• "Il s'assit sur ses principes et les étouffa vite fait bien fait". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LE CHAT A UN POIL SOYEUX

    ET DES GRIFFES REDOUTABLES)

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    COURTS RÉCITS AU LONG COURS (88/6)
    pcc Benoît Barvin

       Tom Drake se perd en conjectures concernant la mort des girls du "Blue Circle". D'autant qu'aucun de ces décès ne semble dû à la Mafia.  Comme il s'agit de sa première enquête,  et que son collègue Duncan est mouillé dans l'affaire jusqu'au cou, l'agent spécial du FBI veut aller jusqu'au bout...

    G-MenDetective1945-Fall


       Fouiller dans les papiers des victimes m’avait pris du temps. J’allai casser la croûte dans un troquet, passai chez moi pour me changer avant de retourner à l’appartement de Duncan. Il était environ dix-huit heures. 

       Comme je me garais en face de l’immeuble, je vis mon collègue qui sortait, une valise à la main. Il s’engouffra dans une Ford qui avait connu des jours meilleurs. Il démarra sur les chapeaux de roues, juste devant un taxi – une admirable Auburn convertible Sedan - qui dut freiner à mort pour ne pas lui rentrer dedans. Sans réfléchir, je démarrai et me mis à suivre Duncan. Sa précipitation s’apparentait beaucoup à une fuite. Mais quelles en étaient les raisons ? Je n’eus pas le loisir d’y réfléchir, mon esprit tout entier concentré sur la filature. 

       Une semaine plus tôt, Ness – toujours lui – m’avait appris les différentes techniques à mettre en œuvre quand on joue les suiveurs. Je les appliquai toutes, m’efforçant de dissimuler ma Ford, heureusement pas trop reconnaissable, derrière d’autres véhicules. Le temps sur Chicago était exécrable, je m’en rendais compte maintenant. Le ciel était couleur de cendre, signe qu’il n’allait pas tarder à neiger. Le froid était de plus en plus vif. Pourtant, tendu, les muscles noués, arc-bouté sur le volant, je suais à grosses gouttes, anxieux à l’idée de perdre Duncan qui, à présent, sortait de la ville. 

       Nous roulâmes ainsi une bonne heure. Chicago avait disparu. Les faubourgs n’étaient plus qu’un lointain souvenir. Les lourds nuages de neige s’appesantissaient au-dessus de nous, bouchant l’horizon, transformant la campagne alentour en un amalgame d’ombres menaçantes. Contraint, pour ne pas me dévoiler, de rouler tous feux éteints, je n’en menais pas large. Devant moi, la Ford de Duncan s’évanouit soudain et, durant quelques secondes, je crus l’avoir définitivement perdu. De rage, je crachai un chapelet d’injures. 

       Je repérai cependant le chemin de terre que mon collègue avait certainement emprunté et m’y engageai à mon tour. Trois cent mètres plus loin je stoppai brusquement, reconnaissant devant moi la silhouette de son véhicule. Je sortis et, l’arme au poing, courbé en deux, je franchis les quelques mètres qui me séparaient de la voiture que je suivais. 

       Duncan n’y était pas. Je fronçai les yeux afin d’acclimater mon regard à la vague lumière qui baignait le paysage. Je me trouvais dans une campagne désolée. A côté de moi, quelques bosquets. Devant, une étendue plane. Une silhouette se détacha alors sur fond de ciel fuligineux. C’était certainement celle de Duncan. Un autre véhicule était garé à quelques mètres et un second individu s’approchait de mon collègue. 

       « Le contact de Duncan », pensai-je en me dissimulant derrière un arbre. 

       Je ne savais pas ce que faisait là Duncan, mais ce qui était sûr, c’est que sa présence avait quelque chose à voir avec le massacre. J’en aurais mis ma main à couper. Les choses allèrent d’ailleurs très vite. A peine son vis-à-vis se fut-il approché que mon collègue lui tendit la valise. L’autre la prit et l’ouvrit, alors qu’un peu de neige fondue commençait à tomber mollement. 

