionniste
       Traumatisé par les deux guerres, Otto Dix s'éteint à Singen en 1969, laissant un lourd témoignage des horreurs humaines derrière lui.

       La peinture de Otto Dix étant particulièrement cruelle, il a semblé à Blanche Baptiste - secondée par Jacques Damboise - qu'il serait bon de passer par le tamis de l'humour pour vous les présenter. Les tableaux choisis conservent leur part émotionnelle, celle d'un homme qui a vécu par deux fois l'horreur mais qui gardait, au fond de sa palette, les couleurs chaudes d'un timide espoir.
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    "Je m'interroge... Les agences de notation 
    se moquent-elles du Monde?... Mmm..."

    Otto Dix (1891-1969)
    Femme allongée sur une peau de léopard (Portrait de Vera Simailowa),1927 Huile sur bois. 
    Herbert F. Johnson Museum of Art Cornell University Gift of Samuel A. Berger 
    © Succession Otto Dix / SODRAC (2010)

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    "Donc, moi je suis la Vérité Toute Nue... Et toi?
    - Le mensonge tout habillé"

    Autoportrait avec modèle nu, 1923 Huile sur toile. Collection particulière 
    avec l’aimable concours de Richard Nagy Ltd., Londres
    © Succession Otto Dix / SODRAC (2010)

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    "Tu sais que tu me fais b..., s... p...!
    - Toi, tu sais comment parler aux femmes..."

    Matelot et fille (avec cigarette), 1926, ou vers 1923, aquarelle, Otto Dix Stiftung, Vaduz

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    (Le hideux chapeau de l'épouse
    décida le mari à demander le divorce... qu'il
    obtint aussitôt, évidemment, le juge étant
    un homme de bon goût.)

    Couple au café (1921)
    Aquarelle et crayon sur papier (51 x 41)

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    "Messieurs les banquiers, voici un nouveau client à plumer...
    - Mouaif, il est pas bien gras... Tant pis, on fera avec,
    tant qu'y'a du flouze à se faire, y'a de l'espoir"

    Nouveau-né sur des mains, 1927

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    Blanche Baptiste et Jacques Damboise.

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