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    Pensées pour nous-mêmes:

    (MÊME EN TE PENCHANT
    TU NE VERRAS PAS L'ENVERS DU MONDE)
    pcc Jacques Damboise

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    COURTS RÉCITS AU LONG COURS(37)
    pcc Benoît Barvin

    ©2012Haller-Buchanan_EveningOfATornadoWarning_100


       Je suis seule, abandonnée... 
       Seule... 
       ABANDONNÉE... 

       Qui peut, qui voudrait me sauver? Je n'aime pas cette cellule, je déteste ce capitonnage qui transforme chacun de mes mouvements en ceux, malhabiles, ridicules, de nouveau-né... Pourquoi m'a-t-on enfermée? Qu'ai-je fait de mal? Je ne me souviens de rien. J'ai beau chercher... Mon Dieu, comme je déteste ne plus avoir la liberté de mes mouvements moi qui ai toujours été un tourbillon de vie... 
        Oui... Oui, je commence à avoir quelques flashs... Une rivière toute droite, peut-être... Quelle image idiote!  Plutôt un quelconque revêtement qui brille sous la pluie... Tout est si flou.
       De nouveau l'obscurité profonde, l'odeur de renfermé, presque de putréfaction... ces liens qui m'enserrent, qui m'étouffent, qui font de moi un paquet à peine humain... Si je pouvais agir comme dans mes textes d'enfance, ceux où le héros, avant de s'être fait ligoter, a pris la précaution d'enfler ses poumons, de sorte que lorsque les tortionnaires referment la porte, le voilà qui expire longuement. Et, miraculeusement, les liens glissent sur son corps, le délivrant de la maudite étreinte serpentine...
       Mais je ne suis pas dans un conte, pas dans un rêve, même pas dans LA réalité. Où suis-je? Pourquoi suis-je emprisonnée?

       N'as-tu pas encore compris?

       Une voix... Elle vient de résonner quelque part... Dans ma tête? Alors c'est que je deviens folle... Non... plutôt par l'intermédiaire d'un haut-parleur dissimulé quelque part dans la cellule que j'entrevois, car mes yeux s'habituant peu à peu à l'obscurité, discernent quelques formes et...
       Je sursaute. Là-bas, face à moi, près d'un vague rectangle qui doit être l'ouverture de cette prison, je viens de distinguer une forme. Quelqu'un... Un gardien?

       Non. Un ami...

       La voix est douce, celle d'un enfant tout juste grandi. Si j'osais m'approcher... Je fais un bond grotesque, je m'effondre sur le sol matelassé; mais soudain, mue par l'énergie du désespoir, je réitère mon geste, je me tortille, je deviens un ver gigantesque qui glisse, qui ondule maintenant, moins fébrile car j'ai compris que l'inconnu ne me veut pas de mal.

       Doucement, me conseille-t-il, je ne vais pas m'en aller, n'aie crainte. Je suis là pour toi.

       Nous voilà face à face, si j'ose dire, vu que je suis à plat ventre, bras collés au corps, jambes battant l'air moite, hérissée de contradiction, d'impuissance, des larmes commençant à noyer ma vision. A travers ce rideau opalescent, je distingue un visage amical, des yeux qui pétillent de bonté, un sourire qui étire une bouche gourmande, un minuscule filet de barbe... 
       - Qui es-tu? Comment es-tu arrivé dans cette cellule? Que me veux-tu?
       Il a un petit rire qui ressemble à un gentil gloussement. Il remue la tête, sa queue de cheval balaie l'espace derrière lui.

       Trop de questions tuent les éventuelles réponses... Je suis une part de Toi, tout simplement.

       Je ne comprends pas vraiment le sens de sa réponse. Moi qui, avant cet enfermement - mais quelles en sont les raisons? - détestait les rébus, me voilà servie. Je n'ose redemander quoi que ce soit, me contentant de cette présence apaisante, après la solitude qui me taraudait l'âme.

       Je suis le Yang créé pour t'accompagner.

       - Vers où?

       Tu t'en doutes, toutes tes fibres le savent. Pour l'instant, ce n'est qu'une intuition. Quand tu la formaliseras, ce sera en quelque sorte gagné...

      Les propos sont toujours aussi hermétiques, mais cette voix, si apaisante, me va comme un gant, si j'ose dire. J'entends l'Inconnu pouffer.

       Excellente celle-là. J'aurais aimé m'en resservir. Mais c'est un peu tard.

       Des flashs... La pluie... Des masses éléphantesques qui grondent en me dépassant... Le ciel bas... Quelque chose qui a à voir avec la fin du Monde...

       Je ne l'aurai pas appelé ainsi... Ce n'est rien d'autre qu' un commencement.

       Le sens de ces mots fait mouche... Mes liens se distendent, se dissolvent, les larmes reviennent noyer mon regard, mon coeur bat la chamade, les flashs sont devenus des instantanés de clichés de faits divers... Tôles froissées, pluie incessante, temps suspendu, casques rutilants de pompiers désossant la  carcasse encore fumante d'un véhicule accidenté...

       - Comment aurais-tu appelé cette fin de Mon Monde?

       Psychosphère, je pense, ce lieu où les rêves, les idées, l'imaginaire collectif vient s'agréger en un maelström enchanteur dans lequel tout un chacun vient puiser un peu de forces pour continuer...

       - Même si on se situe dans un autre univers, inaccessible à celles et ceux que nous aimions? 

       C'est le prix à payer, depuis des millénaires.

      Je me suis levée sans problème, libre instantanément de toute entrave. Les murs de la prison s'évanouissent comme un mauvais rêve. Une clarté singulière nous environne, fraternelle. Autant que l'homme jeune, au sourire d'enfant, aux yeux plein d'étoiles qui me tend la main en me disant:

       Viens avec moi. Tu as tout un nouveau Monde à découvrir...



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    "Ne t'inquiète pas, ce ne sont pas des Chinois,
    ils ne vont pas nous manger!
    - Toi et ton racisme primaire! Non,
    si j'ai peur, c'est parce que j'aime pas 
    qu'on sache... pour nous, tu comprends?"


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    "Bien sûr, Kierkegaard a bien dit ce qu'il a dit,
    mais Moi, je pense, en toute humilité
    évidemment, qu'il s'est trompé!
    - Non?!
    - Si."

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    "Bon, va falloir être courageux, mon vieux...
    Dès qu'il fait mine de te l'enfoncer, tu mords pas,
    hein, tu mords surtout pas!
    Allez... Répète après moi:
    JE-MORDS-PAS"

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    "Mais il est mort, fiston...
    - Sache, Dad, que le capitalisme ne meurt jamais"

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    (La manche vivante - et courtoise - faisait toujours son petit effet)

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    Jacques Damboise

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