• "La Mort ne dédaignait pas, en plat principal, de s'envoyer derrière la cravate un bon gros charnier". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (SI TES LAURIERS SONT FANÉS
    CHANGES-EN)

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    LONG RÉCIT AU LONG COURS (1/4)
    pcc Benoît Barvin et Blanche Baptiste

       On suit les efforts de Camille pour s'occuper du petit Angélus, alors que le père, le rendant responsable de la mort de son épouse, lui bat froid...

    ANGÉLUS 
    ou 
    LES SECRETS DE L’IMPALPABLE 

    "VIERGE" PEINTURE A L HUILE 18e SUR ...

    CARNET DE SOEUR CAMILLE DE L’INCARNATION 

    (juin 1879) 

       « Dieu m’a-t-il abandonnée ? Suis-je à tout jamais (jusqu’à la fin des temps ?) condamnée à errer dans cet enfer sordide qu’est la vie ? Angélus, mon frère si tendrement aimé, es-tu la cause de ma perte ou celui qui me sauvera d’une mort dont je ne sais si elle est méritée, mais que je pressens tragique ? Je ne le sais pas encore… 

       Je ne suis qu’une pauvre pécheresse, une ancienne élue d’un Dieu qui, sur mon chemin, a dressé de nombreux obstacles que je n’ai, hélas, pas su escalader comme Il l’exigeait. 

       On dit de moi que je suis un être dans lequel la sainteté, l’humilité et le don de soi s’imbriquent étroitement... S’ils savaient... Que penseraient mes chères moniales si un extrait de ce cahier venait à tomber entre leurs mains ? 

       J’ai souvent demandé à Notre Guide Suprême de m’éclairer, mais les réponses que j’ai obtenues étaient si difficiles à décrypter que j’ai dû m’en remettre à ma clarté intérieure, si tant est qu’elle existe encore. 

    Je jure pourtant devant Notre Seigneur que les feuilles que j’ai écrites l’ont été avec foi et que j’ai retracé, le plus fidèlement possible, la vie de mon cher frère Angélus, cet ange descendu du Ciel pour m’aider à entrevoir un peu du mystère de la Création... 

       J’ai aimé notre mère avec passion. Mes deux petits frères et ma petite soeur étaient l’objet de tous mes soins. Jamais je n’aurais cru que l’annonce d’une nouvelle naissance soit l’occasion d’un tel bouleversement dans ma vie. Et pourtant, lorsque notre père nous a parlé de ce dixième enfant à venir, j’eus une brève seconde un pincement au coeur. J’étais en train de laver à grande eau notre pauvre cuisine et je m’arrêtai, interdite, une soudaine sueur perlant à mes tempes. Ce bref malaise me laissa inquiète et je l’étais, terriblement, ce jour fatal où Mère mourut en couches. 

       Elle ne m’avait jamais vraiment aimée, préférant Thérèse qui, robuste, ne se plaignant jamais, abattait une masse considérable de travail. Moi, j’étais plus portée à l’étude et, jusqu’à sa mort, personne n’osa trouver à redire à ce penchant, car en arrivant à la maison je faisais ma part de la besogne sans rechigner. Il m’arrivait même de manquer la classe, mais je n’avais aucun mal à rattraper mes camarades qui étaient assez lentes et paresseuses. 

       Mes parents étaient somme toute très fiers de pouvoir envoyer au moins un de leurs enfants dans une institution privée et, bien que cela fût pour eux un grand sacrifice, ils avaient tenu, vu mes dispositions, à ce que j’aille chez les Religieuses. Mes frères et soeurs, eux, n’avaient connu ou ne connaissaient que la classe communale tenue par Mademoiselle Pons. 

       Je souffrais à cette époque d’un impétigo chronique, ce qui n’empêchait pas mon père de me considérer comme la plus jolie de ses filles. Il me passait souvent la main dans les cheveux ou, brièvement, me serrait contre lui, marque d’affection qui rendait ma mère jalouse. 

       Après sa disparition, notre père se rembrunit. Plus jamais il ne s’intéressa à moi, pas plus d’ailleurs qu’au reste de la famille. Il se mit à boire mais, heureusement, jamais au point de devenir violent. 

       Chaque fois qu’il voyait Angélus, son visage s’empourprait et il se détournait, prêt à cracher à ses pieds, comme le faisaient les autres gars du bourg. Mais il se retenait toujours. Il semblait haïr mon frère, son propre fils, et en même temps paraissait en avoir très peur. 

       Je me souviens qu’une nuit, alors qu’il rentrait très tard de la taverne, il me trouva dans la cuisine en train de bercer Angélus qui avait fait un cauchemar. La lueur de la lune tombait en oblique sur le visage de mon petit frère. Quand la porte s’ouvrit brutalement, mon père apparut, titubant et Angélus poussa un cri très bref. Père s’avança vers nous avec un air si terrible que j’eus peur, une seconde, qu’il veuille mettre à mal celui qui m’avait été confié. 

