• "Il chantait faulx pour plaire à Madame la Mort". Jacques Damboise in "Pensées circonspectes".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (QUE TES RÊVES FASSENT

    POUSSER TES AILES)

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     "Mais enfin William, ce n'est pas grave que ça..."

     1957 illustration by Andrew Robb http://flic.kr/p/GNiH4z

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     bdtrash.net

    Viol de Stanford :

    l’histoire derrière la lettre

       Jeudi 2 juin, Brock Allen Turner, un étudiant de l’université de Stanford, l’une des plus prestigieuses des Etats-Unis, a été condamné pour le viol d’une jeune femme en janvier 2015. Six mois fermes.   L’affaire a rapidement viré au scandale aux Etats-Unis. En une semaine, le nom de Turner a été mentionné plus de 48 000 fois sur Twitter et le hashtag #BrockTurner tweeté plus de 28 000 fois. L’émotion est d’autant plus grande qu’une lettre de la victime, lue pendant le procès, est devenue virale.   Explications en quatre points.
     
       Qui est la victime ?
     
       On ne connaît pas son nom. Elle a choisi de rester anonyme, précisent les articles américains sur le sujet qui respectent son choix. Quand ils lui donnent un nom, les journalistes se contentent de l’appeler « Emily Doe », un pseudonyme choisi pour préserver son identité. D’elle, on sait simplement qu’elle n’est pas une étudiante de Stanford et qu’elle a 23 ans.

       Qui est Brock Turner ?

       Sur certaines photos officielles universitaires, il apparaît souriant. Joues roses et yeux bleus, un visage qui semble à peine sorti de l’enfance, un air de gendre idéal ou de garçon sage. Allan Brock Turner a 20 ans. C’est une star de l’équipe de natation de son université. Il avait pour ambition de faire les Jeux olympiques et c’était plutôt bien parti.

       Que s’est-il passé ?

       Le 18 janvier 2015 2015, « Emily Doe » et sa sœur sortent faire la fête. Elles vont à la soirée d’une fraternité (Kappa Alpha). Beaucoup de participants sont alcoolisés, Emily Doe aussi. Trois fois plus que la limite légale aux Etats-Unis. Elle fait un black out (épisode inconscient). Quand les policiers arrivent, ils la décrivent comme « complètement inconsciente ».Ce sont deux Suédois qui passaient avec leur vélos qui ont donné l’alerte, voyant la jeune femme en train de se faire agresser, pénétrée digitalement par l’étudiant en natation, derrière une benne à ordures.

       Extrait de la lettre publiée sur Buzzfeed - Capture d’écran - Montage Rue89
     
    Dans la très longue lettre de neuf pages qu’elle a lue au procès, et traduite par Buzzfeed France, Emily Doe raconte 
     
       « Un jour, au travail, je parcourais l’actu sur mon téléphone, et je suis tombée sur un article. Je l’ai lu et j’ai appris pour la première fois que j’avais été trouvée évanouie, les cheveux emmêlés, long collier enroulé autour du cou, soutien-gorge sorti de ma robe, robe poussée au-dessus de mes épaules et de ma taille, que j’étais nue jusqu’à mes bottes, les jambes écartées, et que j’avais été pénétrée par un objet étranger, par quelqu’un que je n’avais pas reconnu.
     
       C’est comme ça que j’ai appris ce qui m’était arrivé, assise à mon bureau devant un article. J’ai appris ce qui m’était arrivé au même moment que le reste du monde a appris ce qui m’était arrivé. C’est là que j’ai compris pourquoi j’avais eu des aiguilles de pin dans les cheveux, elles n’étaient pas tombées d’un arbre.
     
       Il avait enlevé mes sous-vêtements, ses doigts avaient été à l’intérieur de moi. Je ne connais même pas cette personne. Je ne connais toujours pas cette personne. » Allen Brock Turner a soutenu lui que la jeune femme était consentante. Emily Doe est écœurée.
     
       « En plus de tout ça, il affirme que j’ai joui après une minute de pénétration digitale. L’infirmière a dit qu’il y avait des lacérations, des éraflures et de la terre dans mon vagin. C’était avant ou après mon orgasme ? »

       Pourquoi ça bouleverse l’Amérique ?

