• "La pitié étant mauvaise conseillère, il acheva sa victime". Benoît Barvin in "Pensées qui pensent".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (MARCHE D'UN BON PAS
    OU D'UN MAUVAIS PAS,
    MAIS MARCHE)

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    COURTS RÉCITS AU LONG COURS(66)
    pcc Benoît Barvin


    Oeil

       En sortant de la maison pour aller travailler, je me rendis compte qu'un chat avait de nouveau uriné sur ma porte, pour marquer son territoire. Je n'étais plus furieux, maintenant, de ce "cadeau" journalier. J'étais prêt à me venger et j'attendais le moment. Il se présenta ce même jour, lorsque je rentrai vers dix-sept-heures trente. J'aperçus aussitôt le matou, à la robe noire et blanche, qui levait la patte, s'apprêtant à me laisser son obole. Il sentit peser mon regard sur lui, se retourna et nous nous observâmes un moment. Lui, l'oeil ironique; Moi, bouillant d'une rage que je contenais à grand peine. 

       Soudain je sentis qu'il se passait quelque chose de curieux: le chat détourna le regard, poussa un miaulement plaintif et fit quelques bonds de côté, comme si, brusquement, il était atteint d'une angoisse grégaire. Puis, sur une dernière plainte, il tomba sur le côté, statufié pour de bon. Ce crétin d'animal venait de passer de vie à trépas. Je le pris délicatement par les pattes arrière, raidies, le fourrai dans un sac poubelle et jetai la macabre dépouille dans un trou que j'avais creusé dans le jardin. Là, il pourrirait en paix et celle-ci s'étendrait sur moi.

       C'était sans compter avec mon voisin, un péteux, ancien commandant de bord d'une vieille compagnie du pays. Il avait tout vu, me dit-il, par-dessus la haie, qu'il s'apprêtait à tailler. Il avait même pris des photos de mon forfait, car enterrer un animal qui ne m'appartient pas, après l'avoir empoisonné, ça ne se faisait pas. Il ironisait, sûr de lui, fier de sa future délation...

       Je lui jetai un regard méprisant, mais pas que, de sorte qu'il devint blême et disparut tout à trac derrière les fourrés. J'entendis son escabeau qui claquait contre le sol joliment carrelé de sa piscine, suivi d'un bruit de plongeon. Je rentrai chez moi sans attendre la suite. Plus tard, je m'enquis auprès de la Police des raisons du remue-ménage qui régnait depuis la fin de l'après-midi. On m'apprit que le voisin s'était envolé vers des Cieux plus cléments, victime d'une crise cardiaque.

       Le policier qui me parlait était un type obèse, qui faisait injure à son uniforme. Trop de boisson - si j'en croyais le teint apoplectique de son visage; trop de mauvaise nourriture graisseuse - ainsi que me l'indiquait son embonpoint qui m'écoeurait. Je ne sais ce qui arriva exactement... Il s'éloignait dans sa voiture de fonction... Brutalement le véhicule braqua vers la gauche, s'encastra dans une automobile à l'arrêt. J'appris que l’infarctus - décidément une maladie à la mode dans le quartier - l'avait tué sur le coup.

       J'eus du mal à dormir, cette nuit-là. Je tournais et retournais les trois évènements de la journée, évitant de m'en nommer le responsable. De toute façon, je n'avais aucun sentiment de culpabilité. J'entrevis, après un dernier essai, un avenir un peu plus radieux que celui qui m'était offert, depuis une dizaine d'années, via la petite entreprise où je jouais les hommes à tout faire. Justement, j'avais une dent contre mon chef direct qui ne cessait de planifier pour moi les travaux les plus dégradants et...

       Ce "chefaillon"eut une mort digne de son grand esprit: sous mes yeux, il fut écrasé par une benne à ordures, alors qu'il s'apprêtait à partir rejoindre sa maîtresse, une pouf qui, lorsque je lui appris le décès de l'abruti, clamsa sur l'instant... Un sentiment inconnu de puissance irriguait mes veines désormais. C'était une sensation dangereuse qui pouvait me faire glisser dans la délinquance pure, ou dans la folie. Par conséquent je décidai de choisir soigneusement mes cibles et, surtout, de ne pas vouloir "faire du chiffre", comme nous serinait le pauvre type écrasé par ses ordures...

       En fin de semaine, je dus me rendre à l'évidence. Autour de moi les morts brutales s'accumulaient. Et je n'y étais pour rien... Je veux dire, je ne le "désirais" pas. Il semblait que le sortilège qui s'attachait à mon regard ait complètement dérapé. Des gens que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam, simplement parce qu'ils croisaient mes pupilles, finissaient dans un cercueil. Inéluctablement. Je songeais au Roi Midas, qui transforme tout ce qu'il touche en or. Moi, c'était tout ce que je voyais qui se métamorphosait en cadavres.

       Ce matin-là je me trouvais devant la porte de la maison, l'oeil hagard. J'avais envisagé toutes les hypothèses, même les plus saugrenues: me crever les yeux pour ressembler à un Oedipe moderne; porter banalement des lunettes de soleil ou dissimuler mon regard sous un bandeau... Mais je sentais qu'aucune de ces solutions ne m'apporterait un quelconque réconfort. J'étais marqué "à vie". En pivotant pour me diriger vers la voiture, j'avisai la fille des voisins d'en face. Une gamine blonde que j'avais jusqu'à présent peu remarquée. Elle me fixait...

       Je sentis une étrange douleur me tordre les tripes, mes jambes flageolèrent. Je compris que le sortilège, fatigué de mes tergiversations, avait changé de propriétaire. Que j'étais sa première victime.

       Curieusement, j'en fus soulagé...

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    "Espèce de malotru! Je ne vous permets pas
    de dire que ma femme n'assure pas au lit!
    C'est peut-être vous qui étiez... Hem... Un rien flacide!
    - Goujat!"

    (Denis Price, Thorley Walters, Nadja Regin)

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    "Mais... Mais? Tu as vu, Chéri, ce qu'il ose faire... 
    Et devant nous, en plus!
    - Laisse-le aller jusqu'au bout, mon Amour...
    Je voudrais vérifier s'il est aussi... Hem...
    Enfin, tu vois...
    - Tu es vraiment maso."

    DON'T PANIC CHAPS (1959) --

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    "Mais enfin, Mon Sucre d'Orge, 
    ce n'est qu'une expérience...
    - Oui, mais 5 à la fois...
    - A la suite, Chérie, à la suite..."

    (Gregory Peck, Dorothy McGuire)

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    "Quoi, ma mèche, qu'est-ce qu'elle a ma mèche?"

    (Gregory Peck, John Garfield)

    Gentleman's Agreement From 66 Years Out

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    Nadine Estrella
    « "Lady Ronron a un faible pour les matous". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes"."Il parlait la Langue Universelle, celle de la Violence". Benoît Barvin in "Pensées pensées". »

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