• "Mon Maître ne donnait jamais de la voie". Jacques Damboise in "Pensées de l'à-peu-près".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (JUSQU’À TON DERNIER SOUFFLE
    TU PEUX NAÎTRE A L'AMOUR)

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    (Ouvriers heureux de travailler 
    pour la grande finance internationale)


    Emile Zola, Le grand magasin - Zoom.

    CAMBODGE
    "Ne protestez pas, consommez !"

    LUKE HUNT


       (...) Un centre commercial rutilant vient tout juste d'ouvrir à Phnom Penh. Et dans quelques semaines, le nom de Rolls Royce s'ajoutera à la liste des constructeurs automobiles de luxe qui possèdent une boutique dans la capitale cambodgienne. Bien sûr, il y a déjà des centaines de centres commerciaux et de vendeurs de voitures select en Asie du Sud-Est. Mais on ne peut pas blâmer le Cambodge d'arriver tardivement au grand banquet de la consommation. Le pays sort de décennies de guerres et de bouleversements politiques – qui n'ont pris fin qu'il y a une génération à peine. (...)


       (...) Cela dit, lors de l'inauguration du centre commercial AEON [géant japonais de la grande distribution], le Premier ministre Hun Sen n'a pas pu résister à la tentation de se livrer à son habituelle diatribe, devant un auditoire de jeunes Cambodgiens bardés de sacs contenant leurs emplettes : le lieu serait fermé si la paix et l'ordre public n'étaient pas respectés.

       "S'il vous plaît, jeunes gens, travaillez dur pour le succès du centre commercial. Si l'AEON ne fait pas de profits, ses patrons n'augmenteront pas vos salaires", a menacé le Premier ministre. Avant d'ajouter : "Cela ne sert à rien de protester et de détruire le centre commercial. [...] N'allez pas protester, vos protestations feraient fermer l'AEON."

       Le ministre des Affaires étrangères japonais, Fumio Kishida, était présent aux côtés de Hun Sen lors de l'inauguration. Le Premier ministre a fermement pris la défense du groupe AEON, qui a investi 205 millions de dollars [150 millions d'euros] dans le projet. "Y aura-t-il des gens pour faire leur shopping à l'AEON si le pays est déchiré par la guerre ou si les rues de la capitale sont livrées à l'anarchie ? Non, personne. La paix et la réconciliation nationale, ainsi que la stabilité politique sont les conditions sine qua non au développement du pays", a-t-il scandé. (...)

       (...) Hun Sen, qui n'a plus guère la cote, est un habitué de tels propos menaçants. Il a même tendance à les multiplier depuis que, à la suite des élections de 2013, son Parti du peuple cambodgien (PPC) ne possède plus qu'une petite majorité de sièges au Parlement [68, contre 55 à l'opposition]. Le clou de son discours : "Ne jouez pas à ce jeu-là. Si M. Kishida rentre chez lui, il n'en mourra pas. Mais nos 2 500 salariés, eux, sont voués à la mort s'ils perdent leur travail."

       Penser que les clients aisés vont ranger leur portefeuille pour aller manifester dans la rue, c'est ne pas comprendre les jeunes Khmers et les raisons pour lesquelles ils ont voté en masse pour l'opposition représentée par le Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC). L'idée selon laquelle la guerre serait plausible et menacerait de fermeture les boutiques à la mode est complètement tirée par les cheveux. Tout aussi folle celle, partagée par l'immense majorité des Khmers, selon laquelle certaines personnes paieraient plus de 295 000 euros pour une Rolls Royce Phantom. (...)

       (...) On reproche à Hun Sen et à sa coterie de riches hommes d'affaires de se désintéresser des attentes de la jeunesse cambodgienne, qui a peu – voire pas – de souvenirs de la guerre. Les temps sont révolus où, pour remporter des élections, on faisait des tournées dans les campagnes pour distribuer des sacs de riz et des packs de cigarettes. Les moins de 30 ans représentent 78 % de la population, et ils veulent des iPhones, des motos, des formations et des emplois. Si le PNSC a gagné en popularité l'année dernière, c'est grâce aux mouvements de protestation en réaction aux élections frauduleuses. (...) 

       (...) En tout cas, ce n'est probablement pas en agitant la menace d'une guerre que le PPC remportera l'adhésion des jeunes Cambodgiens, adhésion dont il a désespérément besoin s'il veut gagner le scrutin de 2018. Les centres commerciaux ne ferment pas pendant les coups d'Etat en Thaïlande, pendant les manifestations en Indonésie, pendant les attentats à la bombe aux Philippines, pendant les vagues de répression contre les dissidents au Vietnam. Si Hun Sen veut vraiment améliorer sa popularité, il devrait un peu moins user de la menace. Et davantage penser à redistribuer les richesses de la nation.


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    "Où est mon bol pour le petit-déjeuner?
    Celui qui l'a pris, je vais lui tanner les fesses!"


    Aguirre la Colère de Dieu
    Klaus Kinski

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    Benoît Barvin
    « "Ses vieux os craquèrent pour un superbe squelette". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes"."Son rire factice me fit penser à celui d'une hyène épileptique". Jacques Damboise in "Pensées de l'à-peu-près". »

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