• "Ce djihadiste poète mit dans son attentat beaucoup de rimes riches, dit-on". Jacques Damboise in "Pensées inconvénientes".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (QUE TES IDÉES NOIRES

    SE DISPERSENT DANS L’OCÉAN)

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    "Ça va, pas trop à l'étroit?

    - Non... Mais faut surtout pas que je pète..."

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    C’est confirmé, Val et Todd ont écrit de la merde

    Philippe Corcuff | Sociologue, libertaire, altermondialiste

       Maître de conférence de science politique à l »IEP de Lyon, Philippe Corcuff a été chroniqueur à Charlie Hebdo d »avril 2001 à décembre 2004. Il est notamment l'auteur aux éditions Textuel de « Les Années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard » et de « Mes années Charlie et après ? »

       On a beaucoup polémiqué à l’époque, sans se rendre compte qu’ils constituaient les deux mâchoires d’un même piège à abêtissement médiatique, augmentant encore le degré de confusion après les attentats de janvier. Un peu de distance temporelle peut nous aider à échapper à cet illusionnisme de l’immédiateté.

       Un des points de croisement caricatural des deux livres, c’est que celui de Val met en cause une sociologie qu’il ne connaît pas et que Todd se réclame d’une sociologie qui ne le reconnaît pas.

    1/ Philippe Val ou l’inculture crasse

       Avec « Malaise dans l’inculture » (éd. Grasset, avril 2015), l’ancien patron de Charlie Hebdo puis de France Inter, prétend éclairer les failles révélées par les horreurs de janvier, dans un dont la plus grande partie a été cependant écrite avant. Son livre, empreint de nombreuses contradictions, jette un peu plus d’obscurité sur une France contemporaine déjà passablement embrouillée. Deux des incohérences logiques majeures de l’ouvrage :

    • il parle au nom des Lumières de la raison et malmène à un haut niveau les règles minimales de la raison ;
    • il dit batailler contre le simplisme en en livrant une forme particulièrement… simpliste !

       Il y a une manière de se réclamer « rhétoriquement » des Lumières et de les maltraiter en pratique, par les modes de raisonnement et d’argumentation utilisés. Val y excelle, comme souvent les discoureurs médiatiques. Comme si on confectionnait un gâteau bio avec des ingrédients puisés dans une usine Seveso !

       La principale source de perversion de l’esprit public serait aujourd’hui « le sociologisme ». On ne saura pas bien ce que c’est précisément à la fin du livre, mais cela indique quand même que le Mal serait du côté de la sociologie. Pourtant les auteurs classiques ou contemporains de la sociologie ne sont pas examinés de manière critique dans le livre. Pourquoi en plus vouloir connaître ce que l’on dénigre ?

       A un moment, Val lâche comme par inadvertance une vérité sur le château de sable de sa construction intellectuelle, en parlant bien sûr des autres : « Mais l’inculture est telle en ces matières… » Quelle fidélité à l’esprit des Lumières de « L’Encyclopédie » de Diderot et de d’Alembert en prenant ainsi appui sur l’ignorance de ce dont on parle ?

       « Le sociologisme », « totalitarisme » qui caractériserait « la plupart de nos intellectuels médiatiques », dont les rapports avec la sociologie réellement existante demeurent donc obscurs, viendrait de… Rousseau. Donc bien avant la naissance de ladite sociologie. Rousseau est un des rares auteurs cités. Plutôt que les complications de ses écrits, est privilégié de manière non nuancée ce qui serait sa perversion anti-Lumières à travers quelques citations peu convaincantes.

       Et Val, tout à sa démonstration bulldozer, oublie de signaler que l’on trouve dans le « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes » (paru en 1755) une des formulations les plus synthétiques de la démarche des Lumières : « J’ai tâché d’exposer l’origine et le progrès de l’inégalité, l’établissement et l’abus des sociétés politiques, autant que ces choses peuvent se déduire de la nature de l’homme par les seules lumières de la raison, et indépendamment des dogmes sacrés qui donnent à l’autorité souveraine la sanction du droit divin. »

       Entre l’accumulation des méconnaissances et les connaissances vagues, Val finit par confondre les Lumières de la raison avec l’ombre portée des démangeaisons de son nombril.