       - Non, Papa ! lançai-je d’une voix tremblante, en tentant de soustraire à la fureur paternelle le pauvre chérubin. 

       Mon père s’arrêta à deux mètres de nous. Le visage si lisse d’Angélus, nimbé par la clarté lunaire, parut se transformer sous mes yeux. Son regard se mit à briller d’étrange façon. Mon père, le bras levé dans un geste menaçant, s’arrêta net. Son bras retomba avec lourdeur, comme celui d’une marionnette dont le fil vient de casser. 

       Il resta quelques secondes figé, une expression de terreur peinte sur ses traits, les déformant tout entier. Puis il tourna subitement les talons et, en gémissant, s’enfuit dans la nuit et ne revint que le lendemain. 

       Après son départ, je regardai attentivement la face ronde d’Angélus. Ses yeux avaient perdu leur étrange clarté, sa bouche s’étira en un petit sourire satisfait, un souffle tranquille s’échappa de sa douce poitrine et il s’endormit. 

       Cet épisode reste à jamais gravé dans ma mémoire car, durant toute la nuit, je ne pus fermer l’oeil. On fêtait, ce soir-là, la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ. J’eus longtemps la pensée qu’Angélus était un des envoyés de Celui que nous chérissons tous et, parfois, car j’étais encore jeune et impressionnable, j’en venais à penser qu’il s’agissait tout simplement de son envoyé particulier. 

       Lorsque j’étais par trop exaltée, je me prenais en sus à rêver d’une nouvelle incarnation de ce Seigneur pour lequel, aujourd’hui, je n’épargne ni ma peine ni mes prières. Pourra-t-il jamais me pardonner d’avoir eu de telles pensées impies, pensées qui m’ont, hélas, entraînée sur une route sulfureuse que je n’aurais jamais dû emprunter ? Saura-t-il comprendre combien la présence d’Angélus, dans cette vie tissée de malignités constantes, me devenait peu à peu nécessaire ? Oui, je le crois, car Lui seul sait lire dans les coeurs et le mien, bien qu’imparfait, lui est totalement dévoué... 

    ***
    (A Suivre)

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    (Sous le voile, il y avait belle et bien une femme...)


    Une fatwa contre une déclaration 
    de l’ONU trop favorable aux femmes
    Pierre Haski

       Une fatwa contre une déclaration des Nations unies ? C’est sans doute une première et on a la doit au Grand Mufti de Libye, cheikh Sadek Al-Ghariani. L’objet de la colère du plus haut dignitaire musulman libyen : les femmes, évidemment.

       Le Grand Mufti s’insurge contre un projet de déclaration en discussion à une réunion de la commission de la Condition de la femme qui se tient actuellement au siège de l’ONU, à New York, et à l’issue de laquelle les représentants de 190 gouvernements doivent en principe adopter vendredi une déclaration sur « l’élimination et la prévention de toutes les formes de violence faites aux femmes et aux filles ».

       Cheikh Sadek appelle les musulmans du monde entier à protester vendredi  (3 mai 2013) contre cette déclaration qui prône, selon lui, « l’immoralité et l’indécence », et serait contradictoire avec certaines dispositions de la charia.

       Le Mufti libyen a été rejoint dans ses critiques par les Frères Musulmans, le parti au pouvoir en Egypte, qui a lui aussi dénoncé les aspects de cette Déclaration onusienne contraires selon lui à la Charia.(...)

       Il n’est pas le seul à s’opposer à l’adoption de ce texte. Le New York Times a dénoncé mercredi, dans un éditorial, l’« unholy alliance », l’alliance « peu sainte » et même carrément contre nature entre l’Iran, la Russie et... le Vatican (oui, le Vatican est un Etat non-membre observateur à l’ONU et à ce titre participe aux débats), pour bloquer ou atténuer cette déclaration vendredi.

       On assiste donc à une nouvelle offensive des forces les plus conservatrices (la Russie de Poutine et de l’Eglise orthodoxe est à ranger dans cette catégorie) pour bloquer une déclaration dont on sait le peu de cas qu’en feront de toutes les manières les Etats hostiles.
    Qu’y a-t-il d’hérétique dans ce texte ?

       Ces conservateurs, religieux et étatiques, s’opposent au langage contenu et aux idées défendues dans cette déclaration, de crainte qu’elle ne serve de référence et d’encouragement aux groupes de la société civile qui se battent sous toutes les latitudes.

