• "Ce vieil homme avait empaillé sa mère au prétexte que, vivante, elle semblait déjà morte". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LE TEMPS

    CASSE TROP VITE)

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    "Bizarre ton chapeau en fourrure...

    - Toi, t'as encore oublié de chausser

    tes lunettes, hein?"

     Fuzz

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     https://www.les-crises.fr/47-signes-chine-usa/

    Comment la Chine transforme

    la mondialisation

     

       Dans les années 80, Deng Xiaoping, le "Petit Timonier" qui succéda à Mao, inventa la formule "économie de marché aux caractéristiques chinoises", sorte de novlangue pour décrire le capitalisme plutôt sauvage qui était en train de s’installer dans le pays. 

       Aujourd’hui, il faudrait parler de "mondialisation aux caractéristiques chinoises". Car si les commentateurs se sont attachés aux chiffres faramineux d’investissements qui ont accompagné le récent sommet de la "nouvelle route de la soie" qui s’est tenu les 14 et 15 mai à Pékin, c’est la démarche politique chinoise qui devrait surtout retenir l’attention.

       L’ambitieux projet, qui a été lancé en 2013 par le Président Xi Jinping, vient de modifier son nom baroque de "Une ceinture, une route" ("One belt, one road", Obor selon l’acronyme anglais) à "Initiative route et ceinture" ("Belt and Road Initiative", B&R selon l’acronyme anglais) pour bien marquer qu’il n’y a pas qu’un seul chemin sur cette "route de la soie" des temps modernes. 

       Mais ce changement de nom montre bien à lui seul qu’il y a une ambiguïté sur la nature même du projet, malgré les propos rassurants du président Xi Jinping sur l’absence d’agenda politique.  A l’origine, il s’agissait surtout du développement à coups de dizaines de milliards de dollars des infrastructures de transport et de logistique qui devaient favoriser les échanges le long de la mythique route de la soie du premier millénaire, entre la Chine, l’Europe et même au-delà, l’Afrique. De nombreux pays, y compris occidentaux, se sont précipités pour ne pas rater leur chance au guichet des crédits financiers chinois…

       C’est devenu, désormais, l’architecture d’une globalisation économique parallèle centrée autour de la Chine, là où le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui a pour épicentre l’Occident, berceau des révolutions industrielles et siège des grandes entreprises qui dominaient l’économie planétaire jusqu’à récemment.

       Sans le proclamer, la Chine défie cet ordre-là, profitant du double phénomène du rééquilibrage de l’économie mondiale au profit des pays émergents, entamé depuis la première décennie du XXIe siècle, mais aussi, et peut-être surtout, de l’ère de repli et de confusion dans laquelle sont entrés les Etats-Unis, la puissance dominante depuis plus d’un demi-siècle. (...)

       (...) Il y a quelque chose d’extraordinaire à voir la vitesse avec laquelle la Chine s’est affirmée sur la scène internationale. Au début des années 2000, la Chine, qui n’a accédé qu’en 2001 à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), est devenu un aimant à investissements étrangers, se transformant en "usine du monde", cible de toutes les délocalisations et de la sous-traitance mondiale.

       Peu d’observateurs ont prêté attention lorsque Pékin a commencé à courtiser le continent africain, réunissant l’ensemble des pays du continent comme pouvait le faire la France, ancienne puissance coloniale. La Chine semblait surtout, à l’époque, vouloir garantir son accès aux matières premières dont elle était devenue le premier importateur mondial.

       2008 marque un tournant, à la fois psychologique avec la tenue des Jeux olympiques de Pékin, symbole de l’affirmation d’une Chine plus sûre d’elle, mais surtout avec la crise des "subprimes" qui a plongé les économies occidentales dans la crise dont l’Europe, en particulier, ne sort qu’avec difficulté. La Chine, elle, est vite sortie de ces turbulences, continuant son rattrapage accéléré pour devenir la seconde économie mondiale, et bientôt la première.

       Pendant ces quinze années triomphales, qui ont progressivement cédé le pas à une autre phase, celle d’une croissance plus faible, la Chine est passée du statut d'"usine du monde" dans lequel l’Occident pensait la cantonner, à celui de grande puissance capable de rivaliser avec les Etats-Unis, le Japon ou l’Europe. Sans rien céder à son autoritarisme politique ; au contraire puisque le règne de Xi Jinping, qui est là pour durer, se révèle plus dur encore que ses prédécesseurs immédiats.

