• "Ce collectionneur de grosses coupures finit exsangue". Benoît Barvin in "Pensées pensées".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (ÉTOILE TON CIEL INTÉRIEUR)


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    Nouveau court récit au long cours (11)


    LE LIBÉRÉ 
    DU 
    CLUB MAD

       Et Daniel continue à décortiquer les changements qui sont intervenus dans ce Club alors que, pendant ce temps, on l'observe, via un système sophistiqué de caméras... 




    CHAPITRE 3

       Thibault, alias Ptiboss, vient d’arrêter le ronron du système d’insonorisation et maintenant ce sont les cigales qui scient le silence. De sa villa de fonction, il voit la mer qui scintille, sillonnée par les premiers skieurs. Il voit aussi la terrasse de la discothèque où s’agitent les derniers balayeurs, et sur le chemin, ce couple aperçu la veille. Un couple bizarre, oui. La fille, la trentaine, et lui, au moins septuagénaire ! Une allure à la Cousteau, se débrouillant drôlement bien en ski nautique. Il l’a aperçu au ponton et on voit bien qu’il a été entraîné le mec. C’est louche qu’il rôde par ici. Il y a d’autres Clubs pour ce type de clients…
     
       Ca le turlupine, le Ptiboss. Il se dit qu’il a peut-être à faire à un indic’. En général, la direction les choisit plus jeunes, se fondant dans la masse. C’est certainement une nouvelle tactique, roublarde, mais qui se veut efficace. Mais on ne l’aura pas. Il va faire son enquête. Il y a aussi ce stagiaire qu’on lui a imposé et qui ne lui dit rien qui vaille. Un étudiant en doctorat, affecté aux sports terrestres, même pas capable de faire dix pompes d’affilé, qui ne boit pas, ne fume pas et ne met pas les pieds au night, et qui risque d’emmerder les G.M. avec des questions à la con ! Pas du tout le genre de la maison.

       Bon, c’est pas tout ça. Comment s’est passé la nuit ?

       Ptiboss consulte l’écran de surveillance en baillant. On relève que dix personnes sont sorties du camp entre 23h15 et 0h40, que deux personnes sont restées sur le ponton de voile toute la nuit et qu’il a fallu raccompagner cent treize Gravepartistes à leur cases.

       Le marquage magnétique résistant aux douches, bains de mer et autres frottaisons, a été une sacrée invention. Depuis, on peut suivre à la trace tous les vacanciers du Club, sans qu’ils puissent trouver de parade. Pour cela, les bracelets n’étaient pas fiables. Trop facilement enlevables ou détériorables.

       Sur l’écran apparaît la liste des noctambules ayant participé à la soirée Grave, de ceux qui sont restés dans leur case, pas plus de trente. Un très bon score. Tant mieux que ça remonte un peu, car à Paris, ils lui mettent la pression. Et que ça ne consomme pas assez au bar, et qu’il faut insister sur l’animation sonore, encore et encore !

       Les deux guignols sur le ponton, c’était les numéros 43 et 47, respectivement, Rachel Leroy et Daniel Doucet. Il suffit de cliquer sur « entrée » et ça donne le numéro de case et l’état civil complet. Vue la date de naissance qui s’affiche pour le mec, il pourrait bien s’agir, justement, de ce vieux qui l’intrigue. Tout de même, c’est une erreur grave de la part de l’agence que d’avoir inscrit ce vétéran dans ce Village. Il faudra rajouter ça sur la brochure : Club interdit au moins de dix-huit ans et aux plus de trente.

       Ptiboss est content de lui. Il n’aura pas à se déranger pour faire son enquête auprès de ces zigotos. Rien qu’en consultant son écran, il peut en apprendre pas mal sur eux.

       La nana vient de Montpellier, célibataire, en formation. Le type vient de Nîmes, départ Marseille, veuf, cadre supérieur retraité.

       Il faut creuser un peu plus dans d’autres fichiers, et de bon matin, ça lui prend la tête, au chef.