       D’autre part, Val n’en finit pas de fustiger le manichéisme des « bons et des méchants », et c’est pourtant ce qu’il reconduit de manière caricaturale :

    • le Mal serait représenté par Rousseau, Marx, Pierre Bourdieu, Michel Foucault, Edgar Morin, Michel Onfray, Edwy Plenel et quelques autres ;
    • le Bien serait porté par une généalogie allant de Spinoza (la référence philosophique principale de Val) à… Bernard-Henry Lévy et Caroline Fourest. Pauvre Spinoza, en telle compagnie l’asphyxie intellectuelle est presque inéluctable, même quand on a des réserves !

       A ces incohérences logiques centrales s’en ajoutent d’autres, comme le contresens sur Spinoza, qui ferait bondir un correcteur de philo au bac, même après la fatigue due à la lecture de plusieurs centaines de copies. Val pourfend ainsi « le déterminisme » du « sociologisme », et même « la propagande déterministe » qui dominerait les « plateaux télé », négateur de « la liberté humaine ». Et pourtant il se réclame d’un Spinoza, qui constitue justement une des grandes figures philosophiques du « déterminisme » !

       Dans son « Ethique » (rédigée en 1663-1675, première publication posthume en 1677), le philosophe hollandais met ainsi en cause les illusions du libre-arbitre (nommé « libre décret ») au non de strictes déterminations causales : « Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés. »

       C’est alors la connaissance des déterminismes qui ouvrirait la voie à une autre forme de liberté, appelée « libre nécessité ».

       Bourdieu s’inscrira dans ce sillage, mais en assouplissant le déterminisme spinozien : il ne s’agira plus d’un déterminisme mécanique, inséré dans l’époque où écrit Spinoza, mais probabiliste (en termes de probabilités), adossé à l’outillage statistique, pour lequel les marges de jeu sont alors élargies pour l’individu.

       Nouvelle inconséquence de notre Valium culturel : utiliser un Spinoza plus déterministe que Bourdieu dans un combat de « la liberté humaine » contre « le déterminisme » de… Bourdieu !

       Politiquement, Val se revendique encore de « la gauche ». Oubliée toutefois la sensibilité anarchiste des années 70 dans son duo avec Patrick Font, ou même la participation à la création d’Attac en 1998. C’est la nouvelle gauche réac qui enfile aujourd’hui ses préjugés à travers sa plume. Une tambouille néoconservatrice du « tout fout le camp » et du « c’était mieux avant », à la Finkielkraut, pleine des aigreurs du ressentiment, que pourtant Val critique chez les autres en sollicitant Nietzsche.

       On repère, bien sûr, le refus de prendre en compte, à côté de la montée bien réelle de l’antisémitisme, celle non moins effective du racisme antimusulmans ainsi que des glissements entre « islam » et violence « islamiste », à travers notamment la formule répétée des « dérives de l’islam » ou la mise en cause des « jeunes de culture musulmane » dans leur ensemble. Ce qui participe au climat islamophobe actuel et à la concurrence délétère entre antiracismes.

       C’était déjà une tendance de Val dans ses éditoriaux de Charlie Hebdo à partir de 2004, non partagée par l’ensemble de l’équipe en dehors de Fourest et qui m’a conduit à quitter la rédaction.

       S’y ajoute dans « Malaise dans l’inculture » un dénigrement, à la Zemmour et à la Soral, du « multiculturel » et de « la diversité ». On lit même, avec une stupéfaction attacienne, une ode à « l’argent » et au « luxe » : « L’argent est “libératoire”. »

       Le clou de cette gesticulation politico-intellectuelle, c’est cependant la défense dogmatique de la raison d’Etat : « Julian Assange et Edward Snowden ont délivré des informations au grand public qui relèvent de la haute trahison. »

       Il faut les fusiller alors ? Pas besoin d’avoir été anarchiste, un démocrate modéré attaché aux formes de protection minimale fournies par les Etats de droit contemporains ne peut que s’inquiéter de ce pathos sécuritaire.

       Philippe Val est peut-être resté l’humoriste qu’il fut jadis et a voulu jouer le personnage du « néocons’ typé », celui qui débite en guise de pensée les stéréotypes néoconservateurs du moment. Bravo l’artiste, c’est très réussi !

    (Pour le reste de l'article sur Todd, voir ci-dessous)

    http://rue89.nouvelobs.com/2015/07/04/val-todd-trois-mois-plus-tard-cest-confirme-ils-ont-ecrit-merde-260112

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    Luc Desle

    « "L'homme aux jambes tranchées avançait à petits moignons". Jacques Damboise in "Pensées inconsidérées"."Ses pensées grises lui faisaient voir la vie en berne". Jacques Damboise in "Pensées circonstanciées". »

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