       Ceux qui pensaient dans les années 2000 que la Chine se contenterait de la sous-traitance de t-shirts à un euro, d’assembler les iPhones des autres ou même les automobiles et les avions conçus ailleurs, en sont pour leurs frais. La Chine revendique sa place, toute la place qui était celle de l’ancien "empire du milieu".

       Le vol inaugural, récemment, du premier avion de ligne "made in China" (même si une majorité de ses composants, y compris les réacteurs, sont produits par Airbus et Boeing), est symbolique de cette ambition chinoise de devenir une puissance globale de premier plan dans tous les domaines. (...)

       (...) L’automobile fournit un autre exemple : il y a une décennie, les groupes chinois étaient les partenaires "juniors" des co-entreprises fondées avec les grands groupes occidentaux ; aujourd’hui, ils dament le pion sur le marché chinois –devenu le premier au monde- aux grandes marques mondiales, et l’un d’eux a sauvé le groupe PSA de grandes difficultés il y a quelques années et est entré dans son capital à hauteur de 14%...

       L’initiative "route et ceinture", une voie terrestre et une voie maritime, vient à point nommé redonner du souffle à une économie chinoise en pleine mutation, passée d’un modèle exportateur et largement sous-traitant, à un modèle plus mûr, s’appuyant à la fois sur une consommation intérieure accrue, et sur une mondialisation à plus forte valeur ajoutée.

       La vision est économique, mais surtout géopolitique, visant à assurer à la Chine le rôle dominant en Asie – économique, mais aussi politique et militaire - qu’occupaient jusqu’ici les Etats-Unis, et que lui contestent encore des puissances régionales comme le Japon ou l’Inde, ou certains "petits" pays redoutant le poids de leur puissant voisin.

       Mais elle déploie ses ailes au-delà de l’Asie, sur le continent africain dont elle est devenue le premier partenaire, à coup de financement d’infrastructures sans les habituelles conditionnalités des grandes institutions financières, et qui devient la destination de sa propre délocalisation dans cette nouvelle phase de la mondialisation.

       Et en Europe, où les crédits d’infrastructure de "Ceinture et route" sont les bienvenus dans les Balkans où l’Union européenne n’a pas su, ou pas eu les moyens, d’être la puissance stabilisatrice de ce "ventre mou" du continent toujours instable, ou même au sein de l’UE, dans les pays d’Europe centrale et orientale courtisés par Pékin.

       La Chine a même inscrit dans le projet "Ceinture et route" sa part de financements du nucléaire britannique auquel elle s’est engagée aux côtés du Français EDF ! (...)

       (...) Depuis des années, les Etats-Unis ne savent pas comment traiter la Chine, entre "containment" type guerre froide, et "engagement" pour en faire un partenaire. En quelques mois, Donald Trump a fait les deux, passant de l’invective sur Twitter à une vaine lune de miel avec Xi Jinping. La Chine a compris que les Etats-Unis étaient dans une phase au mieux de confusion, au pire d’éclipse.

       Quant à l’Europe, elle a perdu la cohérence et la dynamique qui auraient pu en faire un des acteurs majeurs de cette mondialisation en cours de redéfinition. Paradoxalement, la Chine ne veut pas voir disparaître cette Europe unie, contrairement à son partenaire ambigu, la Russie de Vladimir Poutine. Elle ne veut pas rester en tête-à-tête avec les Américains, et préférerait voir une Europe forte en contrepoids stratégique.

       Les Européens, présents au sommet "Ceinture et route" de Pékin, ont refusé de signer la déclaration finale, en raison de l’absence de transparence et de références aux exigences environnementales et sociales. Une petite "résistance" sans grand impact, mais qui montre que ce processus n’est pas un simple programme d’infrastructures sans impact géopolitique.

       Le sommet de Pékin n’est qu'une étape dans cette recomposition planétaire. La Chine n’est pas une puissance impérialiste à l’ancienne, mais un vieil empire qui pratique le temps long. Elle avance pas à pas, mais sans crier gare, elle est en train de bâtir cette "mondialisation aux caractéristiques chinoises" qui changera le monde dans lequel nous vivons.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/chroniques/20170524.OBS9848/comment-la-chine-transforme-la-mondialisation.html

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    Luc Desle

    « "Il marchait dans les tas de son père qui s'oubliait souvent". Jacques Damboise in "Pensées minusculement petites"."Il pensait que sa Belle-Mère était devenue la portière des Enfers". Jacques Damboise in "Pensées pleines de non-sens". »

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