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    Pensées pour nous-mêmes:

    (L'AMOUR EST UN

    LEURRE NÉCESSAIRE)

    ¤¤¤

    (Gilet jaune de Janvier)

    January - art by John Walter (1947)

    https://atomic-chronoscaph.tumblr.com/post/181627189563/january-art-by-john-walter-1947

    ¤¤¤

    http://www.leravi.org/spip.php?article2438

    Faut-il haïr les journalistes ?

       Prenez-en dix qui répètent à l’envi cette infox : Mélenchon pousse à la violence car il a dit : « La haine des journalistes est saine » (1). Prenez-en autant qui, sans moufter, laissent Castaner salir ainsi leur micro : « Je ne connais aucun policier, aucun gendarme, qui ait attaqué des gilets jaunes. » Prenez dix éditocrates et journalistes de plateaux qui savent que Castaner ment, mais qui se taisent et dissertent sur la violence des gilets jaunes.

       Prenez dix sites Internet d’information alternative, cent internautes sur les réseaux sociaux qui diffusent des centaines de témoignages de la haine anti-gilets jaunes et des violences policières fachoïdes (2).

       La mafia journaleuse hurle à la moindre chiquenaude administrée à l’un des siens par un excité cagoulé ou un gilet jaune (lequel perdra peut-être en suivant un œil, une main, ses dents…). Sait-elle, la mafia corporatiste vendue à ses patrons milliardaires que, si elle continue comme ça, on entendra bientôt dans les rues « Tout le mon-dé dé-tes-te les mé-dias » ?

       Le gouvernement vient (15 janvier) de s’émouvoir des dégâts causés par les tirs sur les manifestants (3). Les médias ont enfin le feu vert pour en parler et nous les montrer.

       Théophraste R. (journaliste parfois poursuivi par les CRS, jamais par le peuple).

    Notes.


    (1) Il a dit : « Si la haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine, elle ne doit pas nous empêcher de réfléchir et de penser notre rapport à eux comme une question qui doit se traiter rationnellement dans les termes d’un combat ». Y ajouter ses multiples déclarations contre toute violence
    (2) Dans certains bureaux de vote proches de casernes de gardes mobiles, le score du FN frôle parfois la majorité absolue.
    (3) Le 15 janvier, le directeur de la police nationale, le préfet Éric Morvan, a (enfin !) fermement demandé par écrit aux policiers de ne jamais viser la tête des manifestants.

    https://www.legrandsoir.info/

    ¤¤¤

    Benoît Barvin


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LA PHILOSOPHIE EST SOUVENT

    UN CHANT DÉSESPÉRÉ)

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    "Quoi, Mâââkrrronnn?

    Qu'ess-qu'il a encore fait,

    ce paltoquet?"

    blinded-with-desire:

    Alexandra Agoston in Porter Magazine #18 Winter Escape 2016 by Chris Colls 

    ***

    http://pepedea.fr/2017/11/28/cop-23-bilan-mitige/

    Quel rapport entre la COP 24 et les gilets jaunes : l

    a rupture entre le monde politique et la société civile.

    Par 
    Auteur de « Ne soyons pas des écologistes benêts »,
    éd. Mille et une nuits, 2010 et
    « L’océan sous haute surveillance », éd. Quae, 2013.
     

       La COP 24 qui s’est tenue à Katowice en décembre 2018 marque une profonde rupture entre le monde politique des négociations internationales et la société civile ancrée dans le réel. Un petit effort de mémoire des COP des années précédentes permet de mettre en perspective cette dérive. Les premières COP faisaient débat, des décisions et actions concrètes étaient attendues au Nord comme au Sud, les ONG publiaient chaque jour un bulletin quotidien faisant état de l’état des négociations.

       La COP 3 à Kyoto en 1997 adoptait un Protocole juridiquement contraignant mais très modeste de diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES), et depuis abandonné ; la COP 15 à Copenhague en 2017 était déclarée « le sommet de la dernière chance » , mobilisait l’opinion mais finissait sur un échec cuisant ; la COP 21 à Paris en 2015 scellait un Accord international pour limiter le réchauffement climatique en-dessous de 2°C, voire si possible de 1,5°C, demandant à chaque pays, à défaut de pouvoir parvenir à une approche globale, d’apporter sa propre contribution à la réduction des émissions de GES.

       Les faits sont têtus et chaque année devenait l’année la plus chaude jamais enregistrée depuis l’ère industrielle. Malgré la mise en garde de 15 000 scientifiques en novembre 2017, rien n’y fit, la COP 231 à Bonn fit l’effet d’une mascarade et de faillite du processus onusien en mettant en place le « dialogue de Talanoa » (parler avec son cœur en fidjien puisque les Îles Fidji présidaient la conférence) et renvoyait les décisions les plus importantes l’année suivante. La COP 24 à Katowice a confirmé le processus de faillite :

       elle minimise le rôle des scientifiques et par conséquent les conclusions du GIEC, enterre les droits humains qui devait être la référence et servir de boussole de l’action climatique, ne concrétise pas les engagements pris en 2009 pour aider les pays les plus vulnérables (100 milliards de dollars par an2) pour l’adaptation au changement climatique à disposer d’un accès à une énergie propre, constate que les émissions de GES sont repartis à la hausse et savoure malgré tout une « victoire » en annonçant que la feuille de route de l’application de l’Accord de Paris est sauvegardé !

       Pour certains, cet accord ressemble dangereusement aux accords de Munich en 1938 qui, croyant éviter la guerre, l’ont précipitée3. Les contributions volontaires des pays signataires pour réduire les émissions de GES sont insuffisantes et c’est un réchauffement global de 3,2°C d’ici la fin du siècle qui est attendu et le seuil de 1,5°C sera dépassé dès 2030 si rien n’est fait. Les trajectoires sont à présent connues. Pour ne pas dépasser le seuil de 1,5°C, selon le dernier rapport du GIEC, à l’horizon 2050, les émissions nettes mondiales de C02 doivent être nulles, c’est à dire que la quantité émise dans l’atmosphère doit être égale à la quantité éliminée par les milieux naturels (forêts, sols, océans).

       La COP 24 s’est déconnectée de l’urgence climatique et un gouffre s’est creusé entre la réalité du réchauffement de la planète et l’action politique. Finalement tout le monde a l’air de s’en foutre. Emmanuel Macron tweete à la fin de la conférence « Bravo à l’ONU, aux scientifiques, aux ONG et à tous les négociateurs » alors qu’aucun ministre ou secrétaire d’État français ne participait aux derniers jours des négociations et que les émissions de GES sont reparties à la hausse en France de 3,2 % en 2017 par rapport à l’année précédente4, une première depuis 10 ans ! Pour nombre d’observateurs, il aurait fallu envoyer un signal fort aux entreprises du privé pour qu’elles fassent leur mutation vers une économie bas carbone.

       A ce stade, les décisions de la COP24 et les revendications du mouvement des « gilets jaunes » illustrent parfaitement les liens entre justice sociale et lutte environnementale. Les pays du Sud attendent la contribution des pays développés promise depuis maintenant 10 ans pour s’adapter à un réchauffement dont ils ne sont en aucune manière responsables.

       En 1992, date de la signature de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques (CNUCC), le principe des « responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives » avait été adopté dans l’idée que tout le monde devait agir sur le climat mais que le niveau d’engagement dépendait du niveau de responsabilité dans les émissions de GES et des capacités économiques de chacun. La question des financements au titre de la justice climatique pour l’adaptation des pays en développement au changement climatique devait être au centre des discussions de la COP 24 ; cela n’a pas été le cas et les pays les plus riches ont opéré ont opéré un retour en arrière.

       S’il y a des inégalités entre les pays, raison pour laquelle une aide a été prévue, il ne faut pas oublier pour autant les inégalités nationales. On retrouve à ce titre la même logique avec le mouvement des « gilets jaunes » , le gouvernement impose une fiscalité écologique sans justice sociale. La citation a fait florès « Vous me parlez de la fin du monde, je vous parle de la fin du mois », ce qui n’empêche pas que les revendications des « gilets jaunes » ignorent l’importance de l’aménagement du territoire et les préoccupations écologiques, en mettant en avant la nécessité de favoriser les petits commerces, de cesser la construction de grandes zones commerciales aux périphéries urbaines, d’arrêter la fermetures des dessertes locales ferroviaires, des bureaux de poste, écoles, maternités, de prioriser le transport des marchandises par voie ferrée, de mettre en place un plan réel d’isolation des logements, de taxer le fuel maritime et le kérosène de l’aviation5.

