• "Étrange: la Mère maquerelle détestait l'odeur de la marée". Benoît Barvin in "Étrange, vous z'avez dit?"

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (SOIS DANS LA CARAVANE 
    QUAND LES CHIENS ABOIENT) 

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    COURTS RECITS AU LONG COURS(17)
    pcc Benoît Barvin

    La situation

       J'étais assis, seul, dans ce jardin public. Le soir tombait. On allait bientôt fermer les grilles. J'humais l'étiolante mesure du temps lorsqu'un couple vint s'asseoir sur un banc voisin du mien. Lui était un gros homme un peu gauche, la parole lente et approximative, le cheveu rare, les gestes ralentis. Sa compagne était maigre, vive, la chevelure taillée à la va-comme-je-te-pousse, mais elle tenait un dossier contre son maigre flanc, comme s'il se fût agi d'un nouveau-né.
       "Voici ce qu'elle m'a dit, ânonna l'homme. Et je lui ai répondu que je ne pouvais rien pour elle". "Tu as bien fait, approuva la femme. Tu as très précisément analysé la situation". Je ne sais si ce fut à cause de cette conversation, surprise par bribes; ou en raison de l'étrange accoutrement du couple - ils portaient des vêtements dépareillés, un rien exotiques, mais j'éclatai soudain d'un rire de gorge. Je ne pus le retenir, en dépit de mes efforts, car j'étais conscient que mon attitude était malséante, voire grossière.
       Le couple, dans un même mouvement, se tourna vers moi. "C'est de nous que vous vous gaussez?" demanda l'homme. Je sentis, derrière l'interrogation hésitante et le verbe suranné, une menace. La femme, également, me parut hostile, un étrange sourire se plaquant sur des lèvres aussi effilées que si elles avaient été tracées à l'aide d'une lame de rasoir.
      Déjà il était trop tard. Calmement l'homme et la femme se levèrent et s'approchèrent de moi. Mes membres gourds me refusaient tout service. Je venais de reconnaître - un peu tard - l'Ogre et son épouse, une impitoyable harpie, que les forces de police traquaient depuis un moment...
    Aurore


       J'avais réglé le réveil à 6 heures, mais j'étais debout depuis une bonne demi-heure. Je m'étais douché, rasé, j'avais revêtu des habits neufs, pris un solide petit-déjeuner et j'entrais maintenant dans mon véhicule, heureux d'être toujours sur la brèche, capable de résister au stress, en dépit des nombreuses années de dur labeur.
       Les rues étaient désertes. Tout le monde dormait... Je ricanais intérieurement, satisfait d'être un battant, un de ceux qui se donnent les moyens de réussir dans la vie, qui refusent les instants de faiblesse, qui n'y pensent même pas.
       Je roulais depuis dix bonnes minutes sur l'autoroute déserte. Au loin, vers l'Est, le soleil illuminait le ciel. "L'aurore aux doigts de fée" ainsi que l'avait écrit un poète. J'avais beau avoir l'habitude de ce spectacle, je le goûtai une fois encore avec un intense plaisir.
       Je braquai soudain ma voiture sur la droite, me dirigeant vers une aire de repos. Je stoppai près des pompes où quelques véhicules continuaient à rouiller. En face de moi le magasin d'alimentation, sombre comme la nuit. J'arrêtai le moteur, baissai la vitre. Un parfum de désolation, de solitude, de folie serpenta dans l'habitacle. Je sentis des larmes brûler mes joues. Je fouillai dans ma poche, m'emparai du tube de relaxants et croquai deux cachets, coups sur coups, le coeur gros.
       Etre le dernier homme sur la Terre, ce n'était pas évident. Tôt le matin surtout...


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    Jean Effel

       Jean Effel, de son vrai nom François Lejeune (d'où F.L.), est un dessinateur français (né le 12 février 1908 à Paris, décédé le 16 octobre 1982 à Paris). Fils d'un marchand et d'une professeur d'allemand, il étudie l'art, la musique et la philosophie à Paris, séjourne en Angleterre et sert dans les hussards.
       Après avoir échoué à faire son trou en tant que dramaturge ou peintre, il commence à placer ses illustrations dans divers périodiques français. Il devient bientôt l'un des illustrateurs les plus courus de France. 
       Auteur de dessins publicitaires et humoristiques, illustrateur de livres, il collabora à différents journaux et publia des albums satiriques ou empreints d'une poésie personnelle (La Création du monde, 1951, dont les dessins ont eu un succès très large toutes tendances politiques confondues en France par leur côté bon enfant). Il allie le classicisme du trait à un humour simple, sans aucune méchanceté.
       Proche du Parti communiste français, il travailla avant et après guerre pour de nombreux titres, dans la presse communiste, comme dans de nombreuses publications telles que L'Express, Paris-Soir et surtout pour des publications satiriques telles que Le Canard enchaîné, L'Os à moelle ou Satirix. Il reçut le Prix Lénine pour la paix en 1968.
       Ami de Robert Brasillach il avait signé en 1945 l'appel des intellectuels pour demander sa non-exécution. Il est inhumé à Honfleur dans le Calvados.

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    (c) Jean Effel, "Le Diable et son train". René Juillard.


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    Blanche Baptiste
    « "En mangeant des yeux cette superbe et grasse bûche au chocolat, elle prit dix kilos". Benoît Barvin in "Pensées aux petits pieds""Sautant de joie il réalisa, un peu tard, que la falaise était bien haute". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet" »

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