• "L'écrivaine Françoise Sangan gardait ses poissons rouges dans des boissons un peu alcoolisées". Jacques Damboise in "Pensées hoho".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LE MAITRE ET LE SAGE

    N'ONT RIEN A SE DIRE)

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    (Toi aussi découpe une héroïne que tu n'adores pas)

    http://driveintheaterofthemind.tumblr.com/post/171604406100

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    https://plabbe.wordpress.com/2011/03/27/du-micro-credit-a-dominique-meda-de-la-clause-d

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    Pierre Bourdieu :

    "Je suis ici pour dire notre soutien"

    PAR 

    BLOG : LE BLOG DE MORVAN56

       Voici ce que disait le sociologue Pierre Bourdieu, le 14 décembre 1995, en soutien aux grandes grèves en France:

       "Je suis ici pour dire notre soutien à tous ceux qui luttent depuis trois semaines contre la destruction d'une civilisation associée à l'existence du service public, celle de l'égalité républicaine des droits, droits à l'éducation, à la santé, à la culture, à la recherche, à l'art, et, par-dessus tout, au travail. Je suis ici pour dire que nous comprenons ce mouvement profond, c'est-à-dire à la fois le désespoir et les espoirs qui s'y expriment, et que nous ressentons aussi; pour dire que nous ne comprenons pas (ou que nous ne comprenons que trop) ceux qui ne le comprennent pas, tel ce philosophe qui, dans le Journal du dimanche du 10 décembre, découvre avec stupéfaction «le gouffre entre la compréhension rationnelle du monde», incarnée, selon lui, par Juppé ­ il le dit en toutes lettres ­, «et le désir profond des gens».

       Cette opposition entre la vision à long terme de l'«élite» éclairée et les pulsions à courte vue du peuple ou de ses représentants est typique de la pensée réactionnaire de tous les temps et de tous les pays; mais elle prend aujourd'hui une forme nouvelle, avec la noblesse d'Etat, qui puise la conviction de sa légitimité dans le titre scolaire et dans l'autorité de la science, économique notamment: pour ces nouveaux gouvernants de droit divin, non seulement la raison et la modernité, mais aussi le mouvement, le changement, sont du côté des gouvernants, ministres, patrons ou «experts»; la déraison et l'archaïsme, l'inertie et le conservatisme du côté du peuple, des syndicats, des intellectuels critiques.

       C'est cette certitude technocratique qu'exprime Juppé lorsqu'il s'écrie: «Je veux que la France soit un pays sérieux et un pays heureux.» Ce qui peut se traduire: «Je veux que les gens sérieux, c'est-à-dire les élites, les énarques, ceux qui savent où est le bonheur du peuple, soient en mesure de faire le bonheur du peuple, fût-ce malgré lui, c'est-à-dire contre sa volonté; en effet, aveuglé par ses désirs, dont parlait le philosophe, le peuple ne connaît pas son bonheur ­ en particulier son bonheur d'être gouverné par des gens qui, comme M. Juppé, connaissent son bonheur mieux que lui.»

       Voilà comment pensent les technocrates et comment ils entendent la démocratie. Et l'on comprend qu'ils ne comprennent pas que le peuple, au nom duquel ils prétendent gouverner, descende dans la rue ­ comble d'ingratitude! ­ pour s'opposer à eux.

       Cette noblesse d'Etat, qui prêche le dépérissement de l'Etat et le règne sans partage du marché et du consommateur, substitut commercial du citoyen, a fait main basse sur l'Etat; elle a fait du bien public un bien privé, de la chose publique, de la république, sa chose.

       Ce qui est en jeu, aujourd'hui, c'est la reconquête de la démocratie contre la technocratie: il faut en finir avec la tyrannie des «experts», style Banque mondiale ou FMI, qui imposent sans discussion les verdicts du nouveau Léviathan, «les marchés financiers», et qui n'entendent pas négocier, mais «expliquer»; il faut rompre avec la nouvelle foi en l'inévitabilité historique que professent les théoriciens du libéralisme; il faut inventer les nouvelles formes d'un travail politique collectif capable de prendre acte des nécessités, économiques notamment (ce peut être la tâche des experts), mais pour les combattre et, le cas échéant, les neutraliser.

