• "Ce chasseur végétarien était bien embêté". Jacques Damboise in "Pensées inconvévientes".

    §§§
    Pensées pour nous-mêmes:

    (PLAINS CELUI QUI TE HAIT
    CAR IL SE FAIT DU MAL)

    §§§


    LONG RÉCIT AU LONG COURS (1/54)
    pcc Benoît Barvin et Blanche Baptiste


       Lors d'une fête religieuse, la Mère Supérieure, piquée par des abeilles, accuse Angélus d'être un empoisonneur...

    ANGÉLUS 
    ou 
    LES SECRETS DE L’IMPALPABLE



    "Fallen  Angel" Alexandre Cabanel

       Les festivités durent être écourtées Il fallut se mettre à plusieurs pour tenir la Mère Supérieure qui, à présent, tremblait de tous ses membres, et la ramener au bourg s’avéra une tâche ardue. Elle marchait pieds nus, ayant dû ôter ses sandales car ses pieds avaient doublé de volume. 

       - Conduisez-moi chez Angélus ! criait-elle.

       - Cet Angélus est de toute évidence un Démon, s’exclama Elaine, au milieu de l’assistance qui se mit à l’écouter avec intérêt. Il ose s’introduire la nuit au monastère. Je l’y ai vu de mes propres yeux. De plus, il s’exhibe effrontément devant nos Soeurs, dénudé, à la rivière des Joncquières. Je peux hélas en témoigner, étant allée cueillir des fleurs à cet endroit, pas plus tard qu’hier. Certaines personnes ici présentes pourraient attester la véracité de mes dires...

       Et elle fixa avec insistance Sœur Adèle dont les yeux s’étaient remplis de larmes. Elle ajouta, de plus en plus enfiévrée.

       - Mais le plus grave, c’est que cet homme a causé la mort de mon fiancé en lui administrant les mêmes drogues qu’il vous vend, à vous tous ! J’en ai la preuve!

       L’orage à présent roulait au-dessus d’eux. La chaleur étouffante appesantissait les esprits, faisait courir des courants électriques sur tous les protagonistes. Parfois des éclairs venaient zébrer les nuages, déchirant leur ventre pansu. Plusieurs grondements de tonnerre se firent entendre, de plus en plus proches, comme autant de roulements de tambours. La luminosité avait décru, la foule ressemblait maintenant à une masse grouillante de silhouettes surexcitées. Les hommes, échauffés par l’alcool et par ce qu’ils avaient entendu, crièrent vengeance. Le Père Grangeais, hébété, ne fit rien pour les retenir, pas plus que le maire, le notaire et le docteur Gleize, tous trois prudemment à l’écart.

       Angélus, lui, s’était retiré à l’étage de sa boutique, dans son appartement dont aucun Fontserannais n’avait franchi le seuil. Il y avait là toute une débauche de soieries qui pendaient du plafond, des tentures de mousselines, des tissus venus de tous les coins du monde, tous choisis pour leur délicatesse et leur exceptionnelle douceur. 

       Angélus qui, en les caressant, avait fini par s’assoupir sur le petit sofa de velours, entendit, mêlée aux coups de tonnerre, une clameur lointaine qui prenait, de minute en minute, plus de force. Il sut aussitôt que ces exclamations, ces cris, lui étaient adressés. Alors, sans attendre, il sortit par la petite ouverture qui donnait sur l’arrière-boutique et, alors que la porte principale volait en éclat, il s’élança en direction du monastère pour y trouver refuge.

       Une pluie fine se mit à tomber. Atteignant le haut du chemin, aux abords du cimetière, il se retourna. Tout un groupe se lançait à sa poursuite. Il ne distinguait pas les visages, à travers le rideau de la pluie qui, à présent, enflait ; juste les silhouettes, dont une qui se traînait, comme portée par la foule. Il entendit une voix qui le supplia :

       - Angélus, sauve-moi, je t’en supplie !

       Alors, l’apothicaire, noyé sous un véritable déluge liquide, attendit. Il lui était désormais impossible de fuir alors que sa sœur l’appelait au secours. Il comprit que la fin du voyage approchait. 

       Quand le groupe fut parvenu à quelques mètres de lui, et alors que l’orage se calmait quelque peu, il faillit ne pas reconnaître Camille, tant cette dernière était défigurée. Ses pieds avaient gonflé, comme atteints d’éléphantiasis. Ils étaient en sang, excoriés, suintants, et ses mains étaient si enflées qu’on les aurait pris pour celles d’un poupon dodu. 

