• "Le roi de la blague pourrie mourut d'une grave maladie". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LA FLEUR QUI S’ÉTIOLE
    C'EST TON ÂME ORGUEILLEUSE)

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    LONG RÉCIT AU LONG COURS (1/8)
    pcc Benoît Barvin et Blanche Baptiste

    Le petit Angélus développe lentement son don pour le toucher. Tout d'abord comme un amateur éclairé, un amoureux des soieries. Face à toute cette douceur, sa Soeur Camille éprouve pour lui une amitié ambiguë.

    ANGÉLUS 
    ou 
    LES SECRETS DE L’IMPALPABLE

    La nature morte avec la perdrix
    L'Artiste:Tomasz Steifer


    CARNET DE SOEUR CAMILLE DE L’INCARNATION 

    (mars 1880) 

       Angélus me faisait lire régulièrement ses notes et me demandait mon avis.  La licence qui m'était accordé de pouvoir le recevoir commençant à faire jaser, je m'arrangeai avec le Seigneur Jésus afin de permettre à mon Frère de se glisser dans un coin secret du couvent, une vieille crypte désaffectée, dont je possédais le double de la clé que je lui remis. C'est là qu'il m'entretenait de ses "travaux"...

       Qu’aurais-je pu objecter à ses théories qui me paraissaient aussi savantes qu’étonnantes chez un petit homme de douze ans ? De plus, il s’exprimait en bon français, employant tout un jargon scientifique que j’avais la plupart du temps bien du mal à comprendre mais dont, grâce à ses explications orales, je parvenais toutefois à saisir le sens général. 

       Le docteur Gagey, avec qui il correspondait régulièrement, était plus étonné que moi encore par les prouesses de son protégé dont il mesurait vraiment la profondeur de l’intelligence et la richesse de ses expérimentations 

       Angélus écrivait en effet qu’il se sentait capable de redonner à quiconque était atteint d’une affection de peau, un épiderme lisse, souple et jeune. Pour cela, il lui suffirait de fabriquer des baumes dont il mentionnait les formules précises sans avoir pu encore les composer, car certains ingrédients coûtaient fort cher et il n’en avait eu en sa possession que quelques infimes échantillons, dérobés chez Andrieu, l’apothicaire, où il ne manquait pas de se rendre, chaque fois qu’il avait des vacances, pour livrer les plantes médicinales que nous faisions sécher au couvent, ce qui lui avait permis de pénétrer dans l’officine sans éveiller de soupçons. 

       Je croyais alors que jamais il ne réussirait à mettre au point de telles potions miracles. Sans nier son don tactile, il était tout de même impensable qu’il put un jour réaliser un millième de ce qu’il imaginait. J’aurais plutôt eu tendance à penser qu’il allait réaliser des miracles par le magnétisme qui rayonnait déjà de tout son être. Mais de cela, il parlait peu. Pourtant j’avais été témoin, à deux reprises, de faits troublants. 

       A la maison, nous gardions toujours à engraisser deux cochons. Un matin, Thérèse trouva un des porcelets inanimé. Pendant qu’elle allait prévenir mon père, redoutant son courroux, Angélus s’accroupit près de la bête. Je le revois encore retrousser ses manches et poser ses mains sur le corps de l’animal. Alors, à ma grande stupéfaction, au bout de quelques minutes ce dernier tressaillit, ouvrit les yeux et se remit aussitôt sur ses pattes. Il poussa un léger grognement juste au moment où notre père arrivait. 

       - Mais il est en pleine forme ! s’exclama-t-il. C’est pour ça qu’on me dérange ? Et un dimanche, en plus ! 

       Thérèse, depuis qu’elle était mariée, n’aimait pas que mon père la tance de la sorte. 

       - Si c’est comme ça, de vos cochons, vous vous en occuperez vous-même ! J’ai déjà assez à faire chez moi ! Je ne sais par quelle diablerie cet animal a été remis sur pied... 

       Elle s’en fut à grandes enjambées, non sans se retourner une fois et fixer quelques secondes Angélus, le visage fermé. 

       Je n’osai pas demander à celui-ci comment il avait réussi un tel prodige, mais pour moi il ne faisait aucun doute que mon frère venait de ressusciter notre cochon de lait. 

       Je venais de lire, au couvent, la vie des Saints et de tels miracles étaient chose commune pour ces êtres d’exception. Et mon frère était de ceux-la, à présent j’en étais certaine. Cette certitude m’inonda de bonheur. Je sus que, grâce à Angélus, ma vie prenait enfin un sens mais que si j’en parlais à quiconque autour de moi, sa réputation de sorcier serait établie. Aussi je ne soufflai mot à personne de cet événement, persuadée qu’on ne me croirait pas mais fière également, je le confesse, de partager ce secret avec cet élu du ciel. 

    ***

       Au printemps de cette même année, alors qu’Angélus allait sur ses dix ans, Pierre réussit à attraper un des écureuils qui logeaient dans les pins, près du cimetière. 