       « Un échange de documents ? D’argent ? ». Je ne savais que penser et j’aurais donné quelques années de ma vie pour pouvoir m’approcher du couple sans être vu. 

       Là-bas, les deux discutaient. Le second avait refermé la valise et la tenait solidement d’une main. Dans l’autre, il y avait quelque chose, et je compris qu’il s’agissait d’une arme. Duncan recula. Son contact leva la main. 

       Alors qu’il allait tirer, je tentai de le devancer, hélas trop tard. Nos deux coups de feu se succédèrent. Mon collègue glissa à terre en poussant un gémissement, alors que le tireur tournait les talons et se mettait à détaler comme si le diable était à ses trousses. Le diable, il l’avait bel et bien : c’était moi. En quelques enjambées, j’étais arrivé près de Duncan. Ce dernier était allongé à terre et se tenait la poitrine en grimaçant. 

       Je grondai de colère et m’élançai à la poursuite du tueur, mais ce dernier m’attendait, dissimulé derrière sa voiture. Je fus accueilli par un déluge de feu et dus me jeter à terre, me dissimulant tant bien que mal dans une fondrière où je me reçus durement. Le sol gelé ne me facilitait pas la tâche. Le temps de souffler, j’entendis une pétarade et, en relevant la tête, j’aperçus l’arrière du véhicule, aux yeux rougeoyants, qui s’éloignait rapidement. Je pestai, rageant de m'être fait avoir comme un bleu... que j'étais, au fond, et cela me mit en rage, alors que je rebroussais chemin.

       En m’agenouillant devant Duncan, je compris qu’il n’en avait plus pour longtemps. A présent il faisait nuit, mais l’étrange luminescence, due à la neige qui tombait maintenant à gros flocons, me permettait de détailler le visage du blessé. La face même de la Camarde... 

       Il esquissa un sourire, ouvrit la bouche, bredouilla. 

       - T’étais là, hein ?... J’ai que c’que je mérite… 

       - Epargne tes forces, Pal. Je vais te conduire à l’hôpital et… 

       - Inutile… J’ai mon compte. Tant mieux. De toute façon, j'avais rendez-vous avec Doris. 

       Je voulus lui demander qui était le type avec qui il avait rendez-vous et que contenait la valise. Mais il était trop tard. Les lèvres de Duncan se tordirent et son regard se figea. Doris ne l'attendrait pas longtemps.

    (A Suivre)


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    "Ecran, mon joli écran, 
    dis-nous quelle est la plus belle...
    - T'es c... c'est qu'un gland!"

    Acorn Boy (Ziluks)
    Dace Rīdūze, 2010, LV, video, sans dialogue, 10'
    Dans le village de Stalks, un petit gland rencontre 
    Monsieur Abeille, M. l’Araignée, la fourmi 
    et beaucoup d’autres insectes.


    Frigide Barjot achevée par Audrey Pulvar 
    pleure sur D8 : un duel d'egos pathétique
    Bruno Roger-Petit
    Chroniqueur politique

       (...) La télévision, combien de fois l'avons-nous écrit ici depuis deux ans, se complait désormais à mettre en scène les débats de société, y compris les plus lourds de sens, en les réduisant à une dimension tout à la fois binaire et manichéenne, caricaturale et extrémiste. Le règne des Zemmour, Lévy, Ménard, Pulvar, Autain est advenu, et il paraît qu'il va durer longtemps, très longtemps. (...)

       (...) Frigide Barjot est sur le plateau du "Grand 8", éléments de langage ressassés à l'appui. "Un enfant, un papa une maman", "Hollande nous coupe la tête", "Le mariage va mourir", "J'ai des amis homosexuels, je donne au Refuge"... Frigide, qui chantait "Fais-moi l'amour avec deux doigts"... Frigide, celle qui faisait le grand écart sur le comptoir du Banana café... Frigide, la déconneuse de Jalons...