       Sa sœur se laissa tomber sur le sol argileux en sanglotant.

       - Oh, mon amour, je t’en conjure, viens à mon secours !

       Sans s’inquiéter de ce que venait de dire Camille et de ce qu’en pouvait conclure les villageois, Angélus s’approcha et s’agenouilla auprès d’elle. Le groupe, mû à la fois par la curiosité et pris de respect et de compassion pour cette pécheresse, victime de Satan, s’écarta de l’apothicaire pour le laisser œuvrer dernière fois.

       Trempé de la tête aux pieds, sa longue chevelure blonde gorgée d’eau lui donnant l’aspect d’un martyr comme on en voyait sur les images des missels, Angélus étendit ses mains au dessus du corps de Camille et demeura ainsi, silencieux.

       Sous la pluie qui se calmait peu à peu, il était comme auréolé de bonté. Ses cheveux pâles et ruisselants redonnaient aux traits de son visage une apparence angélique. Sa chemise blanche trempée collait à son buste. On eut dit ainsi une de ces statues grecques des musées à la beauté trop parfaite. 

       Sœur Adèle ne quittait pas Angélus des yeux, comme en extase. Et elle n’était pas la seule…

       Cet instant où le temps parut suspendre son vol s’interrompit soudain quand la Mère Supérieure poussa un soupir : lentement son corps reprenait forme humaine. Les traits de son visage se rétablissaient ; ses mains se désengorgeaient ; les plaies et escarres déformant ses pieds disparurent, comme effacés par enchantement. Stupéfaite, saisie par ce soudain miracle, la foule s’écarta un peu plus encore. Un murmure s’éleva, empli à la fois d’adoration et de terreur mystique. 

       L’apothicaire déposa un baiser sur le front redevenu lisse de la Mère Supérieure. A cet instant, un éclair zigzagua dans le ciel et la foudre frappa la grande croix du cimetière. Avec une sorte de gémissement, la sculpture, brisée en deux, s’effondra. Un cri unanime d’effroi accompagna ce prodige.

       - Sauve-toi, Angélus, murmura la religieuse, en tentant de se redresser. Ils en veulent à ta vie.

       En effet les hommes, retrouvant leur esprit, dans un élan furieux, tentèrent de s’emparer de l’apothicaire. Celui-ci se releva vivement, en repoussa deux d’entre eux et s’enfuit. Après une brève hésitation, les autres se mirent à le pourchasser, suivis par les femmes en furie. Des cris de « A bas le Démon ! » se mirent à fuser d’entre leurs lèvres tordues par la haine. Mais la foule était moins agile que le fuyard et elle se fit rapidement distancer.

       Angélus courait droit devant lui, la vue brouillée par la pluie qui recommençait à tomber dru. Il avisa le vaste séchoir et s’y réfugia. Il comportait une porte dans le fond pour les courants d’air nécessaires aux différents séchages des plantes. Par là le jeune homme pourrait s’enfuir et accéder à l’écurie où le docteur Gleize avait dû laisser son cheval ce matin. 

       Il ferma la porte de devant et, adossé au bois rugueux, demeura là quelques instants dans le calme et les senteurs des coquelicots séchés. Le cœur cognant à ses tempes, Angélus était encore sous le coup d’une forte émotion. Non pas d’avoir aidé Camille à trouver un répit à ce mal, aussi soudain que mystérieux, mais que sa sœur ait pu changer intérieurement à ce point relevait du miracle ; qu’elle ose révéler à tous l’attachement qu’elle lui portait tenait peut-être plus du délire qui l’avait prise que de la volonté de dire la vérité. Lui ne savait pas influencer les âmes. Il ne faisait que guérir l’enveloppe charnelle. Quelle force mystérieuse avait bien pu intervenir ? 

       Tout en réfléchissant, Angélus laissa courir ses deux mains sur les planches de la porte à laquelle il était adossé. L’espace d’un instant, il ne réalisa pas ce qui se passait là, sous sa paume. Mais soudain, la piqûre d’une écharde lui fit comprendre que sa main gauche était, après tant d’années, à nouveau réceptive aux sensations.

      Cependant les gens du bourg martelaient déjà le vantail. Il les entendit à peine. Il restait là, ravi, observant sa main, touchant les matières alentour et s’extasiant car à chaque objet correspondait une sensation oubliée. 