       Bien sûr la qualité de la lettre écrite par Emily Doe joue dans l’émotion autour de cette affaire. C’est une lettre brillante, sobre et crue, émouvante et froide. Les mots sont parfaitement choisis et s’adressent directement à l’accusé. L’objet en devient littéraire, c’est presque un début de roman. Mais au delà de cette lettre, l’affaire a un goût particulièrement amer. Tout en étant reconnu coupable et alors même que le procureur avait requis contre lui une peine de six ans de prison, l’accusé s’en sort avec six mois fermes. Le juge a été clément et l’a revendiqué, expliquant craindre « l’impact négatif » qu’aurait une longue peine sur la carrière du jeune homme.
     
       Une pétition en ligne appelle désormais à la révocation du juge. Plus de 54 000 personnes l’ont signée. La déclaration du père de l’accusé et selon laquelle cette peine est « un coût très élevé à payer pour vingt minutes d’action » ont également choqué. (...)
     
     
       (...) Et pendant tout le procès, l’accusé n’a cessé de parler de l’ébrieté d’Emily Doe. Mais comme le remarquait la jeune femme dans sa lettre 
     
       « Ce n’est pas l’alcool qui m’a déshabillée, doigtée, qui a laissé le sol écorcher mon visage, mon corps presque nu. Boire plus que de raison fut une erreur de débutant que je veux bien reconnaître, mais qui n’a rien de criminel. Tout le monde dans cette pièce a déjà regretté une soirée trop arrosée, ou connaît quelqu’un dont c’est le cas. Regretter un abus d’alcool, ce n’est pas la même chose que regretter une agression sexuelle.
     
       On était tous les deux soûls, la différence c’est que je n’ai pas enlevé ton pantalon et tes sous-vêtements, je ne t’ai pas touché de manière inappropriée et je ne me suis pas enfuie. Voilà la différence. » L’amertume vient aussi du « déjà vu ». C’est un problème récurrent aux Etats-Unis, où chaque génération connait ses affaires d’agressions sexuelles par des étudiants - athlètes, perçus comme des héros, rois en leurs royaumes (et fraternités). Dans les films et les romans (Tom Wolfe), ils sont même devenus une sorte de personnage générique.(...)

       (...) Il n y a pas si longtemps déjà en 2012, à Steubenville, une adolescente se faisait violer, inconsciente et ivre par des étudiants, joueurs de football américain. Déjà, dans les médias, on les avait beaucoup présentés comme «  favoris de leur école et à la carrière prometteuse  », et elle comme l’inconsciente tout de même un peu responsable de son agression. Comme s’il fallait toujours chercher la faute du côté de la victime. Emily Doe dit la blessure qu’elle a ressenti en lisant l’article qui lui a appris son agression 
     
       « A la fin, après avoir appris les détails graphiques de ma propre agression sexuelle, l’article faisait la liste de ses chronos en natation. On l’a trouvée inconsciente avec ses sous-vêtements à 15 cm de son ventre nu, recroquevillée. Au fait, c’est un très bon nageur. Donnez mon chrono au jogging si c’est l’idée. Je cuisine bien, mettez ça à la fin de votre article, puisqu’apparemment, c’est là qu’on fait la liste des activités extra-scolaires pour contrebalancer les choses ignobles qui se sont passées. »Aux Etats-Unis, une étudiante sur cinq a été victime de viol.
     
       Et comme le fait remarquer le Guardian, cette même semaine une étude montrait que la moitié des athlètes universitaires sondés (oui la moitié) reconnaissaient avoir forcé une partenaire à une relation sexuelle.
     
       « Le cas de Stanford n’est pas une anomalie : c’est une partie d’une épidémie de viols. »

    http://rue89.nouvelobs.com/2016/06/07/viol-stanford-lhistoire-derriere-lettre-264283

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    Luc Desle

    « "Elle s'habillait de candide vertu, protégée par un automatique menaçant". Jacques Damboise in "Pensées circonspectes"."Ce Mort-Vivant sentait à moitié bon et à moitié mauvais". Jacques Damboise in "Pensées adjacentes". »

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