• "Il marchait à côté de ses pompes qui marchaient, elles, à côté de ses chaussettes". Jacques Damboise in "Pensées contingentes".

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     Pensées pour nous-mêmes:

    (PARFOIS, VIVRE EST

    LA PIRE DES SOLUTIONS)

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    (Mon ami la girafe, elle se prenait pas

    pour n'importe qui)

    https://art-grome.tumblr.com/post/180549604889

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    https://www.unorageenete.com/homme-est-malade/

    Vie de malade :

    "J'ai eu deux cancers, mon médecin

    m'a dit de mentir à la banque"

       Alors qu'il a de solides économies et une situation professionnelle stable, Jean (prénom modifié) ne peut pas emprunter. Gravement malade avant ses 30 ans, il est persona non grata à la banque. Il a dû apprendre à ruser.

       "C'est arrivé comme ça au milieu de la consultation, je ne m'y attendais pas du tout. Le chirurgien stomatologue qui m'a opéré de mon cancer de la langue a pris les devants : 'Si vous voulez emprunter pour acheter un appartement, mentez à la banque, ne dites jamais que vous avez été malade'. Il est allé plus loin : "Tant que vous payez votre crédit et que vous vous taisez, tout ira bien. Mais si jamais vous rechutez, la banque peut s'intéresser à votre passé médical et exiger de moi la remise de votre dossier. Dans ce cas-là, je m'arrangerai personnellement pour le perdre. Je n'en ai conservé aucune version numérique.'

       Je n'avais jusque-là jamais envisagé ce problème. Quand on est jeune, on n'a pas conscience de tout ça, on ne pense pas à prendre un crédit immobilier, surtout au milieu de traitements lourds. A mon retour à la maison, j'ai beaucoup cogité. A 26 ans, j'ai enchaîné deux cancers avec, à chaque fois, chirurgie, chimio et radiothérapie : un à la langue étendu aux ganglions, puis un autre au rein, deux ans plus tard. Les médecins pensent que c'est parce que je suis immunodéprimé.  

       "J'ai aujourd'hui 33 ans, un emploi stable de fonctionnaire et 140.000 euros de côté, car j'ai très bien gagné ma vie pendant les deux, trois ans où j'ai bossé dans le privé. Pourtant, à cause de mon passé médical, je n'ai aucune chance de devenir propriétaire, à moins de payer des primes d'assurance extrêmement élevées. Je ne rentre pas dans le cadre du décret sur le droit à l'oubli (1).

       A vrai dire, je n'ai même pas pris la peine de faire une simulation pour l'assurance. Je ne veux pas savoir. Quand je vois, sur les forums de malades, comment certaines femmes qui ont eu un cancer du sein, pourtant réputé pour être l'un des plus guérissables, galèrent pour emprunter, avec des primes d'assurance très élevées, je n'ose imaginer ce qu'on me dira à moi… C'est vraiment la double peine.

       Pourtant, je ne veux pas me victimiser, je comprends que les banques aient besoin d'être remboursées s'il m'arrive quelque chose. C'est juste la triste réalité. Alors, ce que m'a expliqué mon médecin est un peu un conseil de bon sens. Ce n'est pas un hasard si c'est ce stomatologue qui m'a parlé ainsi.

       De tous les  médecins que j'ai rencontrés à l'hôpital, c'est avec lui que j'ai eu la meilleure relation. C'est un père de famille, la petite cinquantaine, très apprécié de son équipe. Quelqu'un de simple, qui vit et travaille en banlieue parisienne. Je ne saurais dire s'il est de droite ou de gauche. Il m'a surtout semblé très humain.

       "Pendant mon traitement, j'ai vu un médecin dédié à ce qu'on appelle 'les soins de confort'. Dès la première  séance, il m'a averti : 'Vous n'allez peut-être pas vous en sortir'. Celui-là, je ne l'ai jamais revu ! Un autre spécialiste à qui j'ai dit que je voulais retourner au travail m'a presque engueulé : 'Vous n'y pensez pas, vous êtes hors circuit'. Pourtant, c'est un désir normal ! N'importe quel malade a envie de se projeter dans l'avenir.

       Mon stomatologue a été bien plus diplomate, il n'a pas essayé de me dissuader, il m'a juste prévenu : 'Cela prendra du temps, ce n'est pas simple, mais c'est légitime de vouloir retravailler'. A chaque fois, il faisait preuve de tact. Mes traitements sont maintenant finis. Je vais le revoir fin décembre pour lui dire au revoir, je veux marquer le coup. Ma famille sera là aussi. Aujourd'hui, je projette de quitter la région parisienne avec ma copine, on veut acheter un appartement à Bordeaux ou à Nantes. Comme mon médecin me l'a conseillé, je vais mentir à la banque."

    Propos recueillis par Bérénice Rocfort-Giovanni

       (1) Le droit à l'oubli  est le droit pour une personne souscrivant un contrat d'assurance emprunteur de ne pas déclarer une ancienne pathologie cancéreuse à l'issue d'un délai de dix ans après la fin du protocole thérapeutique, ce délai étant réduit à cinq ans lorsqu'il s'agit de cancers de mineurs. (décret de février 2017).

    https://www.nouvelobs.com/rue89/nos-vies-intimes/20181126.OBS6010/vie-de-malade-j-ai-eu-deux-cancers-mon-medecin-m-a-dit-de-mentir-a-la-banque.html

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    Luc Desle

    « "Ce monde est un vaste mirage". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"."D'après ces religions, la vie ne vaudrait que si elle est mal vécue". Jacques Damboise in "Pensées d'inconstances". »

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