       Des roulements de tonnerre ponctuèrent les coups contre la porte et les cris de la foule. Angélus savait qu’il avait encore le temps de s’en aller. Il lui suffisait de courir vers l’issue du fond, de l’ouvrir et, avec son agilité, il n’aurait aucun mal à trouver le cheval, à l’enfourcher et à partir au galop loin, très loin. Mais le miracle qui venait de s’accomplir faisait disparaître en lui toute prudence.

       En extase il caressa son visage, et put noter que sa peau avait même perdu cette rigidité qui l’accompagnait depuis si longtemps, comme un stigmate de son échec patent. Un second prodige venait donc de s’accomplir, ou plutôt, il s’agissait d’un concours de circonstances exceptionnel, sûrement, dans lequel les énergies en présence, le tonnerre, la foudre, la pluie, avaient formé un mélange unique, une combinaison parfaite, une osmose inouïe...

       La foule, redoublant d’effort, faisait résonner le lourd battant de bois. Angélus sortit enfin de son rêve éveillé. Il avança vers la porte du fond. Alors le silence s’installa de nouveau, uniquement ponctué par les rafales de pluie fine qui tapotaient sur les tuiles, qui griffaient les murs chaulés et dont la musique avait quelque chose de rassurant.

       Le jeune homme resta immobile, au milieu du lieu, frissonnant à présent dans ses vêtements mouillés. Une odeur piquante vint chatouiller ses narines. Angélus la reconnut immédiatement : ces bougres étaient en train de mettre le feu au séchoir ! 

       Il entendit quelques insultes qu’on lui jetait et, toute la chair révulsée, Angélus se précipita vers l’autre ouverture. Il eut beau secouer le battant rugueux, il ne s’ouvrit pas. On l’avait fermé par un cadenas. 

       Alors il sut qu’il était perdu.

       Il joignit les deux mains, non pas pour prier, mais pour sentir entre ses deux paumes l’infime pellicule de sensation parfaite. Elle était là cette perception perdue lors de l’accident. Plus fine et perceptible qu’elle ne l’avait jamais été. A partir de ce toucher là, il pouvait de nouveau appréhender le monde, pénétrer la moindre des textures et faire corps avec elle, fût-elle subtile et impalpable pour le commun des mortels. 

       Qu’avait-il donc cherché pendant toutes ces années, si ce n’est cette faculté qui lui avait été dérobée ? Pourquoi vouloir créer d’autres matières, quand toutes celles existantes suffisaient à combler son toucher ? Le moindre galet de rivière, le moindre pétale de fleur pouvait être un trésor entre ses doigts. De cela il était désormais persuadé. Il n’avait rien à prouver à personne. A force d’essayer de recréer la perfection du monde, cette dernière venait enfin à lui, dans le creux de ses mains jointes, au cœur des minuscules particules de l’air ambiant.
    ***
    (A Suivre)

    §§§

    (Les blagues à Bouddha plaisaient
    beaucoup à Bébé)


    caroline-francois.centerblog.net

    La question islamiste 
    en terre bouddhiste
    Rémy Valat 

       (...) Le numéro de juillet de l’hebdomadaire américain Time aborde le problème de la radicalisation du clergé bouddhiste face à l’Islam en Asie (Thaïlande du Sud et Birmanie). L’article de Beech Hannah,When Buddhists go bad, fait actuellement scandale en Birmanie. Il a notamment heurté de nombreux membres de la communauté bouddhiste qui ne se sent pas solidaire du discours du moine islamophobe Ashin Wirathu. (...)

       (...) La guerre religieuse et d’indépendance, qui débuta en 2004, continue de faire rage dans le sud de la Thaïlande. La Thaïlande se compose d’une population majoritairement bouddhiste, mais le Bouddhisme n’est pas la religion officielle du pays. Les musulmans représentent 5 % de la population, dont la majorité (4/5e) sont des locuteurs malais (les musulmans thaïlandophones représentent environ 20%), implantés dans les cinq provinces frontalières à la Malaisie (Narathiwat, Pattani, Satun, Songkla et Yala). 

       Ces régions rurales et pauvres ont subi une politique d’assimilation forcée du gouvernement de Bangkok dans les années 1960. Deux mouvements indépendantistes, le Pattani United Liberation Organization (PULO) et le Barisan Revolusi Nasional (BRN) ont pris une première fois les armes entre 1976 et 1981, puis les mouvements se cantonnèrent dans l’activisme politique et l’extorsion de fonds. 

