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    "Super, ce mariage franco-chinois!
    - Hihihi, tu n'as pas peul
    que je te mange tout clu?
    - Ben non, mon amour,
    entre-nous c'est une union d'amour, hein?"

    Une grande compagnie aérienne 
    chinoise dans le ciel français
    Fabrice Gliszczynski

       (...) Selon des sources concordantes, Hainan Airlines, la quatrième compagnie aérienne chinoise, dans laquelle est présent au capital le milliardaire américain George Soros, est en négociation finale avec le transporteur français Aigle Azur pour entrer au capital de ce dernier. Un accord, qui nécessite le feu vert du gouvernement chinois, pourrait être signé d'ici à la fin de l'année. Interrogé, Aigle Azur n'a fait aucun commentaire. Si pour des raisons réglementaires, Hainan Airlines, comme tout investisseur non communautaire, ne peut prendre plus de 49% du capital d'une entreprise européenne, sa participation dans Aigle Azur serait néanmoins conséquente. Elle dépasserait les 40% selon une source, pour un montant inconnu.
       Propriétaire aujourd'hui de 100% du capital, de Gofast - la maison mère d'Aigle Azur -, le président du groupe et de la compagnie, Arezki Idjerouidène, conserverait donc le contrôle. Le projet aurait reçu l'approbation du ministère français des Transports (for ever, la Droite, faible avec les forts et forte - et méprisante - avec les faibles?). En s'adossant à un partenaire solide, Aigle Azur pourra non seulement partager les risques mais aussi se développer. Car cette opération capitalistique s'accompagne de synergies en termes d'achats et de réseau entre les deux compagnies avec, à terme, des ouvertures de part et d'autre de lignes entre la France et la Chine appuyées par des accords sur des vols en correspondances sur le réseau intérieur chinois d'Hainan et moyen courrier d'Aigle Azur. (...)


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    "Je t'aime pour la vie!
    - Moi non plus..."

    Euro: 
    La Bundesbank s'autorise des libertés
    qu'elle refuse aux autres

    28 NOVEMBRE 2011 | PAR MARTINE ORANGE

       (...) C'est un petit détail qui est passé inaperçu lors de l'échec de la dernière émission obligataire allemande. Lorsque le Trésor allemand a lancé, mercredi dernier, une adjudication de 6 milliards d'euros au taux très bas de 1,98%, il n'a pu en placer que 3,6 milliards, soit à peine 60%. Jamais le gouvernement allemand n'avait essuyé un tel revers. Cela n'aura pourtant eu aucune conséquence sur les finances allemandes : les 2,4 milliards d'euros qui n'ont pas été placés sur les marchés ont été repris directement par la Bundesbank, en attendant de meilleures conditions de placement.
       Comment une telle opération, qui revient ni plus ni moins à donner à la banque centrale allemande un rôle de prêteur en dernier ressort, sur le marché primaire des émissions publiques, est-elle possible ? Car c'est précisément le rôle que l'Allemagne refuse de voir jouer à la BCE, en dépit des demandes pressantes des autres gouvernements européens. Et c'est cette question qui est au cœur de la crise de la zone euro (et, bien sûr, poser la question c'est se révéler méchamment hostile au pays de Goethe...).(...)
    lire la suite sur:

    ***
    "Comment ça, vous m'échangez démocratiquement 
    une poignée de main?
    Je veux de l'argent, moi, Monsieur le zazou!"

    Emmanuel Todd : «La tension entre libre-échange 
    et démocratie devient insoutenable»
    26 NOVEMBRE 2008 | 
    PAR GÉRARD DESPORTES ET SYLVAIN BOURMEAU

       (...) / Croyez-vous à une Europe sans euro ?