       Face à elle trône Audrey Pulvar, celle qui était présente à la Bastille le 10 mai 1981. Audrey, la conscience autoproclamée de la gauche française... Audrey, l'héritière naturelle de Jaurès, de Blum, de Herr, de Mendès, de Zola... Audrey, qui n'aime pas Manuel Valls, le Clemenceau contemporain... Que serions-nous sans Audrey Pulvar et ses défunts éditos des "Inrocks", ces sublimes odes à la philosophie d'Albert Camus revue par des lycéens triplant leur Terminale L ? 

       Au cœur des débats, le mariage pour tous, la Manif pour tous, une droite française au bord du 6 février 1934, une gauche émolliente et frileuse, un président à l'autorité si faible qu'il en est presque délégitimé aux yeux des extrêmes de tous bords, une France frileuse et apeurée, divisée et clivée, des homosexuels mis au ban par une partie de la France qui se croit plus authentiquement française que toutes les autres...

       Et tout cela débouche sur quoi ? Un débat Frigide Barjot/Audrey Pulvar. Des larmes, des cris. De l'hystérie partagée. Du divertissement... (...)


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    (Grâce aux rebuts de tissus, des robes légères et décentes
    sont offertes aux victimes de la Crise Mondiale...
    On dit merci qui?)


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    (Dans cette image se cache un membre du FMI.
    Sauras-tu le trouver?)

    Ballenger Droits réservés 
    Comment le FMI et la Banque mondiale 
    ont pris le contrôle de la Tunisie
    AGNÈS ROUSSEAUX

       (...) Le FMI a décidé d’appliquer ses célèbres méthodes en Tunisie. Un document confidentiel, révélé fin mars par des médias tunisiens, a provoqué l’embarras des responsables politiques. En échange d’argent frais de la part du FMI [1], ceux-ci se sont engagés sur un planning de réformes structurelles, à un rythme effréné. Au programme : augmentation du prix des carburants, baisse des impôts pour les entreprises, déplafonnement des taux d’intérêt (pour permettre aux banques d’améliorer leur rentabilité), audit des entreprises publiques de l’énergie – gaz, électricité et raffinage des produits pétroliers... Ce qui laisse présager des privatisations. Un alléchant menu néolibéral, que le gouvernement prévoit de concocter en 9 mois.

       La recette, elle, semble avoir été préparée par les institutions financières internationales. Dans une lettre à Christine Lagarde, patronne du FMI, le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque Centrale tunisienne s’engagent à consulter les services du FMI pour « toute révision » de ce programme de dérégulation. L’opposition et la société civile s’indignent de cette ingérence dans la politique économique du pays. « La Tunisie est le laboratoire du FMI et de la Banque mondiale, qui profitent du non-professionnalisme des élus et du gouvernement », analyse Chafik Ben Rouine, porte-parole de l’ACET (Auditons les créances envers la Tunisie). (...)

       Pourquoi un tel traitement ? Pas le choix, avance le gouvernement. Ce sont les contre-parties du prêt accordé. Un prêt qui vient alourdir une dette tunisienne déjà importante : 30 milliards de dinars (15 milliards d’euros) [2]. Le remboursement de la dette constitue le premier poste de dépense publique. Soit trois fois le budget de la santé et cinq fois celui consacré à l’emploi ! Les créanciers ? La France, principal partenaire économique de la Tunisie [3], la Banque mondiale et la Banque européenne d’Investissement (BEI), dont la France est un des actionnaires principaux. Plus de la moitié de la dette tunisienne serait issue de la période du régime de Ben Ali (1987-2011). Chaque Tunisien hérite ainsi à la naissance d’une dette de 3 000 dinars (1 500 euros) qui appartient essentiellement à Ben Ali, décrit l’analyste Mehdi Khodjet El Khil.