       En réponse aux mesures musclées du chef du gouvernement deThaskin Shinawatra, la minorité religieuse mit en avant ses droits et réclama notamment le port du Hijab pour les femmes musulmanes dans les lieux publics, l’ouverture de mosquées et l’expansion des études islamiques dans les écoles publiques. C’est sur ce terreau favorable que le conflit armé latent depuis 2001 débuta en 2004. Il oppose toujours les forces gouvernementales aux mouvements indépendantistes, essentiellement, aux groupes terroristes islamistes, le Pattani Islamic Mujahadeen Movement ou Gerakan Mujahideen Islam Pattani, qui a déclaré la djihad contre les populations bouddhistes et la monarchie-junte militaire thaïlandaise.(...)

       (...) Les sources de financement des groupes insurrectionnels ne sont pas claires : l’importation de techniques et de fonds serait la main du « terrorisme international » d’Al Qaida, selon les services de renseignement nord-américains, mais rien ne l’atteste irréfutablement. Le mouvement serait plutôt un cocktail religieux, identitaire et passéiste... Selon Pak Abu, un professeur d’école coranique et chef des affaires internes du Pulo, l’objectif du mouvement serait la « libération du Patani Darussalam - la terre islamique de Patani - de l'occupation des infidèles» et de revenir au temps idéalisé (mais révolu) du sultanat de Pattani.... 


    Localisation du conflit. Les cinq provinces malaises embrasées par la guerre religieuse et 
    d’indépendance ont été rattachées au Siam par le traité de Bangkok (10 mars 1909)
    signés par la Grande-Bretagne et le royaume du Siam

       (...) Un autre responsable du mouvement islamiste aurait déclaré à un journaliste du Figaro que les réseaux sont peu structurés, très violents et capables de planifier leurs actions: l’ensemble représenterait environ 3 000 individus majoritairement des jeunes de moins de 20 ans. Selon lui, le BRN-Coordination est une « coalition informelle d'individus», cimentée par un « haine commune à l’encontre des populations siamoises. «Nous avons fait, déclare-t-il, le serment de sacrifier notre vie pour libérer notre terre ancestrale de l'occupation des infidèles.» 

       Il précise que les jeunes combattants (les juwae) ont « été repérés à la crèche, recrutés dans les écoles coraniques et mènent une guérilla urbaine de plus en plus sophistiquée». Surtout, l’indicateur du Figaro reconnaît que «le degré de brutalité» de la nouvelle génération «est parfois une source d'embarras» et déplore la « criminalisation » des troupes: «30% des combattants vendent leurs services à la mafia et aux trafiquants de drogue». 

       Leurs méthodes sont en effet radicales : attentats à l’explosif contre des cibles civiles, embuscades sur les axes routiers, assassinats, incinérations vivantes, voire décapitations de civils, d’agents symboles de l’Etat (fonctionnaires thaïlandais et religieux bouddhistes). Plus de 5 000 morts et 8 000 blessés (globalement le bilan de la guerre civile algérienne en France entre 1955 et 1962) ont été recensés entre 2004 et 2012 et le bilan ne cesse de s’alourdir, les négociations étant toujours à l’heure actuelle dans l’impasse.(...)

       (...) Les agressions contre le personnel religieux bouddhiste ont obligé l’armée royale à transformer les monastères en bases militaires et à organiser les populations bouddhistes en groupes d’autodéfense (70 000 volontaires bouddhistes) : selon Duncan McCargo, enseignant à l’université de Leeds, des rumeurs courent sur la présence dans les communautés bouddhistes d’anciens militaires ordonnés moines et sur l’armement d’une fraction des religieux : une réminiscence des moines guerriers du Japon médiéval (les sôhei) ou de Shaolin ? Non, une simple ressemblance sur la forme sans plus, les moines guerriers nippons ayant surtout pour vocation de protéger leur temple et d'y maintenir l'ordre : ils étaient aussi une force politique et armée non négligeable. 

       Nous sommes ici dans un réel contexte de guerre de religions. Il ne fait aucun doute que le discours de quelques religieux bouddhistes tend à se radicaliser : « Il n’y a pas d’autres choix, nous ne pouvons plus séparer le bouddhisme des armes désormais », aurait déclaré le lieutenant Sawai Kongsit, de l’armée royale thaïlandaise (Time). Les moines estiment que les Musulmans utilisent les mosquées pour entreposer des armes, que chaque imam est armé : « L’islam est une religion de violence » déclare Phratong Jiratamo, un moine ayant servi dans le corps des troupes de marines thaïlandaises (Time).

