• "Je reprochai à ma Belle-Mère phtisique de faire du bruit en respirant pour attirer toute l'attention sur elle". Jacques Damboise in "Pensées de mes voisins".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LE FOU DU ROI

    N'EST-IL PAS LE ROI?)

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    (Dans cette image, une maison en bois ne l'est pas.

    Sauras-tu la retrouver?)

    reginasworld:

    Voss, Norway  

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    (Nous dit un certain penseur...

    Nous en sommes heureux pour lui)

    unidivers.fr

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    Le professeur Todd nous prend

    pour des charlots

       Emmanuel Todd renvoie les manifestations du 11 janvier à un défilé antimusulman. Sur quelles bases ? Par André Burguière, historien.

       Emmanuel Todd nous a déjà habitués dans le passé au pire et au meilleur. Le meilleur, ce furent des analyses brillantes, conduites souvent avec Hervé Le Bras, qui rattachaient les attitudes politiques divisant la France ou d’autres pays d’Europe à des structures anthropologiques «dures». Ces traditions familiales héritées dès l’enfance que les migrants ont souvent transportées avec eux, valorisent, selon les régions, l’égalité ou l’autorité, l’autonomie précoce de l’individu ou l’immersion dans le groupe familial.

       Le pire chez Todd, ce sont des survols historiques et planétaires dans lesquels il utilise les structures familiales comme ouvre-boîte universel pour expliquer les choix politiques. «Cher malade dites-moi dans quel type de famille vous avez été élevé et je vous dirais de quelle idéologie politique vous souffrez.»

       Tout ceci rehaussé de populisme souverainiste, de couplets antieuropéens qui l’ont fait se rapprocher parfois du Parti communiste, tendance Georges Marchais, et d’autres fois de Jacques Chirac candidat aux présidentielles: il lui avait soufflé le concept de «fracture sociale». Un concept claquant au vent comme un drapeau rouge mais qui ne fut suivi d’aucune mesure en faveur des victimes de ladite fracture.

       Si l’on en juge par l’entretien au sujet de son nouveau livre, «Qui est Charlie?», qu’il vient de confier à «l’Obs», c’est le pire cette fois  qu’Emmanuel Todd nous a donné. Qu’il tienne, pour marquer sa différence, à refuser de se joindre au mouvement d’unanimisme si non d’unité nationale qui s’est manifesté le 11 janvier, qui le lui reprochera? D’autres l’ont fait par méfiance instinctive pour les unions sacrées, qui ont souvent conduit au désastre, ou tout simplement par indépendance d’esprit. Leur choix est respectable et quand, enseignants, ils l’ont fait devant leurs élèves, je trouve lamentable que les autorités aient voulu les sanctionner.

       Mais Emmanuel Todd a-t-il le droit de se draper dans la robe professorale des sciences sociales pour proclamer des idées toutes faites et des contre-vérités? Comme il invoque les pères fondateurs, il convient de lui rappeler que n’est pas Emile Durkheim ni Max Weber qui veut. N’ayant pris connaissance de son dernier livre qu’à travers ce qu’il en dit dans «l’Obs», je n’ai pas pu consulter les statistiques qu’il a produites et sur lesquelles il prétend s’appuyer. Il a consulté avant tout  les cartes des taux de participation aux manifestations «Je suis Charlie», par région, parues dans «Libération», et comme il dit avoir écrit le livre en un mois, je crains que son approche statistique ait été plutôt rapide.

       On reconnaît le savoir-faire d’Emmanuel Todd pour accrocher les médias. A première vue, sa méthode ne se distingue guère du raisonnement des sciences sociales qui consiste à ne pas se contenter du discours ou de la réalité manifeste, mais de décoder, par des moyens appropriés, un sens latent.

       Considérée de plus près, la démarche s’apparente à ce que Claude Levi-Strauss reprochait à certains penseurs parisiens (parmi lesquels il comptait Michel Foucault), à savoir le raisonnement paradoxal: «Vous croyez que ce mur est blanc. Eh bien vous vous trompez: je vais vous montrer qu’il est noir.»

       C’est très exactement ce que veut nous dire Emmanuel Todd en nous expliquant que ce grand rassemblement qui voulait condamner la haine raciale et religieuse, était en réalité un grand geste de rejet et d’exclusion des musulmans de la communauté nationale.

    LIRE Todd: "Le 11 janvier a été une imposture" 

       Tous ceux qui étaient présents au défilé du 11 janvier ont pu constater sans le secours des statistiques que les classes moyennes parisiennes y étaient particulièrement nombreuses et les classes populaires peu présentes. Est-ce la première fois ? On aurait pu faire la même remarque le 13 mai 1968, qui fut le plus grand défilé politique de la France depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et qui déclencha une vague de grèves sans précédent. Seules les grandes manifestations revendicatives encadrées par les syndicats, comme celles de 1995 contre la réforme des retraites ou les défilés du 1er mai très réussis, mobilisent plus largement les classes populaires.