       Rubrique fréquentation du Club : premier séjour pour la miss, douzième pour monsieur ! En fait, ce n’est peut-être qu’un habitué qui a décidé de venir se payer une jeunette à Corfou. En tout cas, il doit trouver qu’il y a eu du changement depuis son premier séjour qui remonte en mai 65. Fichtre ! Il a dû connaître toute la bande à Jean-Pierre Batard... Celui qui, paraît-il, avait instauré les Crazy Signs, les fameux gestes démentiels qui sont devenus aujourd’hui les Mad Mouvements, copyright oblige. Et puis, il faut innover, reformuler. On ne va pas rester confiner à ce soit-disant bon vieux temps ! Une autre époque que Ptiboss n’a pas connue mais dont les nostalgiques n’ont pas pu s’empêcher de lui parler, tant et si bien qu’il les a fait virer, à commencer par l’ancien chef des sports, le chef de la maintenance et pour finir le staff des spectacles. Tous avaient des vues archaïques à vous faire chuter le chiffre d’affaires en moins de deux.

       En observant bien les dates de séjour de monsieur Doucet, Ptiboss remarque qu’il est toujours venu en mai ou en juin, et une fois en septembre. Apparemment, ce n’était pas par économie mais pour profiter de ce qui était alors considéré comme la saison creuse. Du coup, tu pouvais faire dix tours de ski dans la matinée et idem l’aprèm’. Les moniteurs étaient en surnombre. Les G.M. avaient tout à gogo ! Or maintenant, il n’y a plus à proprement parlé de périodes creuses. Les prix d’appel et l’étalement généralisé des vacances font que le Village est plein tout le temps. ( Il est même prévu d’ouvrir toute l’année, mais cela personne ne le sait encore. Ce sera la surprise de la brochure d’hiver. 

       Si la formule Grave-Party continue de faire un tabac, bien sûr.). Comme il s’est mis à y avoir foule sur les pontons, et que cela tournait vite à la bagarre parce qu’untel passait devant tel autre, ou en avait eu plus qu’un autre, on a restreint encore plus les prestations sportives. Belle économie ! Et parallèlement, on a investi dans les animations terrestres, avec des Mad-afternoon, Crazy-night, bain géant de mousse et autres joyeusetés psychédéliques remises au goût du jour pour ne pas faire ringard. Et ça marche! Et le bar réalise des records de vente !

       En plus, les nouveaux G.M. deviennent vraiment des gentils membres dans tous les sens du terme. Ils sont tellement crevés, anéantis, qu’ils ne songent même plus à s’envoyer en l’air. Exit les pugilats et les histoires de cul. Contrairement à ceux qui pensaient que le marché du sexe allait s’imposer, le Club Mod’M, lui, a misé sur la défonce. Bourguignon, l’ancien PDG du Club Med, s’y était essayé avec son village Oyyo, mais il avait lésiné sur la qualité. Les gens s’attendaient à mieux, ils voulaient une orgie de techno et de rap, jour et nuit confondus, tout ça dans une ambiance luxueuse et sécurisante. Corfou, au nom évocateur, a été choisi, pour relancer le concept. 

       De gros investissements ont permis au site de demeurer ce qu’il était, sans attirer les foudres des autorités locales, tout en y gagnant en confort. Le pari semble gagner. Et Ptiboss se dit qu’il est là au bon moment, que c’est excellent pour sa promotion, lui qui aspire à partir aux Bahamas, donner un coup de fouet aux Villages-Hôtels qui battent de l’aile depuis la récession touristique de 2001 et deux cyclones dévastateurs. Il espère bien en faire des lieux de totale éclate et devenir responsable de ces nouveaux Villages, qui seront appelés « Club Mad ». 

       Une appellation qu’il a fallu payer bonbon à un jeune publiciste qui s’était amusé à faire enregistrer auprès de l’INPI, l’Institut National de la Propriété Industriel, tous les jeux de mots tournant autour de l’ancienne marque.