       Je suis passionné, culturellement, par l'Europe. Or la monnaie unique, dont on voit qu'elle produit actuellement une exaspération sur le continent, était, dès le départ, la négation de l'Europe. J'étais donc contre au départ. J'avais fini par l'accepter, persuadé qu'elle ne pouvait être sauvée que si l'Europe passait au protectionnisme.
       Le libre-échange, présenté comme un doux commerce entre les peuples, est en réalité une déclaration de guerre économique de tous à tous. Il crée cet état de jungle, de rapport de force en train de détruire l'Europe. Il aboutit à une hiérarchisation des nations en fonction de leur situation économique.
      Du coup, au stade actuel, ma préférence irait vers un sauvetage de l'euro par le protectionnisme européen. Il faudrait donc que la France ait le courage de négocier cette solution avec l'Allemagne. Il faut créer les conditions d'une remontée de la demande sur l'ensemble d'un continent, où l'on cesserait de se jeter les uns sur les autres. L'Europe redeviendrait alors ce qu'elle a cessé d'être: un atout. Ce qui apparaît aujourd'hui comme une faiblesse déstructurante, la diversité anthropologique, referait alors sa force dans un contexte global protégé.
       Toutefois, au rythme où va cette crise financière, monétaire, économique, avec une récession programmée par les plans d'austérité, je vois se dessiner une sortie préventive de l'euro. Je donne raison sur ce point à l'économiste Jacques Sapir. Les Allemands se verraient alors contraints d'accepter une restructuration globale, ainsi que le protectionnisme européen.
       Mais nous assistons à une absence de débats économiques. On claironne qu'il n'y a pas d'alternative. Cette attitude de déni quant aux solutions possibles trahit la fossilisation mentale du Vieux Continent. Les experts s'époumonent, tel un chœur de vieillards: «Ce n'est pas possible!»
       C'est effrayant comme un discours totalitaire imposant la négation de la vie, de la réalité, de l'Histoire, de la capacité à peser sur les choses. Nous avons eu la soumission à la race avec le nazisme, la soumission à une doxa dite socialiste avec les démocraties populaires; il y a désormais une soumission à des plans d'austérité, qui conduisent mécaniquement à la régression.
       Voilà bien une pathologie mentale digne de celles qui menèrent au totalitarisme. Le totalitarisme était fondé sur des sociétés dont la jeunesse était encore le ressort. Nous le reproduisons donc dans sa version décrépite: l'euro (dans le sens monétaire) totalitarisme!

    Infime partie d'une excellente entrevue avec Olivier Todd à lire sur:

    ***

    "Ton sentiment de peur, voire de terreur est subjectif. 
    Est-ce que moi, je tremble devant toi? Non? Alors..."

    (film: Fear Dot Com)

    MATHIEU RIGOUSTE :
    « MÊME LA TERREUR D’ÉTAT INDUSTRIELLE
    NE PEUT RIEN CONTRE UN PEUPLE UNI ET RÉSOLU »

       (...) Dans "Les Marchands de peur" (éditions Libertalia), Mathieu Rigouste retrace par le détail l’itinéraire emblématique de quelques omniprésents « experts » de la peur (Alain Bauer, Xavier Raufer, François Haut...) et documente l’avènement triomphant du capitalisme sécuritaire. Un ouvrage fouillé et passionnant, qu’il évoquait dans cet entretien accordé à Article11 en début d’année (2011).

    / Quel a été son rôle dans le virage sécuritaire du Parti socialiste ?

       Bien intégré aux réseaux de la gauche atlantiste, anticommuniste et néolibérale au début des années 1990, Alain Bauer est formé en 1993 par la SAIC, une vitrine de la CIA et du complexe militaro-industriel nord-américain. À son retour, il met tout en œuvre pour appliquer les recettes qu’on vient de lui enseigner, pour développer en France des marchés et des structures équivalents à ceux que les industries du contrôle ont mis en place aux États-Unis. Depuis son passage comme secrétaire général du World-Trade Centre Paris La Défense, il est reconnu comme un « expert de la sécurité urbaine ».
       Il quitte finalement le PS en 1994, mais continue à participer à des commissions de réflexion. Face à la montée électorale du FN, la gauche tente alors de s’approprier ses thématiques politiques, et notamment « l’insécurité ». Et des maires rocardiens ont recours à l’ « expertise » d’Alain Bauer ; à Vitrolles, par exemple, il s’occupe de la « sécurisation » et fait investir dans un coûteux système de vidéo-surveillance. Cela fonctionne si bien que le FN finit par prendre la ville...
       C’est d’ailleurs pour ce contrat qu’il crée AB Associates, sa firme de consulting en sécurité. L’affaire se révélant juteuse, il reprend son travail de lobbying auprès du PS et mène la réflexion de 1997, qui axe la campagne du parti sur la sécurité. Celui-ci gagne les législatives au printemps et invite Alain Bauer à organiser le colloque de Villepinte, qui consacre à la rentrée de 1997 la conversion du PS à l’ordre sécuritaire. Le parti met alors en œuvre les recommandations de Bauer, et en particulier ces Contrats locaux de sécurité (CLS) qui réunissent tous les acteurs de la sécurité d’une municipalité autour des «experts». Les CLS obligent les maires à réaliser des « diagnostics de sécurité » et des « enquêtes de victimation » pour mesurer le sentiment d’insécurité. Et AB Associates multiplie ses bénéfices en devenant l’une des principales firmes fournissant ces « services » auprès des municipalités.
       Cet exemple montre bien comment s’articulent les politiques et les marchés de la sécurité. C’est une métaphore du marché de la peur, qui montre que la distinction entre les partis de gouvernement n’a aucune consistance concernant la logique de développement du capitalisme sécuritaire.

