• "Ce chapeau melon se servait toujours avec du Porto". Jacques Damboise in "Pensées à contre-pet".

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    Pensées pour nous-mêmes:

    (MANGE A TA FAIM
    MAIS PAS A CELLE DE TES VOISINS)

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    LONG RÉCIT AU LONG COURS (1/5)
    pcc Benoît Barvin et Blanche Baptiste

       Soeur Camille de l'Incarnation est la soeur d'Angélus qui rapporte la manière dont elle s'est occupée de son frère, aussi beau que l'enfant Jésus mais possédant, semble-t-il, un don venu on ne sait d'où...

    ANGÉLUS 
    ou 
    LES SECRETS DE L’IMPALPABLE 

    Laennec_-_Théobald_Chartran



    CARNET DE SŒUR CAMILLE DE L’INCARNATION 

    (novembre 1879) 

       Notre bon docteur Gagey vient de mourir suite à une mauvaise chute de cheval dans un de ces chemins embourbés de l’automne. Paix à son âme ! Lui qui aimait tant mon Angélus, au point de lui avoir financé une partie de ses études… 

       Mais de tous ceux qui ont connu de façon la plus intime qui soit mon frère Angélus, je pense être la plus proche. Pour dire vrai, je l’ai suivi pas à pas, seconde après seconde. Angélus avait la beauté et la délicatesse dont j’étais, par je ne sais quel atavisme, dépourvue. 

       Tout jeune il sut se faire choyer par moi, alors que tout, compte tenu du contexte, aurait dû l’exposer au sein de notre famille aux pires des traitements. Il fut élevé dans la soie, le satin et les étoffes les plus moelleuses, quand nos frères et soeurs se contentaient de cotonnades grossières, de serge et de chanvre épais. 

       Je faisais preuve de mille ingéniosités pour combler les désirs de mon protégé, et celui-ci put développer à l’extrême son sens du toucher. Devinant ses besoins en la matière, je sus lui procurer des velours à caresser, des peaux de lapereaux à palper, bref, toutes sortes de textures plus douces les unes que les autres, sur lesquelles le bambin faisait courir ses doigts et ses mains tout au long des journées passées au berceau. Dans cette occupation, un léger babil s’échappait de ses lèvres et c’était comme une musique céleste qui, chaque fois que je l’entendais, calmait et cautérisait mes tourments. 

       Dès qu’Angélus sut courir, il s’échappa dans la campagne où il rencontra des kyrielles de sensations tactiles dont il sut rapidement user. Je me souviens d’une journée de printemps où, saoulé par toutes les odeurs que la Nature lui apportait et par les innombrables textures qu’il ne cessait de découvrir sur les plantes, les pétales et les duvets d’oiseaux, il s’écroula dans un champ, en pleurs, remerciant avec des mots enfantins une quelconque Déité pour tant de beautés. 

       En effet, mon frère était extrêmement sensible. Chaque fois qu’il effleurait du doigt une étoffe ou toute autre matière, il entrait en extase et son visage, transfiguré, devenait celui d’un découvreur d’infinis. Ce sens tactile prit rapidement le pas sur tous les autres et Angélus ne vécut que pour son affinement. 

       Pour commencer, il ne sélectionna que les sensations les plus agréables. Son expression de plaisir lui valant de nombreuses réprimandes, mon frère essaya d’autres sensations, se fixant sur le rugueux, le piquant ou le granuleux. Toujours ces nuances lui aiguisaient plus avant sa perception des choses, la qualité des unes naissant de la propriété des autres. 

       Voyant qu’il avait de si grandes dispositions tactiles et pour aider à l’ordinaire, je lui enseignai en cachette l’art de la dentelle. Les leçons furent brèves car à me regarder faire pendant nos longues soirées d’hiver, il avait déjà tout engrangé dans sa tête. Des petits fuseaux de buis ne tardèrent pas à courir sous ses doigts, en cliquetant joyeusement. Je le regardais émerveillée. 

       « Comme tu es adroit, mon Angélus ! Jamais personne, à ma connaissance, n’a réalisé de si beaux ouvrages, et si vite. Quelle finesse ! » 

       Quand il avait achevé sa pièce de dentelle, je l’admirais toujours, non pour en chercher les défauts, il n’y en avait pas, mais pour découvrir au travers de tout cet entrelacs de points compliqués des figures d’oiseaux et de fleurs des champs, composées avec des soies si fines qu’on eût cru voir là une oeuvre divine. Qui aurait pu penser qu’une telle perfection ait été conçue par un garçonnet de dix ans ? 

