• LE CHANT DU CORPS BEAU DU COW BOY DANS LA PLAINE

    McGinnis. First move


       Un cow-boy, seul, abandonné, donc, puisque son cheval a été blessé à mort par une flèche indienne, fait face. Il est debout, chapeauté de son solide stetson, le corps droit, impavide, la colt pointé vers un des trois "sauvages" qui vient vers lui, tranquille, au pas d'un cheval qui ne l'est pas moins. 

       Nous sommes sur une plaine d'automne(?), si l'on en croit la couleur presque mordorée de l'herbe chiche, à moins que nous ne nous trouvions à proximité du désert. Le ciel, sans être réellement plombé, n'est quand même pas d'un bleu éclatant, n'est-ce pas? Les nuages brouillent l'image, là-haut, comme s'ils voulaient éviter que la mort annoncée se déroule en plein soleil. Car, de mort, on en parle, on la voit ou, du moins, on la pressent. 

       Outre le stetson, le cow-boy porte fièrement son bandana, son gilet, ses jambières,son holster, son colt, donc, pointé sur l'indien le plus proche, et on aperçoit même les éperons. Ceux qui servaient à diriger sa malheureuse monture qui, contrairement à ce que l'on a cru, au départ, n'est peut-être pas encore morte. On aperçoit en effet son mufle à demi relevé. L'animal doit souffrir, et son maître également, lui parce qu'il sait que sa dernière heure est arrivée. Mais il la vit pleinement. "Un bon indien est un indien mort", peut-être que cette pensée lui traverse la cervelle ébouillantée par la chaleur, l'instant solennel et l'étrange ballet du trio de sauvages. Le premier, celui qu'il vise, semble ne pas comprendre le danger. 

       Inconscience? Stupidité? Intrépidité? Peut-être veut-il prouver à son Grand Manitou que la peur, il ne la connaît pas. Peut-être est-il seulement curieux... A moins qu'il sache, déjà, que le colt du cow-boy est vide. Il faut dire que la poursuite a duré un moment et que le Visage Pâle a tiré, plusieurs fois, mais sans succès. Alors que lui, le Sauvage, et ses deux frères, ont réussi à toucher le cheval et à mettre à terre l'Homme Blanc. Les voilà face à face. Les deux autres guerriers s'approchent à leur tour. Toujours aussi tranquillement que le premier. Poussés eux aussi par cette curiosité qu'éprouvent les natives du pays devant l'envahisseur. Pour une fois qu'ils ne se retrouvent pas face à un détachement armé jusqu'aux dents... 

       Ils avancent et le cow-boy attend. En visant. Le temps est suspendu. Mc Ginnis, l'illustrateur, nous invite à retenir notre souffle. A imaginer, selon notre sentiment du moment, ce qui va se passer: Tuerie programmée? Futur scalp brandi par un indien revanchard? A moins que le cow-boy ne dépose son arme inutile et qu'il soit fait prisonnier. Ou alors... il ne s'agirait que d'un premier contact, certes un rien viril, mais qui se terminera dans le camp de ces sauvages où l'on mangera et l'on boira à une future fraternité humaine...

    "Que l'on s'efforce d'être pleinement humain
    Et il n'y aura plus de place pour le mal."


    Ou là... faudrait quand même que j'arrête de biberonner à Confucius, moi!

    Luc Desle
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