       La crise aujourd'hui est une chance historique, pour la France et sans doute aussi pour tous ceux, chaque jour plus nombreux qui, en Europe et ailleurs dans le monde, refusent la nouvelle alternative: libéralisme ou barbarie.

       Cheminots, postiers, enseignants, employés des services publics, étudiants, et tant d'autres, activement ou passivement engagés dans le mouvement, ont posé, par leurs manifestations, par leurs déclarations, par les réflexions innombrables qu'ils ont déclenchées et que le couvercle médiatique s'efforce en vain d'étouffer, des problèmes tout à fait fondamentaux, trop importants pour être laissés à des technocrates aussi suffisants qu'insuffisants: comment restituer aux premiers intéressés, c'est-à-dire à chacun de nous, la définition éclairée et raisonnable de l'avenir des services publics, la santé, l'éducation, les transports, etc., en liaison notamment avec ceux qui, dans les autres pays d'Europe, sont exposés aux mêmes menaces?

       Comment réinventer l'école de la République, en refusant la mise en place progressive, au niveau de l'enseignement supérieur, d'une éducation à deux vitesses, symbolisée par l'opposition entre les grandes écoles et les facultés? Et l'on peut poser la même question à propos de la santé ou des transports.

       Comment lutter contre la précarisation qui frappe tous les personnels des services publics et qui entraîne des formes de dépendance et de soumission, particulièrement funestes dans les entreprises de diffusion culturelle, radio, télévision ou journalisme, par l'effet de censure qu'elles exercent, ou même dans l'enseignement?

     

    https://citoyenfn.wordpress.com/tag/pierre-bourdieu/

     

       Dans le travail de réinvention des services publics, les intellectuels, écrivains, artistes, savants, etc., ont un rôle déterminant à jouer. Ils peuvent d'abord contribuer à briser le monopole de l'orthodoxie technocratique sur les moyens de diffusion. Mais ils peuvent aussi s'engager, de manière organisée et permanente, et pas seulement dans les rencontres occasionnelles d'une conjoncture de crise, aux côtés de ceux qui sont en mesure d'orienter efficacement l'avenir de la société, associations et syndicats notamment, et travailler à élaborer des analyses rigoureuses et des propositions inventives sur les grandes questions que l'orthodoxie médiatico-politique interdit de poser:

       je pense en particulier à la question de l'unification du champ économique mondial et des effets économiques et sociaux de la nouvelle division mondiale du travail, ou à la question des prétendues lois d'airain des marchés financiers au nom desquelles sont sacrifiées tant d'initiatives politiques, à la question des fonctions de l'éducation et de la culture dans des économies où le capital informationnel est devenu une des forces productives les plus déterminantes, etc.

       Ce programme peut apparaître abstrait et purement théorique. Mais on peut récuser le technocratisme autoritaire sans tomber dans un populisme auquel les mouvements sociaux du passé ont trop souvent sacrifié, et qui fait le jeu, une fois de plus, des technocrates.

       Ce que j'ai voulu exprimer, en tout cas, peut-être maladroitement ­ et j'en demande pardon à ceux que j'aurais pu choquer ou ennuyer ­, c'est une solidarité réelle avec ceux qui se battent aujourd'hui pour changer la société: je pense en effet qu'on ne peut combattre efficacement la technocratie nationale et internationale qu'en l'affrontant sur son terrain privilégié, celui de la science, économique notamment, et en opposant à la connaissance abstraite et mutilée dont elle se prévaut, une connaissance plus respectueuse des hommes et des réalités auxquelles ils sont confrontés."

    PIERRE BOURDIEU, décembre 1995

    Publié par Jean-Emmanuel Ducoin

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    Le billet de Maurice Ulrich.