       Angélus adorait ces animaux au poil si doux. Il parvenait à leur donner à manger dans sa main et m’avait dit que souvent ils se laissaient caresser. Sous la paume, d’après lui, c’était doux comme de la plume et, à chaque caresse, mon frère riait doucement, les yeux perdus dans un rêve intérieur. 

       Pierre, lui, grand benêt de quinze ans, ne s’était pas donné cette peine ; il s’était servi d’un lance-pierres et avait assommé l’animal qui gisait maintenant, le corps inerte, sur l’évier de granit où je m’apprêtais à trier des salades pour le repas dominical. 

       - Je vais l’empailler, puis je le vendrai à la foire de la Saint-Jean, affirma Pierre avec un sourire satisfait. 

       Angélus avait blêmi. Pendant que Pierre choisissait un couteau, il en profita pour caresser l’écureuil, sans mot dire, puis il se recula. Pierre revenait avec un canif pour disséquer le cadavre. 

       Alors un éclair roux bondit et s’enfuit par la fenêtre. 

       Comment aurais-je pu douter, après cela, des talents de guérisseur d’Angélus? Et sans cet horrible accident dont il allait être victime, il aurait fait des merveilles. D’ailleurs, sans cette tragédie, de quoi n’aurait-il pas été capable? 

    ***
    (A Suivre)

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    (Femmes politiques italiennes
    se présentant devant le suffrage
    des électeurs)


    Insultes, menaces : 
    la dure vie des femmes politiques en Italie
    Flora Zanichelli

       (...) La mise en place du gouvernement Letta accueillant sept femmes (hourra!), dont une d’origine africaine, a été symboliquement forte. Mais les ovations ont été de courte durée. Autant le dire tout de suite, cela ne bouleversera pas le destin des Italiennes. Pire, on dirait que ça exacerbe le machisme de certains.(...)

       Il y a d’abord eu la polémique liée à Cécile Kyenge, qui, en plus d’être femme, est originaire de la République démocratique du Congo. « Zouloue noire », « guenon » : voici les insultes qui ont été proférées à son encontre sur le Net et par certains politiques. Bienvenue dans la « République du bonga bonga », a clamé un élu de la Ligue du Nord.

       Le Web a riposté à travers la « hashtag » (mot-clé sur Twitter) #iostoconCecileKyenge (je soutiens Cécile Kyenge) et une pétition de solidarité qui a recueilli 50 000 signatures. Ces voix ne sont qu’une minorité, a tenu à souligner la ministre.(...) 

       La présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini a, elle aussi, réagi : « Cette série d’insultes est indigne d’un pays civilisé. [...] Lorsqu’une femme assume une responsabilité publique, elle est la cible d’agressions sexistes qui usent toujours du même lexique, celui de l’humiliation et de la soumission. »

       Cette dernière parle en connaissance de cause. Depuis des semaines, elle encaisse : menaces de mort, de viols et de sodomie ou encore photos de femmes torturées avec sa photo en guise de tête. "Tous les matins, raconte-t-elle à La Repubblica, son assistante ouvre sa boîte mail et décortique le terrible courrier". Le procureur de Rome a lancé une enquête.(...)

       (...) Difficile d’être une femme politique en Italie. Difficile d’être une femme tout court en fait. (comme dans de nombreux pays dans le monde?)


    Lire la suite sur:


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    (Femme s'entraînant à entrer en politique)





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    (La dernière danse entre les prêts bancaires toxiques 
    et la représentante du Conseil Général 
    était empreinte de nostalgie...)

    Henrich Kley

    Offensive des collectifs citoyens 
    contre la dette dans le Rhône
    Frédéric Blanc

       Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique de Lyon (CAD-Lyon) et le Collectif des Monts du Lyonnais pour un audit citoyen de la dette publique (CAC-ML) travaillent depuis le printemps 2012 sur les prêts bancaires structurés et "toxiques" contractés au cours de ces dernières années par le Conseil général du Rhône.

       Dans le jargon des financiers, on appelle "emprunt structuré" (parfois aussi dénommé "emprunt spéculatif"), un emprunt associant dans un même contrat de prêt, deux montages différents pour son remboursement, en deux périodes : une première période, en générale assez courte, dite "phase bonifiée", avec des taux d’intérêts fixes et avantageux par rapport au marché et une seconde période, souvent assez longue (10 à 20 ans), avec des taux soumis à des variables multiples telles que la parité entre différentes monnaies comme par exemple l’euro et le franc suisse, ou encore l’évolution de divers indices tels que l’inflation, le cours des matières premières, voire même celui du pétrole. 

       Ces taux variables sont propices à la spéculation et peuvent exploser en quelques années. Lorsqu’un prêt comporte un risque important de voir ses taux grimper, on parle de prêt "toxique".