       La Tunisie doit-elle honorer ces dettes ? « Reconnaître la dette du dictateur, en décidant de poursuivre son remboursement, constitue un acte antinational, antidémocratique et une complicité de fait avec sa dictature », affirme Fathi Chamkhi, membre du Front populaire, et porte-parole du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-monde (CADTM) Tunisie. « Payer cette dette prive la Tunisie de moyens financiers très précieux, à un moment très critique de son histoire, et aggrave son endettement extérieur. » Des études [4] montrent que la Tunisie a perdu 29 milliards d’euros entre 1970 et 2010 à cause de la fuite de capitaux. Une raison de plus pour faire le point sur la situation financière du pays. (...)

       Avant l’élection de l’Assemblée nationale Constituante (ANC), en octobre 2011, tous les partis sont d’accord pour réaliser un audit. Et déterminer si une part – jugée illégitime – de la dette doit être annulée. Plus de cent parlementaires européens soutiennent la suspension des paiements de la dette, jusqu’à la réalisation d’un audit indépendant [5]. En 2012, des députés tunisiens déposent une proposition de loi en ce sens. Coup de théâtre en février 2013 : en pleine crise politique, suite à l’assassinat du leader politique Chokri Belaïd, le secrétaire d’État aux Finances, Slim Besbès, annonce le retrait du projet d’audit. Motif : le niveau de l’endettement de la Tunisie serait « gérable », affirme-t-il !

       « C’est une ingérence inadmissible du pouvoir exécutif dans le travail législatif », s’indigne Chafik Ben Rouine. « C’est contre-révolutionnaire et illégal d’outrepasser la souveraineté de l’ANC en préférant suivre les instructions du FMI », s’insurge la députée Mabrouka M’Barek (Congrès pour la république, membre de la majorité au pouvoir), qui interpelle le secrétaire d’Etat sur les réseaux sociaux : « Pourquoi le FMI a si peur d’un simple audit !!! (…) M. Besbes, rappelez-moi pour qui vous travaillez ? Le peuple tunisien ? Non, le FMI bien sûr ! Alors dites à vos employeurs que le peuple tunisien est souverain, il est résolu à examiner 23 années de dictature et à déceler qui a financé ces années de torture et de surveillance policière. » Ambiance. Fin mars, le Front populaire appelle à suspendre pour trois ans le remboursement de la dette, en suivant l’exemple de l’Argentine, l’Equateur ou l’Islande. (...)

    Notes

       [1] L’accord en discussion porte sur un prêt du FMI de 2,7 milliards de dinars tunisiens (soit près de 4 % du PIB de la Tunisie), remboursable sur 5 ans avec une période de grâce de 3 ans et 3 mois. Voir les documents échangés entre le FMI et le gouvernement tunisien, publiés sur le site Nawaat.

       [2] Le ratio dette/PIB de la Tunisie est en 2011 de 136% du PIB. Son taux d’endettement est plus important que celui de la France, dont le ration dette/PIB est de 90 %.

       [3] Créancier à hauteur de 1,7 milliards d’euros, soit la moitié de la dette bilatérale de la Tunisie.

       [4] Voir Capital Flight from North African Countries, par Léonce Ndikumana et James K. Boyce, Political economy reseach institute, Novembre 2012.

       [5] Le 10 mai 2012, le Parlement européen adoptait une résolution sur la stratégie de l’UE en matière de commerce et d’investissements pour le sud de la Méditerranée après les révolutions du Printemps arabe, qui « juge odieuse la dette publique extérieure des pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient sachant qu’elle a été accumulée par les régimes dictatoriaux, par le biais principalement de l’enrichissement personnel des élites politiques et économiques et de l’achat d’armes, utilisées souvent contre leurs propres populations ». Source : CADTM

    Lire sur:

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    Benoît Barvin
    « "Même s'il était animé de bonnes intentions, ce bourreau, on ne pouvait pas l'encadrer". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes"."Il fut fixé sur son sort quand on commença à le clouer sur la croix". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet". »

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