       «Monsieur le curé sera content de cette livraison. La dame du notaire en donnera bien 1 franc. Si tu voyais comme il me congratule, comme il me croit adroite ! C’est tout de même dommage de devoir mentir. J’aimerais tellement que ce soit toi que l’on félicite ! » 

       Angélus souriait. Il aurait fallu un miracle pour que ces gens reconnaissent enfin ses qualités et cessent de voir en lui une expression du Diable... Au lieu de cela, pour échapper à leur méchanceté il devait se cacher, feindre d’être ailleurs, ce qui le faisait passer bien des fois pour un simple d’esprit. 

       S’il pouvait se rendre à l’école, il ne pouvait se joindre aux jeux de ses camarades car ceux-ci le rouaient de coups. D’ailleurs il ne recherchait pas leur compagnie. Il regrettait simplement que les filles soient séparées des garçons. Alors, il les regardait évoluer dans la cour mitoyenne et il s’imaginait que si on les mettait ainsi à part, c’était pour protéger la grâce et la fraîcheur que la vie rude et le sceau de la prédestination n’avaient pas encore altérées. Il avait remarqué que les affections de peau tardaient plus à s’installer chez les unes que chez les autres. Et il guettait ces territoires préservés dans l’espoir de pouvoir en goûter la texture. Car mon Angélus, je l’ai déjà dit, ne pouvait pas résister au désir d’expérimenter, de palper la matière quelle qu’elle soit. 

       Aussi, dès que l’occasion s’en présentait, et bien qu’il ait essayé de surmonter ses envies, il s’arrangeait pour approcher l’heureuse épargnée et là, d’un geste toujours discret, furtif, mais qui ne pouvait échapper aux yeux malveillants qui partout le surveillaient, il effleurait la portion de chair diaphane, un cou de cygne, une joue duveteuse ou un mollet élastique. Tout ceci l’attirait irrésistiblement ; d’autant plus que ces parcelles de beauté et de fraîcheur étaient rares dans le bourg. Il osait s’abandonner à ce désir d’autant mieux que sa propriétaire était comme attirée par ses yeux d’un bleu limpide et son sourire un peu distrait qui s’apparentait à celui des angelots sculptés au-dessus du portail de la vieille église du bourg. 

       Bien sûr, lui ne voyait aucun mal à ces attouchements et s’il eût été aveugle, on lui eût volontiers pardonné. Mais dans son cas, on ne lui concédait aucune excuse et il passait de longues heures au piquet, car il se trouvait toujours quelqu’un pour aller se plaindre de ses caresses, ne fut-ce que pour la joie de le voir puni. 

       En classe, il était le meilleur au niveau de l’écriture où il surpassa très vite le maître tant il était habile, précis et inventif pour tout ce qui concernait la calligraphie. On le citait en exemple. Ses pages d’écriture firent le tour des écoles du canton, ce qui lui valut la jalousie féroce de ses camarades et l’intérêt inquiet du maître face à ce petit prodige qui ne semblait pas plus doué qu’un autre pour le reste des matières ou qui, du moins, ne le montrait pas, car il devint rapidement expert en dissimulation, ayant compris qu’être le meilleur lui attirait des ennuis auxquels il ne pouvait se mesurer n’étant pas physiquement aussi fort que les autres. 

    ***

       Il se fit bientôt autour de lui un grand cercle de médisances, de méchancetés et de haine, celle-là même qui enfanta chez certains garnements, quelques années plus tard, l’idée diabolique de métamorphoser cet être féerique en un repoussant crapaud. 

       Oh Mon Angélus ! Tu étais alors la joie et l’innocence même, ainsi que je le sondais, moi qui avais la possibilité de me nicher au plus profond de ton coeur. Cependant, à chacune des brimades qu’on t’infligeait, à chaque nouvel affront qu’on te faisait, je sentais que ton coeur durcissait, s’opacifiait telle une pâte de glaise qui, à l’air libre, devient dense, incompressible, se fige en une masse à la dureté métallique. 