       Cette fois, leur défection  était d’autant plus nette que les classes populaires de la région parisienne sont aujourd’hui très souvent d’origine ou de confession musulmane. D’où la découverte du professeur Emmanuel Todd, que chacun de nous a pu faire lui-même, sans le secours de sa longue vue de sociologue et démographe: les Français musulmans n’étaient pas là. C’est vrai, ou du moins, ils étaient trop peu nombreux pour être visibles.

       Faut-il s’en étonner ? Les musulmans se sont trouvés pris dans la contradiction infernale qu’ils vivent depuis les premiers attentats terroristes. S’ils se manifestent par une attitude de condamnation, on leur reproche de vouloir faire oublier ce qui relie ce terrorisme à l’islam. S’ils ne réagissent pas, on y voit la preuve d’une approbation implicite  de ce terrorisme.

       Mais il faut prendre beaucoup de liberté avec la réalité pour y voir, comme le fait Todd, une preuve de plus du caractère antimusulman de la manifestation. Tout au long du défilé, je n’ai ni surpris, ni entendu  quelqu’un d’autre dire avoir observé la moindre réaction, le moindre slogan islamophobes.

       C’est peut-être pour cela que Todd est forcé dans son raisonnement, de passer à une vitesse supérieure et d’imaginer, sans avoir à le prouver, que la manifestation a été conçue comme une entreprise antimusulmane. C’est d’abord oublier qu’elle n’a été que le prolongement, l’amplification largement orchestrée  par le gouvernement (mais un gouvernement de droite s’en serait-il privé?) d’une émotion profonde, d’une lame de fond qui a emporté la population française dès le soir de l’attentat.

       A-t-on oublié que sans la moindre consigne ni organisation par un appareil politique quelconque, le soir même de l’attentat, des milliers de parisiens se sont retrouvés en silence, Place de la République ?

       Que dès le lendemain et les jours suivants des rassemblements spontanés du même type pour dire «Je suis Charlie», ont eu lieu dans les principales villes d’Europe et même en Amérique latine ?

       Qu’une jeune journaliste syrienne s’est fait photographier dans les zones de combat tenues par la résistance, brandissant une pancarte «Je suis Charlie»? Les huit morts de «Charlie Hebdo» ne pèsent rien à côté des cent mille morts de la guerre civile en Syrie. Mais son geste attestait le message universel de la réaction aux attaques terroristes contre «Charlie Hebdo» et la volonté de s’y associer.

       Les terroristes ont tué les caricaturistes de «Charlie Hebdo» pour les punir et faire taire à travers eux la libre critique des fanatismes religieux. Ne pas réagir, c’était se taire à notre tour et accepter l’abjection de la démission, de la soumission. C’est ce qui explique, me semble-t-il, ce sursaut que tout individu épris de dignité pouvait aisément comprendre.

       Allons plus loin. Que nous restions les bras croisés ou que nous protestions après les crimes de Mohamed Merah, ou après les meurtres du supermarché cacher, cela ne changera pas grand chose au rapport de force. Les crimes terroristes continueront et il faudra continuer à les combattre. Mais si nous restons silencieux après la provocation des assassins de «Charlie Hebdo», les assassins de la liberté de penser et de s’exprimer auront gagné. C’est cet enjeu qui a soudain traversé la France, le monde entier et qui  a provoqué comme une immense onde de choc, un brutal mais bref sursaut de dignité.

       Il n’y donc aucune raison de sourire et encore moins de médire, comme le fait Todd, de cette soudaine envie de se sentir ensemble sans haine, sans exclusion, qui s’est emparée des Français et d’une certaine manière du monde entier, simplement pour éprouver notre commune humanité.

       Le défilé du 11 janvier, dans sa force et sa beauté éphémère, m’a fait penser à la fête de Fédération du 14 juillet 1790 pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille. Une unanimité touchante et un peu naïve, la fraternité d’un peuple tout heureux encore de vivre sa liberté nouvelle. La fête a été brève et les nuages de la discorde ont vite recouvert la Révolution. Mais le geste a existé… comme ce 11 janvier 2015 qui nous paraît déjà si lointain.

    http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20150506.OBS8531/le-professeur-todd-nous-prend-pour-des-charlots.html

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    Luc Desle

    « "Il avançait argument après argument sur l'échiquier branlant de cette conversation amoureuse". Jacques Damboise in "Pensées contreignantes"."L'écrivaine Françoise Sangan ne fumait la moquette qu'après avoir bien bu". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet". »

  • Commentaires

    1
    Robert Spire
    Lundi 11 Mai 2015 à 17:53

    Pour polonger la réflexion sur le terrorisme:

    http://survie.org/billets-d-afrique/2015/243-fevrier-2015/?lang=fr

     

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