       Les « gilets jaunes » refusent d’être les sacrifiés d’une transition écologique qui se décide sans tenir compte de leur situation. Leur colère est juste car, sous couvert de lutte contre le réchauffement climatique, la politique gouvernementale est une tromperie écologique et une arnaque sociale6.

       Une démonstration convaincante est apportée par Sophie Chapelle7qui rappelle que la hausse des taxes sur la carburants était justifiée par le gouvernement par l’argument climatique. Sur les 3,9 milliards d’euros de recettes supplémentaires prévues initialement en 2019, seuls 80 millions (2%) devaient être reversés au compte d’une affectation spéciale « transition énergétique », et quasiment tout le reste allait au budget général de l’État, manière de combler le manque à gagner fiscal lié à la suppression de l’Impôt sur la fortune (ISF).

       A cette première arnaque s’en ajoutait une seconde, à savoir que si les automobilistes devaient payer la taxe carbone, il n’était aucunement question de taxer le kérosène (manque à gagner fiscal de 1,3 milliard d’euros par an) pour un mode transport 14 à 40 fois plus polluant en CO2 que le train par km et personne transportée, ni le fuel lourd du transport maritime. Les dispositions fiscales pour aligner la fiscalité du gazole non routier sur celle des particuliers étaient finalement annulées par le gouvernement ; divers secteurs d’activités continuent de bénéficier de cette exonération : les agriculteurs, les industries extractives (carrières, sables et gravier), les entreprises de travaux publics et les activités forestières et fluviales.

       Mais plus encore, Attac France montre que quelques 1 400 sites industriels et polluants du pays (secteurs de la sidérurgie, raffinage, ciment, aviation) sont complètement exonérés de la fiscalité carbone, bénéficiant pour se faire de quotas gratuits d’émissions polluantes, correspondant à un manque à gagner pour les finances publiques évalué par l’association à 10 milliards d’euros entre 2008 et 2014.

       Que ce soit donc au niveau de la COP 24 ou de la politique nationale, l’industrie ne paie pas de taxe carbone et aucune décision politique forte n’est envoyée aux entreprises du privé pour une mutation vers une économie bas carbone. La colère des « gilets jaunes » est partie sur l’injustice sociale sous couvert d’une transition écologique.

       Cette tromperie explique la levée populaire à l’encontre d’une nouvelle classe aristocratie hautaine et méprisante incarnée par Emmanuel Macron. Il n’est donc pas étonnant que les revendications du mouvement dépassent la seule taxation des carburants mais englobent à présent tous les aspects de la société : politique sociale, protection sociale, système fiscal, économie et politiques européennes, question migratoire, institutions de la République.

    1Michel Marchand (2017) La COP 23 ou comment le pire risque fort d’être devant soi. RESPUBLICA, 30 novembre 2017.

    2La somme du financement de 100 milliards de dollars par an prévu en 2020 est loin d’être atteinte, elle est évaluée entre 48 et 56 milliards et il est estimé que le financement net de l’action climatique censé revenir aux pays en développement sera moindre.

    3Yvan du Roy (2018) Climat et effondrement : « seule une insurrection des sociétés civiles peut nous permettre d’éviter le pire. Bastamag, 16 octobre 2018

    4la moyenne de l’ensemble des pays de l’Union européenne est de + 1,8 % selon les données Eurostat

    5Philippe Hervé & Michel Marchand (2018) Les revendications des gilets jaunes : un vrai « cahier de doléances ». RESPUBLICA, 8 décembre 2018

    6Sergio Coronado (2018) L’écologie, le 17 novembre et les « gilets jaunes ». RESPUBLICA, le 28 novembre 2018.

    7Sophie Chapelle (2018) Quand les ménages financent la transitin écologique alors que les gros pollueurs en sont exonérés. Basta, 17 décembre 2018

    http://www.gaucherepublicaine.org/economie/quel-rapport-entre-la-cop-24-et-les-gilets-jaunes-la-rupture-entre-le-monde-politique-et-la-societe-civile/7403049

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    Luc Desle


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LA BONTÉ N'A JAMAIS

    ÉTÉ INACCESSIBLE)

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    (Ces nouveaux Gardiens de la Paix, je ne sais pas pourquoi,

    mais je ne les sentais pas)

    scifi-fantasy-horror:

    by  johan grenier

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    (Ces nouvelles Femen fichaient les chocottes)v

    https://o-blivia.tumblr.com/post/182019392539

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    "T'as vu cette drôle de souris?

    - C'est PAS une souris!"

    https://o-blivia.tumblr.com/post/182000848789

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    Nadine Estrella


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (UNE VIE SANS FAIM

    N'EST PAS UNE VIE)

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    http://universalkeys.tumblr.com/post/180165075487

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    Actuel Moyen Âge -
    Interdit de changer de métier

       « Que chacun reste dans sa profession sans jamais en changer ». Ainsi s'ouvre l'un des capitulaires de Charlemagne, émis dans les premières années du ixe siècle.

       Aujourd'hui, les reconversions professionnelles n'ont jamais été si nombreuses : environ 9 % des actifs ont au moins une fois dans leur vie changé de métier. Derrière ce phénomène, on devine évidemment les effets délétères de la crise – près d'un 1/3 des reconversions se font après un licenciement – mais aussi la volonté d'un grand nombre d'actifs d'avoir un travail qui leur plaise. Selon les statistiques officielles, plus de la moitié des reconversions sont en effet volontaires, même si ce pourcentage change beaucoup en fonction des domaines professionnels et de l'âge de ceux qui changent de travail.

       Qu'aurait donc pensé Charlemagne ? Il faut réinscrire l'interdiction dans son contexte : à quoi pense l’empereur d’Occident lorsqu’il interdit ainsi à quiconque de faire un autre métier ? Le terme latin utilisé est professio qui désigne au Moyen Âge une déclaration publique, et en particulier une déclaration de religion (c'est la « profession de foi »). Autrement dit, ce que vise Charlemagne ici, ce sont les clercs qui ont en effet prononcé des vœux qui leur interdisent de quitter leur habit.

       Cela dit, la suite du cartulaire précise immédiatement que les laïcs doivent eux aussi rester dans leur condition. Avec cette double précision, Charlemagne ne cherche pas à empêcher les reconversions professionnelles, mais à limiter au maximum la mobilité sociale. C'est bien ça qui fait peur : qu'un cordonnier devienne boulanger, tout le monde s'en moque (sauf ceux qui achètent son pain, mais c'est une autre histoire). Mais qu'un paysan devienne artisan, un artisan chevalier ou un clerc laïc : là est le danger. De tels changements brouillent en effet les frontières sociales, et risquent de conduire le monde au chaos. Si vous songez à vous reconvertir, aucune pression...

       On connaît de nombreux exemples d'ascension sociale au Moyen Âge, en particulier à la fin de la période : des hommes partent de rien et, à force d'études, de travail, avec un coup de chance par-ci et un mariage habile par-là, obtiennent des postes importants, souvent synonymes de richesse et de gloire. Ainsi d'Audoin Chauveron, qui devient prévôt de Paris en 1381 ou encore Marco Polo, qui prétend que ses compétences linguistiques valent qu'on l'appelle « messire ».

       Mais cette mobilité sociale, importante, est généralement très mal vue. La société médiévale, en effet, est une société d'ordres très attentive aux distinctions sociales et aux signes qui permettent de les repérer.

       En interdisant les changements, Charlemagne fixe donc un idéal de stabilité : tout le monde à sa place, aucun changement, aucune évolution. Cet idéal jamais atteint, participe de la construction de l'empire carolingien et contribue évidemment à mettre en valeur l'autorité du souverain : si personne n'a jamais le droit de changer de statut, cela revient à dire que le souverain ne craindra jamais aucune révolte ni aucun coup d'État – idée très importante pour les Carolingiens qui ont eux-mêmes pris le trône après un renversement politique. Cet idéal de stabilité est donc également un idéal de hiérarchie : quand tout le monde occupe une place fixe, il est facile de savoir qui est au-dessus de qui.

       La méfiance profonde envers la mobilité professionnelle dure plusieurs siècles : au xviiie siècle, Diderot écrit encore que « rien n'est plus funeste à la société que ces émigrations insensées » d'un métier à un autre. Au contraire, la pensée révolutionnaire va placer la mobilité sociale au cœur de la construction d'une société juste, composée d'égaux. Comme l'écrit Rousseau, « tous les états sont indifférents, pourvu qu'on puisse en sortir : les gueux sont malheureux parce qu'ils sont toujours gueux ».