    / En quoi l’alliance des marchands de peur et des marchands de canons est-elle nouvelle ?

       La peur a toujours été un outil fondamental pour les classes dominantes, bien avant le capitalisme. Mais tout s’est accéléré avec la transformation du contrôle en marché au cours du XXe siècle. Jusque-là, la fonction de marchand de peur était occupée par des « entrepreneurs de morale », qui permettaient de justifier périodiquement la répression des indisciplines et des révoltes. Mais ce sont les complexes militaro-industriels, édifiés dans le courant des deux guerres mondiales, qui ont généré les marchés du contrôle, devenus florissant entre les guerres coloniales et la contre-révolution post-1968.
       Depuis lors, il est devenu indispensable que des professionnels de la terrorisation travaillent constamment pour définir les « menaces » – qui permettent le fonctionnement de cette économie de la provocation/répression – et les « nouvelles menaces », qui délimitent chaque fois de nouveaux secteurs d’accumulation de profits. Les marchands de peur ne sont plus seulement des légitimateurs, ils s’imposent désormais comme des acteurs économiques et politiques très puissants. À l’image de la bande à Bauer, ils sont vecteurs, mais aussi ingénieurs, entrepreneurs et gestionnaires. Ils ont même fini par jouer le rôle d’architectes sociaux et se conçoivent désormais, répètent-ils, comme les bâtisseurs d’une « sécurité globale face au chaos de la mondialisation » (les serviles serviteurs du capitalisme mondialisé en seraient les garde-fous... c'est le cas de le dire... superbe arnaque qui va de nouveau fonctionner pour l'élection de 2012? S'il vous plaît, épondez-moi par la négative!).

    / C’est une entreprise de domination totale ?

       Ils parlent de « sécurité globale », mais ça ne veut rien dire. C’est juste de la rhétorique, une manière de convoquer des énergies dans un projet sans fin ; c’est une notion-marchandise, une combinaison de propagande et de publicité. Je ne connais pas non plus d’exemple de « domination totale ». Même dans l’esclavage et à l’intérieur d’un camp, il reste des traces de résistance. La totalité est un fantasme tyrannique, un mirage qui permet de faire courir éternellement ceux le poursuivent.
       Cela ne signifie pas qu’il faut sous-estimer les idéologues prêchant pour une « domination totale », mais que nous ne devons pas en avoir peur : ce serait travailler gratuitement pour eux. Rappelons-nous que toute mécanique a ses limites. Et qu’à mesure que les marchés de la sécurité augmentent, les inégalités et les révoltes se développent (ce qui les met en rage, Messieurs les experts). Au fond, les contrôleurs ne sont que les serviteurs zélés d’intérêts qui les dépassent : leurs idées et leurs corps ne leur appartiennent pas, ils sont des fusibles. Et il importe de rappeler que les machines complexes peuvent être sabotées pour peu qu’on comprenne bien leur mécanique. Cette compréhension réduit la peur qu’elles nous inspirent, elle les rend moins efficientes.
       Pour saboter la peur, l’esclave commence parfois par ridiculiser le maître. C’est une forme d’insoumission et de subversion magique, qui prépare souvent le moment où il trouve la force de se libérer. Cela n’apparaît pas dans le livre, mais nos deux terribles contrôleurs, Xavier Raufer et Alain Bauer, ont reçu des petits noms dans leurs milieux : respectivement « Bonne Soupe » et « Gros Bobo ». Comme quoi on peut manger tous les soirs « à la table des grands », tout en restant le triste bouffon des fins de repas. (comme le vieil oncle qui vous raconte une blague salace lors d'un banquet...)(...)
    Lire l'article sur:

    ***
    Luc Desle (et Jacques Damboise)

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