       VOIR LE DOCUMENT (Fichier PDF)

       Qu’y a-t-il d’hérétique dans ce texte (disponible en téléchargement ci-contre dans sa version originale en anglais) ? Les objections portent sur plusieurs points :

       /la négation de la primauté de la religion sur le droit (sur des questions comme le divorce, l’héritage, le mariage) ;
       /la dénonciation de la structure patriarcale des sociétés et des inégalités qu’elle génère dans le statut des femmes ;
       /la reconnaissance en creux du droit des femmes à choisir leur sexualité (l’homosexualité, donc) et les questions liées à la procréation (contraception et avortement).

       L’une des phrases contestées, qui fait bondir imams et cardinaux (quand ils ne sont pas en conclave) car elle fait de la religion un alibi des violences faites aux femmes :

       « La commission appelle les Etats à condamner avec fermeté toutes les formes de violence envers les femmes et les filles, en se gardant d’invoquer toute habitude, tradition ou considération religieuse pour échapper à leurs obligations telles qu’elles sont définies dans la déclaration sur l’élimination de la violence envers les femmes. » (...)

    Lire la suite sur:

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    (Cette femme espagnole n'avait plus rien à se mettre)


    Mariano Fortuny y Marsal (1838-1874) - Nu sur la plage

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    (Quand?)


    Pourquoi les Espagnols ne se révoltent pas
    Ignacio Sánchez-Cuenca

       (...) Nous sommes aujourd'hui dans la cinquième année de crise. Le chômage augmente, tout comme la pauvreté et l'exclusion sociale ; des cas de malnutrition infantile commencent à apparaître ; des dizaines de milliers de familles ont été expulsées de leur domicile. Et les salaires continuent de baisser, ce qui n'est en revanche pas le cas du prix des biens et des services.

       La population a, par ailleurs, compris qu'il ne s'agit pas d'une situation temporaire, et qu'elle peut perdurer encore de longues années. Dans ces conditions, comment se fait-il qu'il n'y ait pas d'explosion sociale ? Pourquoi le système ne vole-t-il pas en éclats ? Jusqu'où peut aller la tolérance de la société espagnole sans qu'un soulèvement n'éclate ?(...) 

       Difficile, en effet, d'imaginer conjonction de conditions plus favorables à une explosion. Primo, les effets de la crise sont terribles. Comment une population comptant six millions de chômeurs parvient-elle à survivre ? Le pire étant que le chômage va continuer d'augmenter, puisque la demande intérieure est atone. Les économies et les aides qui, jusqu'à présent, permettaient à beaucoup de s'en tirer tant que bien que mal, arrivent aujourd'hui à épuisement. Ceux qui travaillent le font souvent dans l'économie souterraine, et en échange d'un salaire de survie.

       Secundo, les politiques barbares d'austérité que mènent l'Espagne et l'Union européenne ne font que démolir le pays et repousser un peu plus l'heure de la reprise. Au lieu de faire en sorte que la consommation et les investissements publics viennent pallier la chute de la consommation des ménages, le gouvernement coupe dans tous les postes de dépenses de l'Etat.

       Ainsi, non seulement la crise s'aggrave, mais la couverture sociale offerte à la population touchée par le chômage et la pauvreté diminue. Cela peut paraître brutal, mais l'UE et le gouvernement espagnol ont estimé que la sortie de crise passait par l'appauvrissement général de la majorité des Espagnols – car c'est cela, et rien d'autre, que veulent dire les mots “dévaluation interne” [dévaluation, non de la monnaie, mais des salaires et des prix dans un seul pays de la zone euro].

       Tertio, les Espagnols sont de plus en plus nombreux à penser que la répartition des sacrifices est d'une injustice flagrante. Le cas le plus sanglant, mais loin d'être isolé, est celui des expulsions. L'Etat débourse des aides généreuses et s'endette dangereusement pour assainir les banques, mais il n'offre aucune solution à la situation de tous ceux que la crise a étouffés sous les hypothèques. L'insensibilité des pouvoirs publics et des deux grands partis face à cette détresse a contribué à aiguiser l'indignation d'une bonne partie de la société.

       Quatrième point : en de pareils moments, il n'y a pas d'espoir. Le gouvernement a beau diffuser sa propagande sur l'imminence de la reprise, les Espagnols ont compris que nous sommes dans un processus de stagnation à long terme et que des années très dures nous attendent.

       Enfin, nous souffrons par-dessus le marché d'un parti au gouvernement corrompu et d'une inefficacité époustouflante. On a peine à croire que dans un moment aussi grave qu'aujourd'hui, le chef du gouvernement fasse l'objet d'un chantage en raison du financement illégal du parti qu'il dirige. (...)

    Suite sur:
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    Luc Desle
    « "Cette ciguë, dit l'Empereur romain, a un meilleur goût que la précédente". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes"."Ce chapeau melon se servait toujours avec du Porto". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet". »

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