• "Il se tapait la cloche et fut dénoncé pour obscénité par le bedeau jaloux". Jacques Damboise (et Lili Bidaut) in "Pensées inconvénientes"

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (TON MÉTIER N'EST PAS TON EGO)

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    LONG RÉCIT AU LONG COURS (1/10)
    pcc Benoît Barvin et Blanche Baptiste

       A Rodez, le jeune Angélus parfait son don au contact des étoffes, du papier et autres matières. Ses contacts sont comme d'ineffables caresses qui le rendent dépendant, peu à peu, du toucher...
    ANGÉLUS 
    ou 
    LES SECRETS DE L’IMPALPABLE

    Quinten Metsys : Le Changeur et sa femme (1514)



       La vie, depuis début juillet, était d’une telle richesse qu’Angélus se demandait s’il était vraiment utile de retourner chez les Frères à la rentrée. L’oncle lui avait fait part de son projet de le prendre avec eux plus tard, et Angélus était fortement tenté. Pourquoi différer la chose et à quoi pourrait bien lui servir d’étudier pour obtenir un Brevet, puisque de toute façon son futur métier de drapier lui assurerait des revenus suffisants pour mener à bien ses chères expériences ? 

       Il en était là de ses réflexions lorsqu’il rencontra, place du Bourg, un jeune homme qui portait avec mille précautions une caisse de bois blanc. 

       Le pauvre garçon trébucha sur les pavés avant de franchir le seuil de la pharmacie de Maître Rolland, et il se fit grand bruit à l’intérieur de la boîte. Le jeune inconnu poussa une exclamation dans une langue étrangère et le pharmacien, qui était aussitôt sorti de son officine, alla jusqu’à jurer en patois, certain que ses « poutingues » s’étaient brisés dans la chute et qu’il lui faudrait recommander ces précieux médicaments venus tout exprès d’Italie, de Florence plus précisément, là où les plantes sont si belles que les baumes font des miracles. Rien ne pouvait tarir son flot de paroles et d’injures mêlées. 

       Pendant ce temps, l’Italien s’était relevé et passait fébrilement en revue le contenu de la caisse. Un seul flacon s’était brisé, répandant alentour des senteurs de chèvrefeuille. 

       « Scusame, balbutia l’Italien, les joues toutes rouges, mon maître vous le remplacera dans son prochain colis. » 

       Ils entrèrent tous deux à l’intérieur de la pharmacie, signèrent quelques reçus, puis l’Italien ressortit. C’est alors qu’Angélus, très excité par ce qu’il venait d’entendre, l’aborda et lui demanda d’où il venait et quelle était réellement sa fonction. 

       Le jeune homme qui parlait le Français avec un délicieux accent latin, lui raconta qu’il arrivait de Toscane et qu’il se destinait au métier de pharmacien. Pour cela il avait fait de longues et passionnantes études, et il secondait actuellement maître Pavèse dans son officine de Florence, réputée pour être une des plus sérieuses et efficaces d’Europe. 

       Voyant que la curiosité d’Angélus n’était pas assouvie et qu’il le questionnait encore sur les produits qu’il vendait, le jeune Italien lui fit toucher un peu de la crème répandue au fond de la boîte. Puis comme Angélus, extatique, le regardait avec admiration, il lui montra son beau laissez-passer italien où étaient mentionnées toutes ses références. 

       Angélus, qui n’avait jamais vu de tels documents, le palpa et le regarda avec attention. L’écriture était bien calligraphiée, le papier un peu rugueux. Tout cela se grava dans sa mémoire. Puis l’Italien, en riant, lui dit au revoir et partit rejoindre le chemin de la gare, vers la côte de Saint Eloi. 

       L’épisode, en soi anodin, redonna à Angélus l’envie de continuer son éducation chez les Frères, car la brève rencontre avec Giorgio avait ranimé son désir d’aller plus avant dans sa quête, et il s’était dit soudain qu’il y parviendrait peut-être mieux dans l’univers de la médecine, plus porté vers la recherche que ne pouvaient l’être à l’époque le commerce et l’industrie des provinces. 

       Après tout, il ne devait rien à personne. Son oncle et sa tante voulaient le garder plus par intérêt que par un réel attachement. Leur désir d’avoir un fils excellant dans les négoces ne lui laisserait certainement pas le loisir de poursuivre des recherches qu’ils jugeraient inutiles et dispendieuses. Non, le mieux c’était d’acquérir des diplômes et une indépendance financière, sans avoir de comptes à rendre à des proches. 

       Il décida de taire sa décision pour ne pas gâter la fin de son séjour à Rodez. Sa soeur Camille serait toujours à temps, lorsqu’il obtiendrait son Brevet, l’année d’après, de les avertir de sa décision. 
    ***
    (A Suivre)

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    "Ah ces banquiers... Tous de grands enfants..."


    Initiative contre les rémunérations abusives
    Copeau

       (...) La Suisse débat comme rarement au sujet du vote populaire le 3 mars sur l’initiative Minder contre les rémunérations abusives.