       (...) Cette radicalisation est nette dans le discours islamophobe du moine bouddhiste Ashin Wirathu (Mandalay, Birmanie) : discours à l’origine de lynchages, de meurtres et de comportements racistes à l’encontre des musulmans birmans (les Rohingyas) qui représentent entre 4% et 9% de la population du pays. Ashin Wirathu appelle de ses voeux un schisme entre les populations bamars (majoritairement bouddhistes) et les Rohingyas musulmans.

       Un nouvel et tragique épisode du « choc des civilisations »...(...)


    §§§

    (Les coupes budgétaires commençaient
    à en effrayer plus d'un)


    §§§

    "Alors, cette surveillance des internautes?
    - Je ne surveille pas, je veille sur eux, nuance..."
    Le techno-totalitarisme, 
    c’est maintenant

       (...) Bas les pattes devant Snowden, Manning, Assange et les résistants au techno-totalitarisme. Nul ne peut plus nier ce que les opposants à la tyrannie technologique dénoncent depuis des années : les objets intelligents qui envahissent nos vies (ordinateurs, Internet, téléphones mobiles et smartphones, GPS) donnent au pouvoir les moyens de la surveillance généralisée.

       En dévoilant des documents secrets, un ex-agent américain révèle que la NSA (Agence nationale de sécurité) espionne les internautes du monde entier, dans le cadre du programme clandestin « Prism » mis en place par George Bush et poursuivi par Barak Obama. Sont visés les utilisateurs d’Internet et des« réseaux sociaux » (Google, Facebook, Apple, Youtube, Yahoo, Skype, DropBox, Microsoft, AOL) soit, à l’ère numérique, à peu près tout le monde.

       Les esprits forts diront qu’ils le savaient déjà. Les esprits forts savent toujours tout. Edward Snowden, lui, prouve ce qu’il dit. Et les médias du monde entier ne peuvent faire autrement que de publier ses déclarations, alors que les dénonciations des esprits critiques restaient confinées et refoulées à quelques milieux restreints.

       Edward Snowden agit sans le soutien d’aucune organisation, d’aucun parti, d’aucun collectif. Heureusement – il n’aurait rien fait. Son geste relève de ce qu’Orwell nommait la « décence ordinaire ». « Je ne peux, en mon âme et conscience, laisser le gouvernement américain détruire la vie privée, la liberté d’Internet et les libertés essentielles pour les gens tout autour du monde au moyen de ce système énorme de surveillance qu’il est en train de bâtir secrètement. » (1)

       À 29 ans, il sacrifie sa carrière et sa vie personnelle, choisit la désertion, risque la prison pour trahison (comme le soldat Manning, auteur des fuites vers Wikileaks) voire un « accident ». Il affronte seul les services secrets de la première puissance mondiale.

       En France depuis le 10 juin 2013, aucune des organisations qui, avant ou depuis le meurtre de Clément Méric, clament l’urgence de la « lutte antifasciste », n’a pris la défense de Snowden. Aucune manifestation de soutien, aucun communiqué, aucun appel contre la surveillance totale, y compris celle de la DGSE française (services secrets extérieurs), comparée par un ex-agent à une « pêche au chalut ». (2) À ce jour, le seul appel pour l’asile politique de Snowden en France émane de Marine Le Pen. Un coup de pub dont le Front de Gauche n’a pas été capable.

       Edward Snowden : « Ma grande peur concernant la conséquence de ces révélations pour l’Amérique, c’est que rien ne changera. [Les gens] ne voudront pas prendre les risques indispensables pour se battre pour changer les choses... Et dans les mois à venir, les années à venir, cela ne va faire qu’empirer. [La NSA] dira que... à cause de la crise, des dangers auxquels nous devons faire face dans le monde, d’une nouvelle menace imprévisible, elle a besoin de plus de pouvoirs, et à ce moment-là personne ne pourra rien faire pour s’y opposer. Et ce sera une tyrannie clé-en-main. » (déjà en pratique...) (...)

    NOTES

    (1) Le Monde, 11/06/2013

    (2) Le Monde, 12/06/2013


    Lire la suite sur:
    §§§
    Luc Desle
    « "Cette chaise roulante roulait au pas". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet"."C'est par ironie qu'on confia à cette bombasse une ceinture d'explosifs". Benoît Barvin in "Pensées pensées". »

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