       La gestion déplorable de ce problème et la mauvaise volonté manifestée par le département du Rhône pour laisser un accès aux informations sur le sujet semblent désormais devoir être mises à mal. En effet, les deux collectifs citoyens ont tout d’abord, il y a un mois, publié un dossier exposant l’analyse des données en leur possession sur le sujet des prêts du Conseil général du Rhône. Ce document dénonce les agissements du département vis-à-vis de l’opinion publique et des banques dans le cadre du remboursement d’emprunts contractés auprès d’un certain nombre d’établissements, au premier rang duquel la désormais célèbre banque Dexia. 

       « Contrairement aux affirmations de Michel Mercier qui a minimisé l’ampleur du problème, le surcoût de l’ensemble de ces prêts toxiques est estimé sur la durée à 400 millions d’euros environ », ont déclaré leurs porte-paroles. Ancien ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire puis ministre de la Justice du gouvernement Fillon, Michel Mercier vient de passer la main à la tête du département du Rhône qu’il présidait depuis 1990. Au sujet de ces emprunts, après une phase de déni, il avait reconnu un surcoût de 200 millions d’euros tout au plus.

       Mais outre la dénonciation de la somme globale estimée par le Conseil général, que les Rhodaniens devront payer du fait de ces emprunts toxiques, les représentants de ces collectifs ont reproché également au département du Rhône la façon dont, jusqu’ici, celui-ci renégociait sa dette. C’est-à-dire seul auprès des banques, ce qui selon eux se traduit à ce jour par le paiement de très fortes indemnités (39 millions d’euros pour quelques emprunts) afin, essentiellement, de différer de deux à trois ans le passage au remboursement à taux variable. Et ce qui ne résout pas le problème mais le repousse seulement de quelques années [1].

       Par ailleurs, les deux collectifs contre la dette publique ont dénoncé, plus qu’un manque de transparence, le refus de toute explication qui caractérisait jusqu’alors la démarche du Conseil général. Celui-ci n’a t-il pas en effet refusé de répondre aux sollicitations des élus d’opposition sur le sujet en 2010 ? Puis refusé de répondre au courrier des Collectifs en 2012 ? Et qui pour finir à produit une note contestable à l’automne 2012 qui masquait l’ampleur du problème ? (...)

       Après la publication du dossier issu de ce travail d’analyse, d’autres actions ont été mises en oeuvre. Les collectifs citoyens contre la dette se sont invités à une récente séance publique du Conseil général. Ils ont également demandé l’ouverture d’un débat avec les organisations citoyennes mobilisées sur le sujet. Enfin, ils ont rappelé que d’autres démarches étaient possibles comme celle de recourir à des actions judiciaires pour contester le paiement des surcoûts liés à la dérive des taux d’intérêts, cette façon de procéder permettant d’une part de remettre en cause les pratiques bancaires et le système de financement sur les marchés financiers qui pénalisent les collectivités locales et d’autre part de pouvoir prétendre à l’annulation du remboursement de ces emprunts. 

       Plus de 80 collectivités françaises ont ainsi déjà empruntées la voie du recours judiciaire contre la seule banque Dexia sur la question des emprunts structurés, comme par exemple le Conseil général de Seine Saint-Denis en 2011 qui avait assigné celle-ci au tribunal Civil à propos de onze de ses prêts toxiques (avec un rendu du tribunal de Grande Instance de Nanterre en 2013 qui a annulé le remboursement de trois d’entre eux).

       Cette offensive récente des Collectifs locaux contre la dette publique a suscité une réaction immédiate de la part de l’exécutif du département du Rhône. Contrairement à Michel Mercier, Danielle Chuzeville, nouvelle présidente, a reconnu l’ampleur du problème des prêts toxiques contractés par l’institution qu’elle dirige et elle a annoncé qu’elle portait plainte contre la banque Dexia

       Le 2 mai, les collectifs du Lyonnais ont salué cette décision qu’ils jugent nécessaire mais cependant insuffisante, du fait notamment que nul ne sache comment les citoyens qui le demandent seront désormais associés au suivi du dossier de cette dette départementale, à commencer par ce recours contre Dexia.

    Notes

    [1] Le Conseil général du Rhône avait jusque là entériné son choix de ne pas remettre en cause les pratiques bancaires, indiquant vouloir négocier avec les banques "en veillant – selon les propos de l’ancien Président Michel Mercier - à toute opportunité de marché qui permettrait, à un coût correct de réduire progressivement les risques de dérives des coupons à payer en transformant les formules de taux existant en des formules présentant un risque moindre", ce qui constituait une acceptation implicite d’une part que le financement des collectivités dépendent du marché, d’autre part qu’il faut payer les banques pour éviter le piège de la dette toxique sans connaître le surcoût et enfin qu’il est possible de les payer pour échanger un "risque avéré" contre un "risque moindre" non précisé.

    Lire sur:



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    Benoît Barvin
    « "A moi, comptes, deux mots, était la formule favorite de mon banquier". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"."Ses tricots de mots sentaient la naphtaline". Benoît Barvin in "Pensées pensées". »

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