       Pouvoir changer de métier est donc une chance énorme. La mobilité professionnelle met en évidence notre liberté individuelle dans la construction de nos vies : on peut, plus ou moins facilement certes mais en tout cas sans blocage juridique, exercer n'importe quel métier. Mais elle indique également que nous savons, plus aisément que les hommes du Moyen Âge, prendre une certaine distance par rapport aux hiérarchies sociales et politiques : même si les inégalités économiques sont beaucoup plus importantes aujourd'hui qu'au Moyen Âge, le nombre de reconversions indique que nous refusons de figer ces hiérarchies. N'importe qui peut devenir n'importe quoi. A nous de savoir, pour parler comme Rousseau, sortir des états qui nous rendent malheureux.

    Pour aller plus loin

    - Elisabeth Crouzet-Pavan, « La Pensée médiévale sur la mobilité sociale. XIIe et XIVe siècle », in Sandro Carocci (dir.), La mobilita sociale nel medioevo, Rome, École Française de Rome, 2010, p. 69‑89.

    - Boris Bove, « Un cas d’ascension sociale à la fin du XIVe siècle : Audoin Chauveron, prévôt de Paris », La Revue Historique, 1996, n° 597, p. 49-82

    https://www.nonfiction.fr/article-9723-actuel-moyen-age-interdit-de-changer-de-metier.htm

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    Benoît Barvin


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (DIRE LE VRAI

    OU VIVRE LE DIRE)

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    "Joli gant et ornements... Mais si tu pouvais

    me montrer ton visage...

    - Oh non, je suis si timide..."

    http://universalkeys.tumblr.com/post/181001759122

    %%%

     

    http://archives.nicematin.com/article/cote-dazur/nice-les-

    fonctionnaires-contraints-a-plus-de-mobilite.5471.html

    La première des violences

       « Il n’y a pas de moyen plus violent de coercition des employeurs et des gouvernements contre les salariés que le chômage. Aucune répression physique, aucune troupe qui matraque, qui lance des grenades lacrymogènes ou ce que vous voulez. Rien n’est aussi puissant comme moyen contre la volonté tout simplement d’affirmer une dignité, d’affirmer la possibilité d’être considéré comme un être humain. C’est ça la réalité des choses » (Henri Krazucki, ancien secrétaire général de la CGT).

       C’est contre cette violence invisible que le peuple s’est levé : celle qui empêche d’affirmer sa dignité, celle qui enfonce dans la misère. Macron y a ajouté les sermons publics contre les pauvres, c’est-à-dire des injures d’un Chef d’Etat contre son peuple (hormis celui des châteaux, yachts et beaux quartiers).

       N’allez pas essayer d’expliquer ça sur un plateau de télé : trop dur, trop risqué. Les journaleux ont dans leur tête, prêts à l’emploi, des grenades, des flash balls, des tonfas et des rangers à grosses semelles. Ils sont clonés avec le commandant de gendarmerie toulonnais filmé en train de cogner à coups de poings, mais il faut le comprendre : le stress, la fatigue.

       Bon, demandez à BHL et Luc Ferry de vous expliquer.

       Théophraste R. Pacifiste et non violent mais, ne dépassez pas les bornes des limites.

    https://www.legrandsoir.info/

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    Benoît Barvin


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (LA NÉCESSITE NOUS

    TRANSFORME EN HORS-LA-LOI)

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    (L'espoir d'un monde meilleur s'envolait en fumée)

    http://universalkeys.tumblr.com/post/181971297517

    ***

    "Ahahah..."

    (Le rire d'Elizabeth était très érotique)

    fitesorko:

    Elizabeth Taylor

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    m00ndingochan:

    CRUMB

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    Blanche Baptiste


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (NE JAMAIS CÉDER UN POUCE

    AU POUCE)

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     (via nxs)

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     http://ballouhey.canalblog.com/archives/2015/03/07/31659728.html

    Les forcenés

     Frédéric Lordon

       Méthodologiquement, et déontologiquement, il faut maintenir les hypothèses psychiatriques dans un statut d’ultime recours quand il est question de politique, et ne se tourner vers elles qu’après avoir tout essayé. Au point où nous en sommes cependant, observant Macron, Griveaux, écoutant le défilé ininterrompu des députés LREM sur les chaînes d’information continue et les chiens de plage arrière qui font « oui oui » en leur passant les plats, on cherche en tous sens, et surtout en vain, ce qui pourrait nous sauver de ce dernier recours. Après avoir épuisé toutes les explications alternatives, il va falloir s’y résoudre : ces gens sont complètement fous.

       On savait depuis longtemps que chaque fois que l’un d’eux dit « j’ai bien entendu » ou « nous sommes à l’écoute », il utilise juste d’autres mots pour dire « nous n’en ferons qu’à notre tête et vous n’existez pas ». Cependant, il y a un point où le cynisme bonnasse de type chiraquien ou hollandiste ne fait plus une hypothèse suffisante. Quand un mouvement quasi-insurrectionnel hurle au gouvernement qu’il mettra le feu plutôt que de continuer dans cette direction, et que le gouvernement lui répond qu’il a « bien entendu » « l’impatience », qu’il a bien compris la demande, l’envie même, d’aller encore « plus loin dans le changement », de se montrer « encore plus radical dans les méthodes et les manières de faire », comment écarter l’hypothèse psychiatrique ?

       Quel type de rapport Benjamin Griveaux entretient-il avec la réalité quand il se prévaut d’une « envie de changement des Français », en tout cas d’une envie du type de celle qui appellerait sa réponse à lui ? Et, accessoirement, pourquoi ne se trouve-t-il pas un média pour le lui faire remarquer clairement ? En commençant d’ailleurs par lui faire observer que « ses » Français, mesurés au score réel de la présidentielle, font à peine plus de 10 % du corps électoral (1), et qu’ils n’ont porté Macron au pouvoir qu’au terme d’une gigantesque prise d’otages de deuxième tour, méthodiquement agencée de longue date avant le premier — autrement dit sans aucune des « envies » que leur délire Griveaux.

       Orwell, qui n’est pas redevenu par hasard une référence contemporaine, a dit comme personne le tour de langage propre au pouvoir dictatorial : l’inversion, en fait la négation, systématique des choses par les mots — la guerre qui est la paix, l’esclavage la liberté et l’ignorance la force. Mais c’est autre chose encore, d’une autre nature, qui émane par exemple du discours de « vœux » de Macron. C’est qu’il faut un twist déjà très prononcé pour revendiquer « avoir posé les bases d’une stratégie ambitieuse pour améliorer l’organisation de nos hôpitaux » (2) quand le système de soin est au bord de l’effondrement et que médecins et infirmières en sont à se suicider ; de même pour prétendre « lutter contre le réchauffement climatique » quand les mesures prises finissent par écoeurer un personnage a priori aussi disposé à tous les simulacres que Nicolas Hulot.

       Ou pour se targuer « d’éradiquer la grande pauvreté » quand, du fait de politiques de guerre sociale à outrance, elle explose dans les statistiques et sous nos yeux mêmes. Il faut avoir passé des caps pour expliquer sans ciller que la transformation « en profondeur des règles de l’indemnisation du chômage », de « l’organisation du secteur public » et de « notre système de retraite », transformations qui promettent les demandeurs d’emploi à une précarité sous surveillance sans précédent, le secteur public au saccage néomanagérial, et les retraités à la misère, pour expliquer, donc, que tous ces bons soins sont faits « au fond pour bâtir les nouvelles sécurités du XXIe siècle ».

       À ce stade, l’examen clinique est déjà très lourd, mais il ne prend sa véritable consistance qu’au moment, proprement glaçant, où le sujet déclare placer toutes ses intentions sous le signe de la vérité et de la réalité, et jusqu’à en faire un vœu« un vœu de vérité » — consciencieusement mâchonné par le commentariat médiatique. C’est alors qu’on le voit passer le 38e parallèle quand, bien en face, il nous souhaite pour 2019 « de ne pas oublier qu’on ne bâtit rien sur des mensonges ». Et c’est à l’instant où il nous sermonne que « nous nous sommes installés dans un déni parfois flagrant de réalité » que toutes les alarmes se mettent à sonner.

       C’est donc avec des profils de ce genre qu’il faudrait aller jouer au « grand débat », et avec lesquels la « presse démocratique » appelle elle aussi à aller « parler », puisque « parler », c’est la « démocratie ». Des profils qui ont pourtant annoncé la couleur, qui invitent à discuter de tout mais sous l’évidence préalable qu’« on ne détricotera pas ce qui a été réalisé en dix-huit mois », c’est-à-dire qu’on ne changera rien — sinon à donner du même en pire. On réalise ici que c’est de nouveau à Benjamin Griveaux qu’on doit cet encouragement à débattre, décidément un personnage remarquable, fin connaisseur du pays profond depuis « la clope et le diesel (3) », et l’on se dit qu’on pourra raconter ce qu’on veut à propos des animateurs de l’après-midi « Portes ouvertes » au ministère, sauf qu’ils ont manqué de sens politique.