       Peu à peu, le regard qu’on te porta passa de la curiosité à la méfiance et de cette dernière à la colère. Tu déclenchais, à chaque passage, une ire d’autant plus surprenante qu’elle naissait de gens à qui tu ne t’adressais jamais, vers lesquels tu n’esquissais aucun geste pouvant être mal interprété 

       «C’est l’enfant du Diable » chuchotaient les commères, « C’est le septième garçon, je vous dis qu’il est marqué, pour sûr » et elles se signaient d’importance, alors que leurs maris crachaient à terre pour conjurer le mauvais sort. Même le curé du bourg, le père Grangeais, homme intègre et de grande noblesse en temps ordinaire, et dont j’apprécie toujours la compagnie, devenait soupçonneux lorsqu’il t’apercevait. 

       Moi qui eus toujours la faculté de deviner les pensées d’autrui, aux mimiques ou aux voix que j’entendais, je pouvais sentir les effluves de rage qui sourdaient de ces gens, transformés à présent en foyers de violence. Celle-ci, jusqu’à l’année de tes quatorze ans où elle explosa dans ce terrible crime dont tu fus l’innocente victime, ne fit qu’augmenter, grossir et palpiter dans chacun de ces coeurs grossiers, jaloux et destructeurs. C’était le cratère d’un volcan qui s’emplissait de toutes les rancoeurs qu’on éprouve devant l’être différent et « magique » que tu étais alors... 

    ***

       Depuis qu’Angélus fréquentait l’école, je travaillais selon les saisons, soit à la filature d’Aubenac, soit chez des particuliers. Ma soeur Thérèse ne s’occupait jamais de Jean. Par contre, je pouvais compter sur Mariette pour veiller un peu sur le petit. Sous ses airs durs, elle avait tout de même un coeur d’or, quoique très influençable. 

       Un soir, tandis que j’étais penchée sur mon ouvrage, le père me dit : 

       - Hé bien Camille, tu vas avoir dix-huit ans, il faudrait songer à se marier ! 

       Sa réflexion, dans laquelle se lisait tout l’intérêt qu’il aurait aimé tirer de mon mariage, ne m’encouragea pas à me mettre à la recherche d’un futur époux. Mes soeurs, déjà, avaient eu bien du mal à trouver un conjoint et les élus n’avaient pour moi aucun attrait, aussi rustres l’uns que l’autre ; tous les deux aussi laids et dépourvus de toute intelligence et, ce qui était pour moi impardonnable, incapables de la moindre sensibilité. 

       J’avais gardé de très bonnes relations avec les religieuses qui m’avaient éduquée et, chaque fois que j’allais leur rendre visite, je trouvais au monastère la paix qui ne régnait plus chez moi. 

       Et ainsi, au fil de ces visites, ai-je fini par désirer entrer en religion, à la fois par calcul et par attirance envers Notre Seigneur Jésus-Christ, dont le corps à demi-nu, sur la croix, provoquait en moi une douce émotion, faisant souvent monter des larmes sous mes cils et battre très fort mon pauvre petit coeur. 

       De plus en plus souvent on me surprit, plongée dans un état méditatif, alors que la besogne ne manquait pas. Je restais prostrée en l’absence d’Angélus, incapable d’entamer un quelconque travail ; attirée par le son des cloches qui rythmaient mes mornes journées ; lisant et relisant les confessions de Nos Saintes ; rêvant d’entrer, comme elles, au service de Notre Seigneur. 

       Je supportai encore l’ambiance familiale une paire d’années, mon Angélus n’ayant que six ans, mais je me promis de faire mon postulat lorsqu’il aurait dix ans. Entre-temps, à l’insu de tous, je parvins à économiser assez d’argent pour que mon angelot ne manque de rien et qu’il aille à l’école normalement et ce, malgré la guerre et les malheurs qui s’ensuivirent. 

    ***
    (A Suivre)


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    "Exception culturelle, exception culturelle...
    Tu vas voir ce que j'en fais, moi,
    de ton exception culturelle...
    - Mais, cette nuit, tu n'avais rien contre!"

    Marlene Dietrich, Arthur Kennedy,
     Rancho Notorious de Fritz Lang, 1952


    UE-ETATS-UNIS :


    Les cinéastes défendent 

    l’exception culturelle européenne
    PresseuropLes Echos

       Dans une pétition adressée à la Commission européenne le 22 avril, 80 réalisateurs européens exigent que Bruxelles exclue l’audiovisuel et le cinéma des négociations sur un accord de libre-échange entre l’Europe et les Etats-Unis, qui débuteront cet été.

       Ils entendent ainsi – Belges et Français en tête – défendre “l’exception culturelle”, qui permet de limiter le libre-échange de la culture sur le marché et de permettre aux pays de promouvoir leurs propres oeuvres.