    (A Suivre)

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    (Le Bourreau avait l'habitude de
    s'entraîner tous les matins)



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    (Rapport sur la pollution mondiale,
     brûlant écologiquement dans une rue de New-York)


    On nous pollue

    Patrick Schindler

       (...) On a beau le dire, le répéter jusqu’à indigestion, les profiteurs et affameurs de la planète s’en tapent le coquillard des alertes ! Pourtant, selon le rapport de l’Agence européenne de l’environnement (AEE), la pollution atmosphérique demeure à des niveaux jugés dangereux dans de nombreuses régions de l’Union européenne (UE) et est responsable de décès précoces, de troubles de la santé et de dégâts sur l’écosystème. En entrée en matière, si le rapport salue la baisse des rejets de polluants atmosphériques au cours des dernières décennies, il souligne en revanche que « le problème de la pollution de l’air est loin d’être résolu en Europe. Vingt-deux pays de l’UE, dont la France, l’Italie et la Pologne, affichent des niveaux d’émission quotidienne de particules fines supérieurs au plafond prévu par l’Union en 2011 ». 

       On est donc en droit de se demander ce à quoi peuvent bien servir les institutions de contrôle… En effet, selon l’AEE, « les seuils plus bas mais non contraignants fixés par l’OMS ne sont quasiment jamais respectés, selon les relevés effectués par les antennes locales de contrôle ». Pour résoudre le problème (et ce n’est pas un gag), Janez Potocnik, commissaire européen à l’Environnement, estime que « l’UE peut se fixer d’une manière réaliste l’objectif de parvenir aux seuils préconisés par l’OMS au plus tard en 2050 ». Si, d’ici-là, nous ne sommes pas tous crevés ! Continuons avec le même optimisme en plein naufrage : toujours selon le rapport, « la réglementation plus restrictive appliquée depuis dix ans a permis une réduction de 50 % des émissions de dioxyde de soufre responsables des pluies acides et d’un tiers des émissions de monoxyde de carbone ». 

       Mais, car il y a un mais, « en revanche, les niveaux d’émission de particules fines et d’ozone n’ont que peu baissé [admirons au passage la nuance contenue dans le terme “peu”], laissant en suspens la question des conséquences sanitaires de cette pollution ». Rien que ça ! Et Hans Bruyninckx, directeur exécutif de l’AEE, de gentiment nous prévenir : « La pollution de l’air est nocive pour la santé des hommes et pour les écosystèmes. Selon les normes actuelles, une grande partie de la population ne vit pas dans un environnement sain. » C’est gentil de nous prévenir ! En effet, « près d’un tiers des Européens sont exposés à des niveaux dangereux d’émission de particules fines très présentes dans les zones urbaines et particulièrement nocives car elles passent directement des poumons dans le système sanguin », poursuit le rapport. 

       Diantre ! Ce dernier constate encore que « les chances de voir appliquer à l’avenir une réglementation plus contraignante sont minces, car de nombreux gouvernements européens peinent déjà à faire respecter les seuils d’émission mis en place en 2010 ». Alors, à l’horizon 2050 ! Tu m’Eltonne John… Mais ce n’est pas tout : comble du mauvais goût, l’AEE conclut le rapport toute fière que, cependant, « les émissions de microparticules demeurent à un niveau relativement bas en Europe, en comparaison de ceux enregistrés dans les zones urbaines en Asie, au Proche-Orient ou en Afrique »… Quelle chance on a, alors, de vivre dans des pays riches relativement épargnés et de pouvoir envoyer nos technologies polluer ailleurs, chez les plus pauvres. Une logique capitaliste et colonialiste bien ficelée !


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    "Mais non, t'es pas ridicule avec
    ton pyjama fashion! Crois-moi,
    Marcel... T'es vraiment pas ridicule..."


    Drone Captain by Xeno

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    Benoît Barvin
    « "Après une dure journée de travail, le Bourreau aimait se délasser dans son Spa personnel". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"."Faisant coup double, il épousa la fille et supprima la mère". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet". »

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