       Comme un événement se reconnaît à sa puissance de classement, à son pouvoir de montrer qui est où, et qui pense quoi — après le TCE de 2005, Trump ou le Brexit, celui des « gilets jaunes » en est un au plus haut point —, l’événement dans l’événement, dont les portes défoncées du ministère fait certainement partie, l’est au carré : il fait tout sortir. À commencer de l’intéressé lui-même qui, pour se refaire une dignité express après avoir changé de linge, va puiser dans les dernières ressources de son lyrisme Sciences-Po pour expliquer que ce qui a été attaqué, « c’est la maison France ». Si l’on prend le parti charitable de considérer que « la maison France » (assez judicieusement rebaptisée par un internaute « la maison Business France ») n’est pas une entité imaginaire pour enfants en bas âge, ou bien pour délirant échappé du CMP, il faut expliquer à Griveaux que, non, c’est bien lui qui a été visé, qu’il n’était d’ailleurs pas illogique qu’il en fût ainsi car, est-il dit quelque part, le malheur va à celui par qui le scandale arrive et que, porte-parole d’une clique qui scandalise le pays, il a lui-même, à force de provocations et de mépris, porté l’outrage général à des sommets qu’on ne peut décemment pas imaginer franchir en toute impunité. Appelons donc Benjamin Griveaux à refaire des distinctions élémentaires, dont la perte est une indication préoccupante de plus : il n’est pas « la maison France » en personne, ni même « les institutions ».

       Cette confusion n’existe cependant pas qu’à l’état isolé dans les têtes les plus dérangées de ce gouvernement. Un reportage court mais frappant de l’AFP auprès des forces de l’ordre révélait avec quelle sorte de conditionnement les chefs bourrent les têtes de la troupe avant de l’envoyer matraquer : « ils nous disent que si on perd cette bataille-là tout peut s’effondrer. Ils nous rappellent l’importance de notre métier pour la démocratie et la république (…) Notre vocation, c’est de défendre les institutions (4) », témoigne ainsi l’un d’eux. Brutes fascisées mises à part, qui n’ont besoin d’aucun motif pour cogner, que resterait-il de l’ardeur des policiers si on leur expliquait posément que, Griveaux et Macron dégagés, les « institutions », qui ne se confondent pas avec leurs occupants transitoires, seraient toujours là… accessoirement débarrassées des personnages qui leur bricolent la même vie pourrie que ceux sur qui ils ont ordre d’aller taper ? Défendre Macron n’est pas défendre « les institutions » : c’est défendre Macron — barricadé dans les institutions.

       Mais l’on pourrait aussi, à l’exact inverse, répondre tout autre chose au spasme indigné de ce que, sinon « la maison France » du type en rupture de cachets, ce sont « les institutions de la République qu’on attaque », autre chose qui ferait le choix de prendre cette phrase de carton-pâte au sérieux malgré tout, et qui lui dirait que, tout bien réfléchi, en définitive, oui, c’est vrai, il y a de ça. On ne sait jamais trop où se situer entre le trop et le trop peu d’importance accordée aux questions institutionnelles, mais si vraiment les renversés du Fenwick tiennent à en parler, alors oui : se débarrasser des institutions de la Ve République, ça peut en effet faire partie de l’idée générale (5).

       Il faut que les « défenseurs de la démocratie », forcenés médiatiques hurlant à la « sédition » et aux « factieux » avec les forcenés politiques, aient perdu de longue date l’idée de la démocratie qui, il faut visiblement le leur rappeler, consiste en l’activité autonome par lesquelles les peuples créent non seulement leurs lois mais leurs institutions — créent, c’est-à-dire s’autorisent à recréer chaque fois qu’ils le jugent opportun. On aura donc du mal à tenir le renversement des institutions en vue de refaire de nouvelles institutions pour une activité opposée à la démocratie quand elle en est l’expression même.

       Pour parler aux forcenés avec des références simples qu’ils peuvent peut-être comprendre, de Gaulle en 1958, par exemple, se propose de « renverser les institutions de la république » — la IVe. Comme on sait, il s’est alors agi, dans la manière, davantage d’un coup d’État que d’une refondation démocratique, mais comme de Gaulle est leur doudou à tous, et qu’ils tiennent tous ce cas de « renversement des institutions de la république » pour une chose très admirable, un argument a fortiori devrait les convaincre sans peine que la même chose appliquée à la Ve, mais avec beaucoup de monde au lieu d’une sorte de junte, est encore plus exemplairement démocratique.

    https://www.scoop.it/t/art-naif/p/4079683938/2017/06/01/decressac-dessins-et-autres-crottes-de-nez

       Pour tout dire, on sait bien qu’aucun argument ni aucune logique n’auront plus la moindre prise sur ces esprits. Tout autant que ce gouvernement, la presse mainstream qui fait bloc avec lui a quitté le réel. Départ qui hésite entre les formes du grotesque et celles du refuge dans les principes supérieurs, crécelles à tourner quand, le dos au mur, on n’a plus rien à dire. Le grotesque par exemple quand France Inter convie une « spécialiste des discours politiques » à commenter les vœux de Macron et, joignant le pire radiophonique au pire universitaire, obtient sans peine de l’invitée choisie à cette fin que prononcer les vœux debout, c’est « donner une image de dynamisme et de jeunesse », mais aussi « casser l’image très éloignée des Français (6) » — avouons qu’ici le « service public » ne pouvait guère cerner de plus près le sentiment du public, à qui l’écoute de l’allocution présidentielle a certainement fait cet effet-là exactement, et inspiré des pensées toutes pareilles. « Donc un président qui a entendu, et qui se remet en marche » résume Alexandra Bensaïd, avec une parfaite objectivité, elle aussi vouée à tomber des nues le jour où les portes de la Maison de la Radio seront à leur tour enfoncées à l’engin de chantier.

       Comme par une sorte de prescience du Fenwick qui vient, le monde des médias prend les devants et n’en finit plus de s’envelopper préventivement dans la « démocratie », de crier que si on lui touche un cheveu à lui, c’est elle qu’on assassine, et qu’il n’y a pas de plus grand crime. Alors dans une crise d’écholalie qui sent les paniques terminales, il ne dit plus, en boucle et en désordre, que « république », « les institutions », « démocratie » et « liberté de la presse ». Mais il y a belle lurette que « la démocratie », dans ces bouches, n’est qu’un mot ectoplasme, comme « presse libre », et ça n’est certainement pas un hasard que les deux se serrent l’un contre l’autre pour tenter de se sauver solidairement — la « démocratie » du capital accrochée à la « presse libre » du capital (ou à celle de l’État du capital).

       Déjà au naturel apparentées à ces concepts dont Deleuze disait qu’ils sont « gros comme des dents creuses », la « presse libre » et la « démocratie » sont des abstractions vides de sens, dont les tenants voudraient qu’on les révère en principe, alors qu’on n’en juge qu’en situation. Montrez-nous telle presse, et tel système de gouvernement, nous vous dirons s’ils sont libres et démocratiques, indépendamment des étiquettes avantageuses qu’ils se donnent, et pour le reste, inutile de s’agiter avec des généralités à faire du vent. Quel effet pourrait bien nous faire par exemple l’étiquette de « presse libre, pilier de la démocratie » quand on écoute BFM, France Info (qui est pire que BFM), ou qu’on lit le JDD en ce moment ?

       On comprend en tout cas que, dans toute cette affaire, la question de la violence soit le point de cristallisation absolue. D’abord parce qu’elle répond à une série d’égalités ou d’oppositions entre « dents creuses » suffisamment rudimentaires pour entrer dans des têtes de journaliste : violence = contraire de démocratie ; or démocratie = bien suprême, et incidemment démocratie = presse (libre) ; donc presse libre = bien suprême, et violence = ennemi de presse libre (spécialement quand ça commence à chauffer à proximité des sièges de médias). Mais aussi, bien plus encore, parce que la violence n’est pas que le point d’outrage, ou de terreur, de la « presse libre » : elle est son point de mauvaise conscience.

