• "Dans ces vide-greniers, on trouvait les squelettes de quelques adorables arrière-grands-mères". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LE SAGE NE DIT RIEN D'AUTRE
    QUE TU NE SACHES DÉJÀ)

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    COURTS RÉCITS AU LONG COURS(46)
    pcc Benoît Barvin


    © 1973 Jeffrey Jones 


    http://mydelineatedlife.blogspot.fr/


    Écrivain


       Je tenais enfin mon premier roman publié dans la main. Cela n'avait pas été une mince affaire. Non de l'écrire ça, c'était mon problème, mais de prendre la décision de l'envoyer - 30 maisons d'édition l'avaient reçu, 29 m'avaient froidement éconduit. Je ne correspondait pas à la politique éditoriale de la Maison d'Edition, vous comprenez... Puis, dans le combiné de mon vieux téléphone, la voix chaleureusement parisienne du directeur de collection - de 20 ans mon cadet -, qui me disait que "oui, le roman est pas mal, mais il faudra le retravailler". J'étais prêt à tout, les prostituées ne le sont-elles pas? J'avais même accepté de faire la promo du bouquin, moi qui n'avais de relations, avec mes contemporains, qu'épisodiques et au final peu enthousiasmantes.

       C'est la raison pour laquelle je me trouvais assis derrière ce stand, dans cette Foire du Livre, sous mon nom, mal orthographié. A côté de moi se trouvaient deux auteurs célèbres dans le landerneau de la chansonnette et du cinéma. Depuis le matin - car j'étais arrivé deux heures avant l'ouverture, évidemment, et avais patienté  à la terrasse d'un café, à siroter d'infâmes "noisettes" dont aucun écureuil n'aurait voulu, même gratuites... Depuis le matin, donc, j'étais installé à ma place et observais, un peu stupéfait, il faut dire, les deux files qui s'allongeaient, de chaque côté de mon stand, vide lui, désespérément vide.

       Je sentais des regards mi-apitoyés mi-rigolards à mon endroit, des commentaires émis d'une voix assez forte pour que j'en saisisse le ton, un rien ironique, bien entendu. Je faisais celui qui n'entend rien. Je souriais, certes, mais c'était un sourire "avec les dents", celui qui est destiné à vous protéger de la foule, d'une situation absurde, de la colère qui, autrement, vous submergerait. Mes deux confrères, en signant comme s'ils étaient engagés dans une course mutuelle à la renommée, plaisantaient avec leurs fans, se faisaient photographier - j'aidai même plusieurs des thuriféraires de ces Messieurs à immortaliser leurs sourires sur carte numérique.

       Pendant que la foule piétinait sur place, certains se croyaient obligés de m'adresser la parole, me demandant si j'étais écrivain, ce que j'avais déjà écrit, que, oui, bon, là ils n'avaient pas le temps, mais que plus tard ils reviendraient... Je sentais, en mon for intérieur, que ce premier roman allait être un four - où donc était le public relation de la Maison d'édition? -, qu'il n'allait peut-être pas être suivi d'un second ouvrage - et pourtant, j'en avais déjà deux sur le feu, que...

       C'est alors que je la vis, silhouette menue qui me fit penser à celle de la Petite fille aux allumettes d'Andersen. Elle avança crânement entre les deux files, scrutée par les regards de mâles qui se détournaient bien vite. Elle n'avait rien de particulièrement attirant, cette inconnue mal fagotée dans sa robe au pourpre fané,  au col bien trop sage pour juger de la beauté de ses petits seins. Elle tenait, sous le bras, un porte-documents et, arrivée devant moi, elle bredouilla un rapide bonjour et me tendit le paquet.

       J'entendis qu'elle écrivait, qu'elle voulait me faire lire ces nouvelles, qu'elle espérait que je pourrais faire quelque chose pour elle. Mes deux confrères continuaient à pérorer; la foule s'agglutinait, maintenant, occupant une partie de mon espace, familièrement, comme si je n'existais pas. J'ouvris le porte-documents, en sortis un manuscrit, commençai à lire... 

       "La fille qui tangue", "Peu sensible", "La mort du cheval rose", "La faim des singes"... Les titres me parlaient. Ils me parlaient d'autant plus que c'étaient ceux dont j'avais affublé mon recueil de textes brefs que j'espérais bien vendre, après le premier roman publié. Chacune des nouvelles était, mot pour mot, identique à celle que j'avais écrite...

       Je levai les yeux vers la silhouette qui, dans le contre-jour, était d'une pâleur livide. Mon coeur cognait dans ma poitrine, une mauvaise sueur sourdait de chaque pore de ma peau. Je me sentis mal et dus fermer les yeux, en tentant de calmer ma respiration qui s'emballait. En les rouvrant, je me rendis compte que l'apprentie écrivain était toujours là, qu'elle esquissait un timide sourire, que sa silhouette, finalement, semblait gironde et quand elle me demanda: "Vous... Vous aimez?", je hochai gravement la tête.

       Ensuite je me levai, tournai les talons, laissant les exemplaires de mon roman sur le tréteau, la fille à sa place, ses nouvelles prêtes à intéresser un quelconque éditeur et ce n'est que cinquante mètres plus loin que je me mis à courir, tel un dératé, comme si toute la folie du Monde était sur le point de me rattraper...

    ***

    "Si je voudrais obtenir les Palmes Académiques?
    Vous savez que vous êtes un petit rigolo, vous..."


    Humphrey Bogart
    (Source: rippedgooch)

    (Quelques instants plus tard, le photographe
    rigola moins...)

    ***

    "Oh mes Seins, Vous qui êtes toujours à leur place,
    et si durs, si émouvants aussi,
    conseillez-moi: que dois-je faire de ma vie?"


    Joan Crawford photographed by George Hurrell, 1932

    ***

    "Mais, Monsieur, que faites-vous dans ma salle de bain?
    - Je viens vous mater.
    - Ah bon, j'ai eu peur,
    je croyais que vous étiez un immonde voyeur"


    Jean Harlow, 1933

    (La blondeur, quand même, ça avait son charme)

    ***

    (Bien que parlant mal la langue du pays,
    cette chanteuse savait se faire comprendre
    des mâles de l'endroit)



    Josephine Baker photographed by Gilles Petard


    ***
    Jacques Damboise (dit le phallocrate distingué)
    « "Cette mariée souriante songeait à son futur divorce". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"."Dans ce cimetière, le temps était heu... comme figé". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet". »

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