• "Ils se serrèrent la main, chacun, à l'aide d'un tournevis". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".


    ***
    « Heureux soient les fêlés, 
    car ils laisseront passer la lumière. »
     Michel Audiard

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    COURTS RÉCITS AU LONG COURS (79)
    pcc Benoît Barvin


    Van (3)

       Il s'agissait d'un véhicule commercial, de couleur blanche, avec une porte coulissante et il était apparu dans la rue, comme surgi de nulle part. Je mis deux jours avant de m'y intéresser vraiment. Il semblait rutilant - et de près, il l'était vraiment. L'habitacle présentait cependant des indices qui indiquaient qu'il avait servi: Journaux posés sur le fauteuil, côté passager; une paire de lunettes de soleil sur le tableau de bord. Les pneus arrière portaient des traces d'uure sur le côté extérieur et il avait un petit "pet" sur la carrosserie, juste au-dessous du feu arrière droit.

       Trois jours plus tard, ma voisine se plaignit que le van était toujours là. Le lendemain, il avait changé de place. Il était maintenant garé en face du square, là où le vieux grincheux du quartier mettait sa Renault antédiluvienne. "C'est MA place! s'offusqua-t-il. Ah mais, cela ne va pas se passer comme ça! J'ai le bras long...". Dans l'après-midi, le véhicule se retrouva ailleurs, juste devant chez moi. Le grincheux, en passant, me fit un signe de victoire que j'interprétai comme une insulte à mon égard. Je le vouai aux gémonies et retournai à mon article hyper urgent, qui avait déjà une bonne semaine de retard. Ce qui expliquait amplement mes pénibles problèmes d'argent...

       C'est dans la semaine que j'appris que le Grincheux avait disparu. "Comme volatilisé", me dit la voisine. "Même si on ne l'aimait pas beaucoup, ça va donner une autre ambiance à la rue... S'il n'y avait pas cette épave...". En passant devant le van, la vieille acariâtre donna un coup de pied incongru contre une jante et disparut chez elle, en boitillant. 

       Je revenais de faire les courses quand je décidai de jeter un nouveau coup d'oeil sur le véhicule, toujours garé sagement devant ma maison. Il n'y avait pas une once de poussière sur la belle peinture blanche. Comme si son mystérieux propriétaire l'avait passé au karcher. Je notai qu'il avait également changé les pneus usagés et que le "pet" avait disparu.

       C'est en détaillant les journaux, toujours posés sur le fauteuil passager, que je remarquai qu'ils portaient la date du jour. Le véhicule était donc à quelqu'un, qui le déplaçait quand j'avais le dos tourné. Mon esprit curieux me dicta de surveiller l'engin, ce que je fis tout l'après-midi, en vain. Vers le soir, lassé et le crâne vrillé par un méchant mal de tête, je pris deux cachets, avalai une dose d'alcool pour faire passer le tout et je m'endormis sur le divan, face à une émission indigente de la TNT.

       Je fus réveillé par un bruit de lutte, bruit qui provenait de l'extérieur. L'esprit encore embrumé, j'ouvris la porte et distinguai vaguement, près du véhicule utilitaire, une silhouette qui se débattait. Je perçus même, cette fois distinctement, un pathétique "Au Secours", craché par la gorge de ma voisine. Je me précipitai en direction du van et eus juste le temps d'apercevoir la porte latérale qui s'ouvrait silencieusement. La voisine fut poussée à l'intérieur et la porte se referma, avec un claquement de tombeau.

       J'étais à présent près de l'engin. Rien n'indiquait que quelqu'un s'y trouvait, tapi à l'intérieur, prêt à bondir sur moi. Mais j'avais toujours été très prudent. Je fis le tour du van qui, je le remarquai soudain, s'était placé sous un éclairage public défaillant. Je fouillai d'un regard fébrile l'habitacle, crus distinguer, derrière les fauteuils, dans l'espace sombre, deux yeux rougeoyants puis, avec une brusquerie qui me fit pousser un cri de terreur, surgit quelques secondes la face blême de ma voisine qui ouvrait sa bouche édentée.

       La douleur se planta avec une telle force dans mon crâne que mes jambes fléchirent et que je tombai sur le trottoir, à demi évanoui. Je ne me réveillai que plusieurs heures plus tard. Le van n'était plus là. Il s'était déplacé et se trouvait à la place du Grincheux, toujours disparu. Je savais maintenant où ce dernier se trouvait... Lui et beaucoup d'autres disparus, si j'en croyais ce que j'avais vu la veille.

       En chancelant je rentrai chez moi, bus coup sur coup plusieurs verres pour me requinquer et me souvins alors que, dans quelques heures, un huissier allait se présenter à la porte de la maison, dûment mandaté par la banque, afin de procéder à une saisie. 

       C'est toujours faible sur mes jambes mais le sourire aux lèvres que je me dirigeai vers le van qui, là-bas, luisait doucement, tranquille comme une bête repue. Concernant mon problème, j'allais certainement pouvoir trouver une solution radicale...

    ***

    (Dans la série Les Français sont
    - entre-autres - fainéants
    quelques exemples probants)


    ***
    "Pourquoi tu veux pas travailler?
    - Pourquoi faire? Il suffit qu'on échange
    la fumée de notre cigarette
    pour être heureux...
    - Mmm... Tu sais parler aux femmes, toi"

    Vivre Sa Vie (1962)


    ***

    (Blanche-Neige faisait souvent d'horribles
    cauchemars ourdis par les Français)



    ***

    "Un peu de potion magique,
    Monsieur le Français?
    - Merci... Sans façon..."

    Vampyr – Der Traum des Allan Grey (1932)
    (Source: big0try)

    ***
    "Ahaha, Jeannine, tu ne t'attendais pas
    à ce que je me déguise en fille pour
    te surprendre, hein?"


    -"Heu... Désolée, moi c'est Cindy..."

    Psycho (Alfred Hitchcock)

    ***
    Jacques Damboise (membre de la 5ème colonne américaine)
    « "Il était gai comme un bourreau qui part au travail". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"."Après sa création, Dieu comprit qu'il avait échoué à son examen". Benoît Barvin in "Pensées pensées". »

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