       Depuis trente ans en effet, la structure institutionnelle d’ensemble, dont les médias sont un élément décisif, n’a pas cessé d’organiser la cécité, la surdité et la tranquillité des puissants — dont Griveaux est le produit achevé, la forme pure : « à l’écoute », il « entend » qu’il faut accélérer, et puis s’étonne de se retrouver avec une porte cochère sur les bras. Or depuis 1995 jusqu’à aujourd’hui, en passant par Le Pen en 2002, le TCE de 2005, le Brexit, Trump, etc., les médias dominants se sont scrupuleusement tenus à leur tâche de gardiennage qui consistait à renvoyer toute manifestation de mécontentement à l’irrationalité et toute demande d’alternative à l’irresponsabilité, pour placer la continuité gouvernementale néolibérale hors d’atteinte. Quand tous les médiateurs, médiatiques et syndicaux, ont cessé depuis trois décennies de médiatiser quoi que ce soit, quand le jeu ordinaire des institutions ne produit plus que du Griveaux, et que sa manière très spéciale « d’écouter » est bénie, au moins par omission, par la corporation éditorialiste, il ne faut pas s’étonner qu’ayant parlé si longtemps dans le vide et à bout de souffrances, le peuple n’ait plus d’autre solution sous la main que de prendre la rue et d’enfoncer les portes pour se faire entendre une bonne fois.

       On comprend mieux que les médias soient accrochés à leur cher tamis, celui qui doit faire le tri des « agitateurs factieux » et des « gilets Jaunes pacifiques ». Il leur sera difficile d’admettre, comme en témoignent pourtant les sondages aussi bien que la « cagnotte du boxeur », que les seconds soutiennent tacitement, voire explicitement, les premiers. Et que ces seconds voient très bien que, sans ces premiers, ils n’auraient même pas obtenu les miettes qui leur ont été octroyées avec condescendance, car toute manifestation « citoyenne » et « pacifique » est vouée à la nullité dans le système de la surdité institutionnelle organisée — un mois de quasi-insurrection pour un moratoire sur l’essence et quelques clopinettes autour du SMIC : nous connaissons maintenant les tarifs de la « démocratie à l’écoute ».

       La « violence » dont s’épouvante la corporation, et dont elle voudrait épouvanter avec elle le reste de la population, offre donc en creux l’exacte mesure de sa carence. Et comme il est trop tard, comme par ailleurs, à l’image de tous les pouvoirs, le pouvoir médiatique est incapable du moindre apprentissage — les médias ne font-ils pas partie depuis des décennies des institutions les plus détestées, et qu’ont-ils fait, année après année, sinon enregistrer stupidement leur discrédit sans rien changer ? —, alors la corporation campera sur ses équations pour débiles légers : violence = mal incompréhensible, en fait même inconcevable.

       Feignant de ne rien comprendre, ou ne comprenant rien vraiment, les médias croient qu’on les chicane injustement sur des questions de comptage, ou bien pour avoir montré quelques fascistes au milieu des « gilets jaunes » — avec l’appui de sociologues à la pointe de la connaissance scientifique, comme Michel Wieviorka, qui a « vu dans Paris des tags avec un "A" entouré, qui est un signe d’extrême-droite (7) ». Aussi bien éclairés, on comprend qu’ils ne puissent pas voir qu’à part leur racisme social foncier, c’est par leur fusion manifeste avec toutes les vues des dominants, et plus encore sur la question de la violence que se joue actuellement leur infamie. Répéter jusqu’à la nausée « casseurs », ne montrer que la violence des manifestants, occulter systématiquement celles de la police, c’est infâme.

       Aussi bien l’expérience concrète que l’enquête tant soit peu soigneuse confirment que la police porte la responsabilité pratique du niveau des violences. L’expérience concrète car, depuis 2016 déjà, on ne compte plus les témoignages de manifestants parfaitement pacifiques que le matraquage sans motif, sans préavis, et sans justification, a rendus enragés, et déterminés à ne plus se laisser faire « la fois d’après ». Quant à l’enquête, celle de Laurent Bonelli rapporte ce propos recueilli d’un « haut responsable des forces de maintien de l’ordre » : « c’est nous, l’institution, qui fixons le niveau de violence de départ. Plus la nôtre est haute, plus celle des manifestants l’est aussi ». Voilà ce qu’on ne lira jamais dans la presse mainstream.

    https://www.humeurs.be/2015/11/perquisition-a-rocourt/lml20151128_perquisitions-800/

       Qui n’en cultive pas moins l’hypocrisie minimale lui permettant de se croire quitte de ses devoirs « d’informer ». Car, se récriera-t-elle, elle « en parle » ! Si en effet, passé samedi soir, où l’un des journalistes de France Info, un certain Pierre Neveux, encore plus en roue libre que ses collègues, suggère au sous-ministre de l’intérieur d’interdire purement et simplement les manifestations, un flash de dimanche après-midi mentionne bel et bien la scène du flic tabasseur de Toulon. Mais pour l’accompagner d’une interview d’un syndicaliste… de la police, et sans omettre la plus petite des circonstances justificatrices, quitte à relayer toutes les fabrications policières s’il le faut. Pendant ce temps, le boxeur de CRS, lui, est omniprésent. Car voilà toute l’affaire : l’omniprésence, ça s’organise. Et, forcément, ça s’organise sélectivement.

       Un journaliste cependant sauve l’honneur de la profession (heureusement, il n’y en a pas qu’un) : David Dufresne a tenu un compte scrupuleux des violences policières, sauvages, gratuites, illégales. 230 signalements depuis un mois, une encyclopédie de la honte « démocratique », dont la moindre image soulève le cœur et l’indignation. Et surtout — c’est bien ça le problème — suffirait à retourner l’opinion comme une crêpe. Mais qui lui donne la parole Envoyé spécial, brièvement et dans un exercice d’équilibrisme visiblement sous haute surveillance. Et Le Média, seul de son genre, dans une émission comme on est bien certain qu’on n’en verra nulle part ailleurs de pareille.

       Car dans le cercle des médias installés, pas un n’a encore trouvé la force d’articuler explicitement cette vérité de l’époque Macron qu’aller manifester emporte le risque d’une blessure de guerre, ou de sanctions judiciaires ahurissantes. Ni plus ni moins. On attend toujours de voir la « presse démocratique » éditorialiser ou, comme il lui reviendrait en réalité, faire campagne sur ce thème, à l’appel par exemple des avertissements répétés des institutions internationales, ONU, CEDH, Amnesty International. Car, là encore, il y a une différence entre se dédouaner à peu de frais de la restitution des « faits » et en faire quelque chose. Comme les médias croient se dédouaner, à l’image du Monde, en couvrant le mouvement, pour finir par éditorialiser que l’ordre macronien est le bon et que ceux qui persistent à le contester ne sont plus que des « irréductibles violents (8) », ils rapportent a minima quelques cas de violences policières, et puis éditorialisent… ailleurs, c’est-à-dire rien. Manifester, blessure de guerre — mais rien.

       Il apparaît donc que la « presse démocratique » se moque absolument des atteintes réelles à la démocratie. Traquant la fake news jusqu’à l’écœurement, sans d’ailleurs jamais qualifier comme telles toutes celles qui viennent de l’intérieur de son propre système, elle est devenue l’institution centrale de la fake democracy. Et elle s’étonne que les mots-amulettes aient perdu toute efficacité, que les gueux ne mettent plus genou à terre devant le crucifix de la « presse libre », elle se consterne que, ne trouvant rien d’autre pour sa défense que de se réfugier dans « la dent creuse » des principes supérieurs, elle ne recueille plus que les lazzis dans le meilleur des cas, et la rage, à son tour maintenant — implacable mécanique de la solidarité des pouvoirs forcenés : comme ils ont régné ensemble, ils tombent ensemble.

       En l’occurrence ce sont les troupiers médiatiques qui tombent les premiers — comme dans toutes les guerres, les bidasses ramassent pour les généraux. Au reste, on n’est pas tout à fait certain de la mesure dans laquelle, à BFM, les options idéologiques de la base diffèrent de celles du sommet. À tout le moins, il semble que le compte n’y soit plus suffisamment pour continuer de se faire traiter « d’enculé » et sortir méchamment des cortèges en conséquence des agissements de la chefferie. Si cependant les reporters de BFM avaient deux sous d’analyse, ils donneraient à leur débrayage un tout autre sens que celui d’un « boycott de la couverture des “gilets Jaunes” » : le sens d’une grève, c’est-à-dire d’un avertissement à leur direction, responsable réelle de la situation impossible où ils se trouvent. Du reste, exactement de la même manière que les CRS devraient poser le casque en un geste de défiance enfin bien adressé : à l’endroit du gouvernement, qui répand une colère écumante et laisse ses prolos du maintien de l’ordre aller en accuser réception à sa place.