       Dix ministres, deux cents parlementaires, des centaines de « helpers », qui sont ce qu’ailleurs on appelle bêtement des militants. La République en marche annonce mille porte-à-porte samedi et Christophe Castaner a lancé mercredi cette vaste mobilisation, prévue pour six semaines. La journée d’hier a exprimé la colère des services publics. Les grèves à la SNCF vont commencer dans quinze jours. Ce n’est pas l’ébullition mais ça chauffe dans la marmite. Eh bien, la République en marche va monter les étages.

       Pour faire « la pédagogie » des réformes, expliquer les allègements des impôts des plus riches, la remise en cause des acquis sociaux, la culpabilisation des chômeurs, la hausse de la CSG ? Tout ce que n’ont pas compris les manifestants d’hier ? Tout faux. C’est pour sensibiliser les Français aux enjeux du scrutin européen de 2019 et lancer une « phase d’écoute » .

       On ne peut exclure que quelques ministres et leurs helpers redescendent assez vite les escaliers. « Hein, quoi, qu’est-ce que vous dites »  ?

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    Pierre Serna -historien :

       Un ancien compagnon de route du PCF à qui j’égrenais les problèmes du monde tel qu’il va, guerres, famines, épidémies, surarmements, catastrophes écologiques, migrations forcées, inégalités sans cesse plus criantes, jeunesse sans perspective, me répondit avec gravité mais bienveillance et sans vouloir se mettre en avant : « Tu sais, ma génération a dû affronter Hitler. »

       Soudain surpris, je demeurais silencieux et, tout à coup, bien plus humble. Il ne s’arrêta pas là et ajouta : « Si on l’a fait, vous, avec les jeunes, le ferez à votre tour. » Me revenaient en tête les mots de Raymond Queneau : « On ne devrait jamais employer le mot histoire, sans lui ajouter de suite après “du malheur”, l’histoire est toujours celle du malheur. » Le futur sera-t-il condamné à répéter tous les accidents passés et les amplifier avec ses capacités nouvelles ? D’un côté, il semble que nous sommes en face, pour conserver l’idée de dictature totalitaire comme danger incluant tous les autres, de systèmes d’asservissement toujours plus performants.

       On apprend que Facebook a été siphonné et que des millions de données privées ont pu servir à l’élection de Trump, en créant des profils types d’électeurs. Où sont passées ces informations ? À quoi serviront-elles dans le futur ?

       D’un autre côté, on découvre que le gouvernement chinois construit des logiciels d’appréciation des bons citoyens ou des mauvais citoyens dont il faudra se méfier dans le futur et qui seront ainsi privés de services publics. Ici même et sans aller chercher ailleurs, des systèmes de notation existent entre voisins, entre consommateurs qui vous classent, vous casent dans une hiérarchie sans que vous n’en sachiez rien, vous excluent virtuellement, puis très réellement.

       Des dictatures invisibles se mettent en place, préparant le pire des mondes où nous serons sans cesse surveillés, évalués, triés. Comme les machines ne fonctionnent pas seules, il faut bien qu’elles soient portées par des politiques.

       Là encore, l’avenir est sombre avec, partout, en Amérique, en Turquie, en Chine – mais regardons aussi en France – des renforcements systématiques des pouvoirs exécutifs, au détriment des pouvoirs législatifs, des Parlements et de la démocratie.

       Et pourtant, le printemps revient, on ne veut, on ne doit se résigner à un futur ainsi dépeint. Écrivons, disons, crions plutôt dans les manifestations que l’histoire n’est pas une fatalité, ni seulement un lendemain meilleur. Elle est une lutte permanente, de générations de résistants en générations de rebelles. L’histoire du futur sera une volonté de résister, toujours vive. Un désir d’exister dignement. Librement. À égalité.

    Pierre Serna - historien

    https://blogs.mediapart.fr/morvan56/blog/270318/pierre-bourdieu-je-suis-ici-pour-dire-notre-soutien

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    Luc Desle

    « "Il décida que son fusil à pompe lui servirait à en faire". Jacques Damboise in "Pensées argh"."Il aimait les chevaux ou les cheveux de sa Bien-Aimée, je ne me souviens plus bien". Jacques Damboise in "Pensées oh combien pertinentes". »

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