       Je me suis penché sur le texte de l'initiative Minder avec mon regard de chef d'entreprise. Je précise que mon entreprise n'est pas concernée par la législation en débat, n'étant pas cotée. L'esprit de l'initiative est de transférer à l'Assemblée Générale des actionnaires (= tous les actionnaires) nombre de décisions qui sont actuellement du ressort du Conseil d'administration (= seulement les principaux actionnaires), et en particulier tout ce qui touche à la rémunération des dirigeants. Pourquoi un tel projet ? Parce que les membres des conseils d'administration des grandes sociétés appartiennent tous au même monde, et pensent davantage à se serrer les coudes qu'à contrôler les excès qui sont nombreux et choquants.

       Le projet est en deux parties :
       / premièrement, transfert de pouvoirs du Conseil d'Administration à l'Assemblée Générale.
     / deuxièmement, malgré ses pouvoirs élargis, l'Assemblée Générale n'a plus le droit de recourir à certaines formes de rémunération (voir ci-dessous).

       On peut donc dire que le texte de la loi proposée restreint la liberté des actionnaires et des entreprises. Pour cette raison, mon premier mouvement a été de me sentir en désaccord. Puis j'ai changé d'avis, voici pourquoi.(...)

       (...) Comme tout le monde, je suis choqué par les rémunérations énormes accordées à certains dirigeants des grandes sociétés cotées en bourse. Ces dirigeants, qui sont des managers, et non des entrepreneurs, ont perdu tout sens de la mesure.

       Selon Bilan, Daniel Vasella, le patron de Novartis, a touché 287 millions de francs entre 2002 et 2011, Franz Humer, le patron de Roche, 142 millions dans la même période. Brady Dougan chez Crédit Suisse 134 millions, dont un bonus de 70 millions en 2009, une très bonne année pour la banque, après les pertes considérables de 2008 (8 milliards). Marcel Ospel, UBS, 104 millions (il quitte la banque en 2008, année ou la perte atteint 21 milliards, et annonce peu après qu’il renonce à 22 millions d’indemnités).

       À vrai dire, presque personne ne défend ces dirigeants sur-payés. Si l'initiative n'est pas votée, le contre-projet du conseil fédéral s'appliquera, et ses dispositions sont à peine moins radicales. Vous pouvez consulter ici le texte de l'initiative et les arguments du contre-projet.

    En savoir plus sur 

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    (Les Trois Parques en faisaient un peu trop)


    TRISTESSE

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    "Mais pourquoi est-ce un grand jour, Maman?
    - Parce que je vais enfin pouvoir déclarer
    tout ton patrimoine de petits frères..."


    La gauche caviar dans ses petits souliers
    Dagens Nyheter |
    Annika Ström Melin

       (...) Il aura fallu un scandale retentissant pour que la France fasse ce qui coulait de source dans les autres pays européens (à l'exception de la Slovénie) : exiger des responsables politiques qu'ils dévoilent leurs revenus, patrimoine et à-côtés.

       Après les mensonges du ministre du Budget Jérôme Cahuzac sur ses comptes secrets à l'étranger, la coupe était pleine pour François Hollande. Depuis le 15 avril, les membres du gouvernement sont tenus de rendre publique leur déclaration de patrimoine, et un nouveau projet de loi prévoit que tous les parlementaires, grands élus locaux et hauts responsables de l'administration devront également se plier au même exercice. (...)

       (...) La nouvelle n'aurait dû surprendre personne. Les parlementaires français sont particulièrement exposés au risque de corruption, concluait Transparency International dans une étude de 2011, en pressant le gouvernement français d'introduire des règles de transparence.

       Aucun pays au monde n'ignore que les responsables politiques qui ne sont pas tenus de déclarer leur patrimoine sont tentés d'accepter les pots-de-vin. C'est la raison pour laquelle les Nations unies souhaitent que tous les pays prennent des mesures de transparence en la matière. A ce jour, la convention de l'ONU [contre la corruption] a été ratifiée par 166 Etats.(...) 

       Mais voilà : en France, le patrimoine est un sujet sensible. Dans un pays où les hommes politiques peuvent se vanter librement de multiplier les conquêtes [féminines], le système suédois n'est pas loin d'être jugé indécent. Le fait que n'importe quel citoyen suédois ait accès à la déclaration d'impôt de son voisin et puisse savoir ce qu'il gagne est inconcevable à leurs yeux.

       La droite française tire à boulets rouges sur le projet de loi de François Hollande. Mais la "nouvelle donne" du président français courrouce aussi à gauche, chez certains barons du parti. Pour le président de l'Assemblée nationale, le socialiste Claude Bartolone, ces nouvelles règles s'apparentent ainsi à du "voyeurisme".

       Naturellement, ces cris d'orfraie s'expliquent en partie par la honte ressentie. De nombreux membres du gouvernement socialiste dévoilent des fortunes, et la gauche caviar est évidemment dans ses petits souliers.

       Certains tentent de désamorcer le malaise par une pirouette. La ministre de la Culture Aurélie Filippetti déclare ainsi qu'elle possède, outre un vaste appartement à Paris, un "tee-shirt de David Beckham". Ce faisant, elle ridiculise le nouveau cadre réglementaire tout en affichant son dédain pour une transparence pourtant nécessaire. (...)


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    Luc Desle
    « "Il vendait ses nez de clown à de distingués femmes et hommes politiques". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"."Il avait la peau aussi tendre que celle d'un banquier qu'on vient de battre comme plâtre". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes". »

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