“Est-ce que la mort signifie réellement la fin de notre existence ?”  Nombre de philosophes se sont déjà posé la question mais, si le magazine Science la formule aujourd’hui, c’est qu’une nouvelle étude bouleverse notre définition de la mort. “Des chercheurs de l’université du Washington à Seattle ont récemment découvert que les gènes – qui codent pour les protéines nécessaires à la vie – sont vivants et s’agitent jusqu’à quarante-huit heures [et même quatre jours] après qu’un organisme a rendu l’âme”, dévoile le site d’informations scientifiques Inverse.  (...)

   (...) Cette activité a été observée chez des souris et des poissons-zèbres, “mais il y a des indices indiquant que les gènes sont également actifs pendant un certain temps chez les humains décédés”, assure New Scientist. Ce qui fait dire à l’édition en ligne du tabloïd britannique The Daily Mirror :  (...)

   (...) Cette étude, dont les résultats ne sont pas encore parus dans une revue à comité de lecture, mais qui sont disponibles dans plusieurs articles sur le portail de prépublication biorxiv.org depuis le 11 juin, pourrait surtout intéresser d’autres disciplines, comme la médecine. Elle permet d’envisager le développement de techniques pour améliorer la façon dont les organes sont préservés avant une greffe, ainsi que des méthodes plus précises pour déterminer le moment exact où ont été tuées des victimes de meurtre, par exemple.

   Pour mener à bien leur travail, les scientifiques – qui cherchaient en fait à tester une nouvelle méthode pour calibrer les mesures de l’activité des gènes – en ont analysé des milliers de manière systématique. “Dans un premier temps, ils ont supposé que les gènes s’éteignaient peu de temps après la mort, comme les pièces d’une voiture qui est à court de carburant, raconte Science. Mails ils ont découvert qu’au contraire l’activité de centaines de gènes s’accélérait.”

   Bien que cette accélération ait eu lieu, pour la plupart des gènes, dans les vingt-quatre heures suivant le décès des animaux, elle s’est poursuivie, pour certains poissons, jusqu’à quatre-vingt-seize heures, soit quatre jours, après leur mort.

   Autre surprise, ce ne sont pas n’importe quels porteurs du patrimoine génétique qui s’activent. “Nombre de ces gènes post mortem sont bénéfiques en cas d’urgence : ils effectuent des tâches telles que stimuler l’inflammation, déclencher le système immunitaire et la lutte contre le stress”, poursuit le magazine scientifique. L’équipe a aussi découvert que des gènes associés au cancer sont également “rallumés”. (...)

   (...) D’autres fonctions réactivées sont encore plus surprenantes. Peter Noble, microbiologiste à l’université du Washington, qui a dirigé l’étude, raconte :   "Ce qui nous a laissés bouche bée, c’est que les gènes liés au développement sont activés après la mort.”

   Ces gènes contribuent au développement de l’embryon, mais ils sont normalement“éteints” après la naissance. “Une explication possible à leur réveil post mortem, selon les chercheurs, est que les conditions cellulaires des corps récemment morts ressemblent à celles des embryons”, explique Science.

   “Cette étude soulève aussi des questions importantes quant à notre définition de la mort, insiste New Scientist. Ces résultats ne contestent pas la mort de la conscience, répond Inverse, mais ils s’ajoutent à un nombre croissant de preuves que, consciemment ou non, les corps peuvent rester littéralement réveillés longtemps après la mort de leurs propriétaires.”  Quant à Peter Noble, il assure : "Etudier la mort va nous fournir de nouvelles informations sur la biologie de la vie.”