       La Commission “est accusée par le monde du cinéma de n’avoir qu’une ‘vision libérale’ de la culture”, note le quotidien Les Echos, qui ajoute que pour les cinéastes, “la culture doit être la source de l’Union à l’heure où l’Europe politique ‘peine’”.

       La charge a poussé Bruxelles à réagir : le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, a assuré dans un communiqué que “l’exception culturelle ne sera pas négociée”. Mais son porte-parole a précisé que cela n’exclut pas l’audiovisuel des négociations.

       Le quotidien économique rappelle que ce n’est pas la première fois que le monde du cinéma s’insurge : "En 1993, à l’occasion de la renégociation des accords du GATT, l’ancêtre de l’OMC, les cinéastes n’avaient pas hésité à affréter un avion pour Bruxelles pour faire valoir leurs vues devant l’offensive américaine, qui voulait notamment que la culture soit assimilée à une marchandise comme les autres. Vingt ans après, ils sont prêts à renouveler l’opération."(...)



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    (Le plus court chemin c'est... heu... 
    la ligne zigzagante, peut-être, non?)


    Atlantic ocean road in Norway, 

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    "Bar... Humpf... De volupté?
    Vous... Humpf... avez l'adresse?"


    RUSSIE 
    L’anticafé, une oasis de volupté
    Anders Mård 

       (...) La place Vosstaniia est le carrefour le plus fréquenté de Saint-Pétersbourg, métropole de 5 millions d’habitants. Mais, au coin de la place, au troisième étage d’un vieux palais donnant sur la perspective Nevski, le stress s’évapore comme par magie.

       Une inscription sur la porte : "Tsiferblat – Bienvenue". Le mot "Tsiferblat" désigne le "cadran de la montre". Si vous ne connaissez pas l’adresse, vous n’avez aucune chance d’arriver jusqu’ici. En bas, dans la rue, pas la moindre trace de panneau ni de publicité, juste une sonnette rudimentaire.

       "Le plus important pour nous, c’est que les gens se sentent bien ici. L’endroit vise à donner l’impression de rendre visite à un ami proche", explique Inga Belingua, qui est à l’origine du projet.

       Ce concept a été baptisé "anticafé". Les Tsiferblat proposent du café, du thé et des gâteaux. Vous pouvez y siroter autant de cafés que vous le voulez. Et l’on ne parle pas de café en poudre, mais de café en grains de qualité supérieure. Qui plus est, vous pouvez y apporter votre nourriture et la réchauffer au micro-ondes. La seule chose payante ici, c’est le temps passé sur place. Et le prix est à la portée de toutes les bourses. La première heure coûte l’équivalent de 3 €, moitié moins ensuite.

       "Nous ne perdons pas d’argent, mais l’argent n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est de proposer un espace de liberté et un échange décontracté avec nos visiteurs", confie Inga Belingua.

       Je commande un cappuccino et m’installe à une table de bois sommaire. La déco est authentique et sans prétention, tout en bois, avec quelques vieux placards dans les coins. Un air de jazz s’échappe des baffles.

       Ceux qui le souhaitent peuvent retirer leurs chaussures et laisser leur manteau au vestiaire. Sur le rebord de la fenêtre, quelqu’un s’est assoupi, allongé sur un matelas. Les autres tables sont occupées par quelques étudiants.

       Le premier Tsiferblat a ouvert ses portes à Moscou il y a quelques années. Aujourd’hui, l’enseigne a essaimé dans plusieurs villes : Rostov-sur-le-Don, Kazan et Nijni Novgorod en Russie, Odessa et Kiev en Ukraine. A Saint-Pétersbourg on en compte déjà deux – et plusieurs autres cafés se sont inspirés directement du concept.

       "La recette de notre succès, c’est l’ambiance détendue que nous proposons et les gens intéressants qui fréquentent l’établissement, analyse Inga Belingua. Ici on échappe au stress et au tohu-bohu de la ville. C’est un lieu accueillant où l’on se sent bien. Les gens ne doivent pas se sentir ici comme des clients, mais comme des hôtes."(...)


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    Benoît Barvin
    « "La Mort ne dédaignait pas, en plat principal, de s'envoyer derrière la cravate un bon gros charnier". Benoît Barvin in "Pensées pensées"."Ils partagèrent leur boulimie d'être ignorants". Benoît Barvin in "Pensées pensées". »

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