       En tout cas on l’a compris, ce pouvoir médiatique n’est pas moins forcené que ce pouvoir politique. Tous ses choix, et plus encore ses non-choix, le confirment. De quoi parle-t-il, et de quoi ne parle-t-il pas ? Et comment parle-t-il de ce dont il parle, croyant être à jour de ses obligations du seul fait « d’en avoir parlé » ? Pourquoi, par exemple, les médias mainstream qui n’aiment rien tant que se voir partir en croisade et se faire un blason d’investigateurs avec les Leaks et les Papers (qu’on leur envoie) ont-ils fait si peu de choses de ce mail des Macronleaks expliquant benoîtement que les taxes essence étaient écologiques comme Bernard Arnault un militant de la cause du peuple : elles n’étaient faites que pour financer les baisses de cotisations du CICE ? Pourquoi n’en ont-ils pas fait une campagne, comme ils l’ont fait avec entrain au début pour expliquer que les « gilets jaunes » et leurs carrioles puantes étaient les ennemis de la planète ? Pourquoi cet élément accablant n’a-t-il pas fait toutes les une écrites et audiovisuelles pendant plusieurs jours d’affilée, puisque c’est le genre d’opération pour lesquelles les chefferies ont une passion ?

       Pourquoi, également, ne se sont-ils pas saisis de cet accident d’un ouvrier de 68 ans, auto-entrepreneur, mort d’être tombé d’un toit, fait qui n’a rien de « divers » puisque, non seulement il dit tout de l’époque, mais qu’il épouse parfaitement le moment ? 68 ans, ouvrier, auto-entrepreneur, mort au travail : n’y avait-il pas de quoi faire quelque chose de cette sorte de synthèse parfaite ?

       Pourquoi, encore, se sont-ils joints au ministère de l’intérieur pour crier au scandale à propos de la guillotine en carton, au mépris de toute l’histoire populaire des effigies ? Au mépris surtout de ce qu’à fermer jusqu’aux formes symboliques de l’expression de la colère, après en avoir fermé toutes les formes politiques, ils devraient se demander quelles solutions d’expression ils lui laissent.

       Les vrais forcenés sont ceux dont le pouvoir, joint à l’acharnement, produisent ce genre de situation. Du code du travail à la gueule des manifestants, ce sont eux qui cassent tout — c’est bien ça le problème avec les forcenés : ils cassent tout. Cependant, il y a un moyen très simple de les en empêcher : on leur envoie les infirmiers. Les « gilets jaunes » le pressentent-ils : il y a quelque chose en eux de la blouse blanche.

     

    (1À 79 % de taux de participation et 45 % de vote utile (mesurés par un sondage Opinionway), les 24,1 % de Macron au premier tour donnent un soutien réel de 10,47 % des inscrits.

    (2Emmanuel Macron, « Vœux 2019 aux Français », 31 décembre 2018.

    (4« Si on perd cette bataille-là, tout peut s’effondrer », AFP, 9 décembre 2018.

    (5Fenwick est une marque bien connue de chariot élévateur.

    (6Cécile Alduy, Le 7/9, France Inter, 1er janvier 2019.

    (7« L’Info du vrai », CNews, 7 janvier 2019.

    (8Éditorial, « Gilets jaunes : sortir de l’impasse », Le Monde, 24 décembre 2018.

     https://blog.mondediplo.net/les-forcenes

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    Luc Desle


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (QUI MAÎTRISE SA VIE

    EST UN SACRÉ MENTEUR)

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    (Parfois Adrien n'avait pas le moral)

     http://universalkeys.tumblr.com/post/181891155292

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    La République des inspecteurs

       En 192 4, le critique littéraire Albert Thibaudet avait parlé d’une « république des professeurs » à propos de la composition socioprofessionnelle des membres du Cartel des gauches. En 2018, Laurent Mauduit, journaliste et co-fondateur de Mediapart, s’attelle à la description d’une république des inspecteurs des finances dans son dernier essai intitulé La Caste. Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir . Auteur d’une quinzaine de livres, dont l’un des plus récents porte sur les renoncements du Parti socialiste : A tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient , Mauduit vise cette fois-ci le gouvernement d’Emmanuel Macron.

       Selon Mauduit, une certaine haute fonction publique aurait pris le pouvoir. L’élection de Macron, haut fonctionnaire, ex-banquier d’affaires de moins de quarante ans, mais aussi ancien assistant (éditorial) du philosophe Paul Ricoeur, qui écrivait dans les années 1960 que les « oligarchies de compétents, associées aux puissances d’argent » constituaient un danger pour la démocratie, incarne cet état de fait. Cette élection inattendue, qualifiée par Macron lui-même d’« effraction » résulte du double naufrage des socialistes et des néogaullistes. Si le journaliste de Mediapart valide ce terme d’ « effraction », il estime également que l’événement constitue l’aboutissement d’un processus historique, celui de l’association victorieuse d’une caste – les hauts fonctionnaires de Bercy – au monde de la finance.

       Mauduit expose une « opération de sécession que ces élites publiques, cette caste, ont conduite à leur profit. » Le mot est fort. Il est d’ailleurs employé par Macron lui-même dans son livre Révolution, publié en 2016. A cette occasion, le candidat dénonce à la fois l’emprise et les protections dont bénéficient certains hauts fonctionnaires. Mauduit considère que les contours de ce groupe se dessinent principalement autour de Bercy et en particulier au sein de l’inspection générale des finances. Il insiste sur leur proximité et leur porosité avec les banques françaises.

       « La prise du pouvoir s’est déroulée en deux temps. Hold-up économique, d’abord.», écrit Mauduit, à la faveur des privatisations qui ont fait évoluer le capitalisme français du modèle rhénan vers un modèle anglo-saxon. Il diagnostique une perte de l’intérêt général chez ces hauts fonctionnaires à force de pantouflage. En effet, la majorité des entreprises publiques privatisées seront ensuite dirigées par des membres de l’inspection des finances.

       Concernant l’aspect politique, le journaliste économique estime que la diversité intellectuelle et politique de la haute fonction publique, présente dans les années 1960-1970, a aujourd’hui quasiment disparu. Ces fonctionnaires sont progressivement gagnés par la pensée néolibérale et font en retour régner à Bercy l’idée qu’il n’y a plus d’alternative. « Si bien que les politiques économiques et les politiques sociales ont fini par se confondre totalement avec pour conséquence une crise démocratique majeure. » L’hégémonie néolibérale expliquerait l’éclipse du Parti socialiste, contraint de mettre fin à ses ambitions réformistes, et l’abandon du volontarisme économique par le parti néogaulliste. En effet, la « caste » dicterait de plus en plus la politique économique et sociale avec pour refrain : « moins d’impôts ! Moins d’Etat ! Moins de déficit ! Plus de privatisations ! Moins de protections ou de réglementations sociales ! »

       La conquête directe du pouvoir politique avec l’élection de Macron témoignerait d’une nouvelle assurance et révèle la crise démocratique que nous traversons. Mauduit considère que la « caste », une fois au pouvoir, fait montre de son empressement à réformer et ignore le processus démocratique. Libérale en économie, elle tire parti des dispositifs autoritaires mis à sa disposition par la constitution de la Ve République. Mauduit invite à méditer les avertissements formulés par Marc Bloch dans l’Etrange défaite, écrit peu après la débâcle de 1940. L’historien des Annales y critique une haute fonction publique insuffisamment républicanisée et restée dans le monde de l’Ancien Régime. Aujourd’hui, selon Mauduit, celle-ci ne défendrait plus l’intérêt général mais celui de la finance.

       Au fil de son essai, Mauduit revient sur l’histoire de l’ascension de cette caste et des liens qu’elle entretient avec le monde des banques, en particulier à la faveur des privatisations des années 1980-1990. A propos de cette connivence qui mène à une confusion des intérêts, il parle de « capitalisme de barbichette ». Maudit pense qu’avec « Emmanuel le Petit », nous assisterions à un retour du bonapartisme, sans son volet social, du fait du style vertical adopté par le nouveau Président. Mauduit rappelle que cette montée en puissance technocratique ne concerne pas que la France, même si l’ENA y pèse d’un poids particulier. L’Europe en fait aussi les frais : que cela soit au sein de ses institutions (le pantouflage de Barroso chez Goldmann Sachs) ou de ses pays membres (l’expérience italienne du gouvernement de technocrates de Monti).

       Pour autant, il existerait une indulgence française à l’égard de cette oligarchie, notamment parce que beaucoup de dirigeants politiques restent issus de l’ENA. Si Mauduit est conscient des travers de l’expression de « caste », qui pourrait donner lieu à des dérives, en montant le peuple contre ses dirigeants et en éclipsant la question sociale, il estime le terme nécessaire pour bien comprendre les travers oligarchiques du capitalisme « inégalitaire » actuel.

