• "Ce médiocre batteleur de foire avait décidé de se présenter en tant que Résident, bien que son cousin soit déjà en place". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (SOUVIENS-TOI QUE L'AUTRE
    N'EST QU'UN DE TES INNOMBRABLES ROUAGES)
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    COURTS RECITS AU LONG COURS(10)
    pcc Benoît Barvin

    La femme


       Pour Sherlock Holmes, son prénom était Irène. En ce qui me concerne, je n'avais pas eu envie de la nommer, afin de lui donner une matité rassurante. Je l'avais vue pour la première fois à l'âge de 5 ans, lorsque mon frère était décédé dans un accident de la circulation, à un carrefour que je lui avais ordonné de traverser, sans se soucier du trafic. Elle était grande, pâle, la chevelure longue et d'un noir de jais, le tout recouvert d'un suaire transparent qui ne dissimulait rien de ses charmes vénéneux. 
       Je la revis à 13 ans, au moment où j'observais cet avion de tourisme qui se fracassait sur une montagne, le pilote - certainement inexpérimenté - ayant été ébloui par le faisceau lumineux que j'avais pointé dans sa direction. Elle se tint près de moi, surgie d'on ne savait où, et nous regardâmes un moment, après la terrible explosion, le feu qui mordait la végétation puis qui glissait, tel un serpent, vers le petit village voisin qu'il finit par consumer entièrement. Cette fois, je notais que son corps avait forci, que ses cheveux était taillé en forme de casque. Elle arborait cependant un sourire satisfait, se permettant même de ma tapoter la tête avec bienveillance.
       De temps à autres, au cours de ma courte vie, je la revis ainsi, à chaque fois qu'une catastrophe se produisait, catastrophe dans laquelle je n'étais pas pour rien. A la félicité de voir s'additionner les morts d'étrangers stupides, se mêlait cependant un vague regret, qui se métamorphosa en tristesse infinie: les années passaient et l'allure de l’apparition se modifiait.
       La femme éthérée, quoique très féminine, fit place à une matrone mal fringuée, aux cheveux rares, à la lippe vulgaire. Elle venait de surgir alors que je m'apprêtais à lancer une roquette contre un bus d'écoliers d'une nationalité à problème. J'hésitais, aussi apparut-elle, furieuse, en m’exhortant à accomplir mon geste. "Tu n'es qu'un instrument, cracha-t-elle. Tu n'as pas de libre arbitre". Je posai sur le sol l'arme et croisai les bras, lèvres étrécies en un sourire moqueur.
       Les troupes d'élite qui n'étaient pas loin me farcirent de plomb. Avant de fermer définitivement les paupières, je saisis l'expression de l'apparition, inexplicablement soulagée, et j'entendis, dans un murmure, la phrase qu'elle me destinait: "mieux vaut tard que jamais..." 



    La rivière

      J'étais un nageur hors pair. Toutes mes vacances se déroulaient à la mer, ou près de l'océan, en tout cas aux alentours d'un milieu aquatique. Je ne pouvais m'épanouir en dehors de cette eau qui m'était aussi indispensable que l'air que j'inspirais, à grosses gorgées, emplissant mes poumons de sportif vigoureux. Lorsque je plongeais dans l'élément liquide, je perdais mes repères, je devenais un hybride, mi-homme mi-poisson, qui retrouvait le ventre de Mère Nature. 
       Cependant, une nuit je m'éveillai, ruisselant de sueur. Je venais de faire un horrible cauchemar au cours duquel je me noyais dans ce liquide que, pourtant, je n'avais jamais redouté. Ma mort fictive avait été effroyable. Je tremblais encore de cette terreur qui m'avait saisi alors que, comme d'habitude, je nageais souplement entre deux eaux. J'avais eu envie d'inspirer longuement et, oubliant l'endroit où je me trouvais, j'avais aspiré une grande quantité d'une eau soudain fétide... 
       J'avais jailli du cauchemar au moment où mes poumons se remplissaient d'un liquide sirupeux et pestilentiel. J'étais terrifié et j'eus le plus grand mal à trouver le sommeil. Je dus désormais m'aider, au seuil de chaque nuit, de remèdes toujours plus puissants. En vain. Le cauchemar m'attendait à l'orée de mes paupières, lourdes d'angoisse.
       Cette angoisse cessa enfin, lors de la traversée d'un banal ruisselet, au centre duquel je fus pris d'un impitoyable étourdissement. Je tanguai et tombai, tête la première, dans quelques centimètres d'une eau dans laquelle je me noyai en un rien de temps. 
       Une eau putride, puisqu'il s'agissait de celle de mes égouts que, par négligence, je n'avais jamais réparés et qui venaient de déborder... 


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    (Par pure provocation, parfois Soeur Gudule
    jouait les femmes fatales, au grand dam des
    Instances ecclésiastiques)
    Sofia Sanchez & Mauro Mongiello 


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    (Traumatisé par une enfance exhibitionniste,
    ce tueur fou découpait systématiquement
    le sein de ses victimes)
    Sergei Kaptilkin

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    (La femme au visage déformé par la cirrhose
    avait encore de beaux restes)
    Photographer Filippo Fortis
    Stylist Marzia Fossati
    Make up & Hair Fabio Lo Coco

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    (Enfant, Soeur Gudule ne se déplaçait jamais sans ses malles
    pleines de textes malséants)
    Lewis Carroll
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    Stacey Kent "Désuet"



    Désuets
    Ces petits bancs de square
    Pris entre les boulevards
    Et les nuages gris
    Dénués
    De toute fantaisie
    Mais tellement jolis

    Désuets
    Les costumes "ans cinquante"
    Les chansons que l'on chante
    Dans les vieux clubs jazzy
    Délivrés
    De toute nostalgie
    Tout simplement jolis

    Pendant que s'écroulent
    Les modes et les tours
    Pleins de certitudes
    Seul le désuet
    Ne tombe jamais en désuétude

    Désuets
    Les mots que tu me souffles
    Et qui font battre en boucle
    Mon grand cœur trop petit
    Dénués
    De toute effronterie
    Mais tellement jolis

    Désuet
    L'amour que l'on se porte
    Qui dure, et peu importe
    La fureur et le bruit
    Délivré
    Des éternels non-dits
    Tout simplement joli

    Pendant que se rident
    Temples et pyramides
    Pleins de lassitude
    Seul le désuet
    Ne tombe jamais en désuétude

    Désuets
    Les mille craquements
    De la pointe de diamant
    Sur nos vinyles chéris
    Dénués
    Des progrès dernier-cri
    Mais tellement jolis

    Désuets
    Les pavés qui recouvrent
    La cour Carrée du Louvre
    Et tout le vieux Paris
    Délivrés
    De toute nostalgie
    Tout simplement jolis

    Pendant que s'écroulent
    Les modes et les tours
    Pleins de certitudes
    Seul le désuet
    Ne tombe jamais en désuétude

    (Grazie a Clara per questo testo)
    [ Ces sont Désuets Paroles sur http://www.parolesmania.com/ ] 

    Jacques Damboise (avec la romantique Nadine Estrella)
    « "Ce policier stylé s'éclipsait toujours après avoir tiré sur ses victimes". Jacques Damboise in "Pensées poussives"."Étrange: Ce pet de Nonne sentait l'eau bénite". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet" »

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