       En conséquence, le journaliste en appelle à une nécessaire refondation démocratique. Il conviendrait de retrouver une haute fonction publique qui adhère davantage aux valeurs de la République, de reconstruire une séparation entre public et privé, en cessant notamment de privatiser les services publics et de multiplier les partenariats entre le public et le privé. Ainsi Mauduit propose d’en finir avec l’ENA et l’inspection des finances. Pour lui, la formation des hauts fonctionnaires doit relever de l’Université, plus apte à doter d’un esprit critique et à œuvrer à la démocratisation de la fonction publique.

       Mauduit relève malicieusement que l’un des plus fervents défenseurs de cette réforme de la haute fonction publique n’est autre que le premier allié de l’actuel président : François Bayrou. Dans un entretien avec Maudit, le président du Modem propose de sélectionner les hauts fonctionnaires à partir de la trentaine parmi un vivier de fonctionnaires méritants, en s’inspirant du modèle de l’Ecole de Guerre. Plus largement, pour Mauduit, une telle réforme nécessite d’en finir avec le présidentialisme de la Ve République.

       Laurent Mauduit livre une démonstration très documentée et une galerie de portraits des membres de cette « caste » et de leurs parcours entre Bercy et le CAC 40. Son énumération est parfois un peu longue, mais vise à renforcer son propos et est servie par son sens de la formule. Le co-fondateur de Mediapart aurait également pu revenir sur l’objet initial des corps des inspecteurs des finances. De même, il aurait pu relativiser davantage l’acuité nouvelle de cette porosité entre l’ENA et le pouvoir politique, bien qu’il envisage le moment présent comme un aboutissement de cette logique et qu’il multiplie les rappels historiques. Cette affinité représente en effet une constante dans l’histoire de la Ve République. Pour autant, La Caste contribuera au débat actuel sur la représentativité en politique.

    https://www.nonfiction.fr/article-9707-la-republique-des-inspecteurs.htm

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    Luc Desle


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     Pensées pour nous-mêmes:

    (DANS LE DÉSORDRE

    SOUVENT JAILLIT LA LUMIÈRE)

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    "Toi, t'as fait la nouba toute la nuit, hein?

    - Wouf"

     https://infinite-paradox.tumblr.com/post/181232568420

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     Image associée

    https://www.bedetheque.com/serie-1562-BD-Cri-du-peuple.html

    GILETS JAUNES – ENTRETIEN AVEC DAVID DUFRESNE

    Violences policières contre les Gilets jaunes :

    « Cette répression laissera des traces »


    paru dans CQFD n°172 (janvier 2019), rubrique ,
    par Emilien Bernard, illustré par  

    Parcourir « Allô Place Beauvau », le fil Twitter que le journaliste David Dufresne a lancé le 4 décembre dernier pour recenser les violences policières, procure vite une sensation d’écœurement. D’autant que la liste ne cesse de s’allonger : 207 signalements – souvent assortis de vidéos – à l’heure où ces lignes sont écrites...

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       ... De Paris à Saint-Étienne, de Biarritz aux Côtes-d’Armor, des plus grandes avenues de la capitale aux ronds-points des bleds les plus paumés, c’est toujours la même histoire : des policiers abusant de leur pouvoir, injuriant, frappant, lynchant, blessant, mutilant. Une sorte de kaléidoscope de la répression tous azimuts, où défilent grenades de désencerclement, tonfas, flash-balls éborgneurs, high-kicks dans la tête et gazeuses surmenées. Au bout du visionnage, ce constat : on a beau savoir l’institution policière capable de bien des vilenies, on n’avait jamais vu ça.

      En matière de répression, David Dufresne n’a rien du perdreau de l’année. En 2007, il publiait un ouvrage très fouillé intitulé Maintien de l’ordre, enquête [1] , livrant les dessous de ce qui alors était vu comme une spécialité française aux rares accrocs — une autre époque. Depuis, il a entre autres enquêté sur l’industrie carcérale aux États-Unis, sur l’affaire de Tarnac ou sur Vesoul et le mythe Brel [2] , mais il n’a jamais perdu de vue ce terrain d’investigation qu’il maîtrise sur le bout des doigts et aborde longuement dans cet entretien. Son constat : les dernières semaines ont vu le maintien de l’ordre hexagonal prendre un tour franchement inquiétant. La parole est à l’accusation.

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       / Il y a plus de 200 signalements de violences policières sur ton fil Twitter « Allô Place Beauvau ». Pourquoi avoir lancé ce travail de documentation ?

       - « Quand j’ai débuté le recensement des violences policières sur Twitter, je souhaitais simplement comprendre ce qui se passait. Je venais de découvrir le mouvement Gilets jaunes dans le Tarn, où j’étais allé de rond-point en rond-point, et les images de répression qui me parvenaient d’ailleurs me semblaient assez effarantes. D’autant qu’elles suscitaient chez journalistes et politiques une attitude de pur déni. Au bout de quinze jours de recensement, j’étais toujours dans l’incompréhension : que se passe-t-il ? Et aujourd’hui c’est toujours le cas.

       Jamais je n’aurais pu imaginer une telle masse de blessés, de non-respect des règles les plus basiques du maintien de l’ordre, de provocations. Ce qui se passe est absolument ahurissant pour quelqu’un qui a travaillé sur le maintien de l’ordre français et connaît son histoire. Des manquements graves à une telle échelle, c’est inouï. Même si la police des polices menait de véritables enquêtes, ce ne serait pas suffisant : il y a un véritable mouvement de fond.

       Avant tout, je veux savoir pourquoi il y a eu tous ces blessés et mutilés. Pourquoi on traîne une dame par les cheveux sur quarante mètres. Pourquoi on tire au flash-ball en pleine figure. Pourquoi on éborgne des gens qui ne faisaient que manifester. Pourquoi ces terribles images de gamins matés à Mantes-la-Jolie, sans que cela n’émeuve véritablement au-delà d’un tweet indigné. Je suis tout bonnement sidéré par ces images et ces témoignages. Sachant qu’il n’y a jamais aucune innocence en matière de maintien de l’ordre : c’est un domaine éminemment politique, assujetti au pouvoir. »

       / Dans Maintien de l’ordre, enquête, tu décryptais la gestion millimétrée du maintien de l’ordre, avec ses RetEx (« retoursur expérience ») après chaque manifestation, sa connaissance du terrain, sa maîtrise psychologique. Or, on a l’impression que cela relève du passé, que l’improvisation règne.

       - « Je l’ai déjà dit ailleurs : le maintien de l’ordre à la française vient de voler en éclats. Il est possible qu’il se soit fissuré avant, notamment pendant la période des manifestations contre la loi Travail où semble-t-il (je n’étais pas en France) les germes de la dérive étaient en place. Mais là, il est en miettes.

       Depuis 1968 au moins, la France était fière de son maintien de l’ordre, qui s’exportait à l’étranger, avec en étendard l’idée d’une réponse proportionnée, dépassionnée. Cela n’empêchait pas d’autres “ bavures ” hors-champ, notamment en banlieue [3], mais la police savait contenir la foule de manière pacifique. Ce n’est plus le cas. Car ce qui s’est passé ces dernières semaines est totalement contraire aux règles en la matière. Comme si le maintien de l’ordre à la française, avec désescalade et graduation de la réponse, n’avait jamais existé. On utilise des moyens de dispersion de fin de cortège dès le début des manifestations. On encourage le contact. On attise la colère. Tout le contraire de la doctrine appliquée par le passé.

       C’est en partie la conséquence d’un changement de tactique. La confrontation directe n’est plus vue comme la marque d’une erreur. Jusqu’ici la règle ultime était : montrer sa force pour ne pas s’en servir. Elle n’a plus cours. Il y a notamment eu ce choix de mettre en place le Dispositif d’action rapide (DAR), d’où notamment ces hommes en moto porteurs de LDB 40 [4]. Quand je les ai vus à l’œuvre je n’en revenais pas, parce que je suis de la génération “ voltigeurs ” et que j’étais dans la manifestation où est mort Malik Oussekine (1986) — un traumatisme des deux côtés. C’est un signal très fort. Qui pour moi annonce des dérives encore plus fortes. »

       / C’est aussi la conséquence d’un mouvement qui prend la rue de manière non-orthodoxe, non ? On est loin des manifs plan-plan Bastille-Nation...

       - « Il y a évidemment quelques explications rationnelles. Le fait de mobiliser des policiers et gendarmes qui ne sont pas formés pour le maintien de l’ordre. Le côté imprévisible des cortèges, où les trajets ne sont pas négociés, à l’inverse de ce qui se passe généralement pour les manifs autorisées. L’utilisation des réseaux sociaux qui permet aux manifestants d’éviter les dispositifs policiers. Ou la fatigue des agents. Mais ce ne sont pas des excuses.

       Prenons la fatigue : à partir du moment où le politique fait le choix de tout miser sur la peur, l’état d’urgence, les patrouilles perpétuelles, Vigipirate, etc., Il est normal que les flics soient fatigués. D’autant plus quand éclate un mouvement social de grande ampleur. Mais le vote des citoyens accorde le monopole de la violence légitime au pouvoir, ce qui implique des devoirs, des responsabilités. Si le politique n’est pas capable de faire en sorte que le policier ne soit pas fatigué, c’est de sa faute. »

       / Pourquoi cette répression tous azimuts ne suscite-t-elle pas davantage de réactions ?

       - « Il y a aujourd’hui un seuil de tolérance considérablement plus élevé que par le passé en matière de violences policières. Vingt ou trente ans plus tôt, il aurait suffi d’un blessé grave pour faire scandale. Mais on vit désormais dans une société sécuritaire, laquelle a pavé la voie à de telles issues dramatiques. Conséquence : on peut blesser et mutiler sans que cela n’émeuve grand-monde.

       Politiques, justice et médias œuvrent tous à renverser l’accusation, pointant les “ casseurs ”. Le discours télévisé de Macron était à cet égard extrêmement symptomatique. Il n’a pas eu un mot pour les blessés, les mutilés. Au début de son allocution, il a eu cette phrase très forte : “ Quand la violence se déchaîne, la liberté cesse. ” Elle peut évidemment se lire dans les deux sens. Parce qu’il y a une violence inouïe qui s’abat sur les manifestants. Et il est clairement perturbant de voir que personne ne s’élève contre cette dérive. Comme si la liberté publique n’avait que peu d’importance.

       À cet égard, la généralisation des arrestations préventives est un signal très fort, l’autre pan de la tenaille. On est là dans un recul terrible du droit à manifester. Des gens sont incarcérés sur des accusations extrêmement floues. Comme si l’on disait que tous les gens qui vont au stade sont susceptibles d’être des hooligans. Et cela se passe dans un pays où l’hymne national est celui de la Révolution... »

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       / Les médias sont également en première ligne...

       - « Oui, ils jouent un rôle important dans cette banalisation de la répression. Ils réalisent un travail dérisoire à l’aune de l’importance de la chose. Il y a d’un côté une presse réac qui est dans le déni absolu, presque pathologique. Et de l’autre quelques journaux et médias qui font le boulot, mais de manière “ apaisée ”. Ils donnent la parole à un sociologue, ou bien à un journaliste, et puis c’est tout.

       À titre personnel, j’ai été interviewé pour le journal de 20 heures sur France 2 par une journaliste spécialisée police, bien décidée à ne pas irriter ses sources. Si bien que le montage réalisé était absolument consternant. Sur un sujet d’une minute trente, plusieurs syndicalistes de la police s’exprimaient tandis qu’on n’avait gardé que cinq secondes anodines de mes réponses.

       L’histoire de la banderole “ Macron démission ” effacée lors de la diffusion d’images au journal de France 3 est également très symptomatique du climat qui règne au sein des rédactions. C’était très maladroit, voire stupide, à tel point qu’ils se sont fait prendre la main dans le pot de confiture. Mais pour un raté aussi flagrant, combien de choses qu’on ne voit pas ? D’auto-censures à répétition ? »

       / À l’inverse, on a parfois eu l’impression que le gouvernement soufflait sur les braises...

       - « Le pouvoir a dès le début fait le choix de la dramatisation, à tous les niveaux. On l’a vu avec les déclarations du ministre de l’Intérieur et de son numéro deux affirmant qu’il allait y avoir des morts à la prochaine mobilisation. Ou avec le déploiement de blindés sur les Champs-Élysées. Avant même les manifestations, l’escalade était annoncée. Quant aux interpellations en rafales, c’était avant tout une technique de communication, permettant d’annoncer en grande pompe : “ On a fait 1 500 interpellations dans la journée. ”

       À cette débauche répressive, ils n’apportent aucune explication convaincante. Les manifestants seraient de plus en plus violents ? Ça ne résiste pas aux faits. En mai 68 ou dans les manifs autonomes des années 1970 et 1980, il y avait des cortèges autrement plus violents, alors même que les policiers étaient moins bien protégés — ils n’ont pourtant pas occasionné tous ces mutilés, loin de là. Je cite souvent une phrase du préfet Maurice Grimaud, dans une lettre envoyée aux forces de l’ordre en mai 68 : “ Frapper un manifestant à terre, c’est se frapper soi-même. ” Aujourd’hui, on n’imagine pas une seconde ce discours en provenance de Christophe Castaner ou d’Édouard Philippe.

       En matière de mise en scène, il y a également eu l’usage de blindés pour dégager des petites barricades. C’était grotesque. Même les plus révolutionnaires savent très bien que les barricades à l’heure actuelle et dans de grandes avenues n’ont pas de valeur tactique, simplement symbolique.

       Mais dans une gestion de la foule, arriver surarmé permet d’envoyer un signal : celui de l’urgence, de l’extrême violence. Globalement, tout cela est conditionné par l’idée que l’on ne serait plus dans le cadre de manifestations, mais de violences urbaines. Les arrestations de masse ou les discours musclés s’inscrivent dans ce champ. »

       / Un incident grave a récemment défrayé la chronique, celui de ce motard qui, le samedi 22 décembre, a sorti son arme de service face à des manifestants.

       - « C’est un cas de dérive du maintien de l’ordre assez frappant. J’étais effaré de lire qu’Édouard Philippe a rencontré ces policiers pour les féliciter. Parce qu’ils ont fait n’importe quoi. Ces vidéos sont certes impressionnantes. Mais derrière l’effet d’hypnose, c’est un cas qui bafoue le maintien de l’ordre à la française. Un policier qui sort son arme et vise la foule ? Cela n’arrive pas par hasard. En lançant des grenades sans raison alors même qu’ils étaient isolés, ils ont rendu la foule hostile, ont créé la condition de leur propre agression. C’est a minima une erreur de leur part. Ou une provocation. De toute manière, ils ont eu recours à des moyens non proportionnés. Une faute grave. Reste qu’ils sont soutenus, félicités, ont droit à leur quart d’heure de gloire. C’est impardonnable. »

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    / Pour toi, il y aura retour de bâton...

       - « Jusqu’ici, on considérait qu’il vaut mieux des carcasses de bagnoles en feu que des gens à l’hôpital. Aujourd’hui on a les deux. Comme si la police n’avait pas tout à fait choisi sa stratégie. Sauf à considérer que blesser des gens serait son but. Quoiqu’il en soit, cela laissera des traces.

       La réponse répressive assénée est pensée à très court terme. Il s’agit d’effrayer et de pousser les manifestants à rester chez eux. Mais ça ne fonctionne pas vraiment, même s’il y a à l’heure où l’on se parle [le 25 décembre] une forme relative de trêve des confiseurs. Surtout, ils sont en train de radicaliser des gens qui ne l’étaient pas. Les militants qui ont des velléités d’insurrection gagnent des troupes au fil des jours. Certains qui étaient jusqu’ici très loin de ce genre de perspectives sortent ravagés par cette expérience, avec une immense colère emmagasinée.

       Dans ce mouvement très protéiforme, la détermination ne cesse de grimper, et pas seulement à Paris. Le nombres d’insultes et de refus d’obtempérer auxquels font face les policiers sur les ronds-points est très représentatif. Il y a clairement un changement de braquet. Sachant que ce ne sont plus les CRS ou les gendarmes mobiles qui sont concernés, mais les gendarmes du coin, pas du tout formés au maintien de l’ordre. »

       / Cette situation est-elle amenée à durer ?

       - « La répression très violente souligne le caractère exceptionnel de ce qui est en train de se passer. Ce qui pose des questions. Est-ce que l’exceptionnel va durer ? Est-ce véritablement une doctrine ou bien une réponse dans l’urgence ? On est à la croisée des chemins. Pour moi, la dernière fois qu’il y a eu une telle débauche de violence des forces de l’ordre, c’était à Gênes en 2001 [lors du sommet du G8], un cas qui a fait couler beaucoup d’encre.

       J’ai le sentiment qu’il y a une peur panique du pouvoir. Depuis trente ans, le monde politique s’est assis sur tout le monde, avec en point d’orgue Macron et son mépris. Il y a une certaine logique à ce que cette accumulation finisse par exploser de cette manière. Mais ces gens ne sont pas censés céder à la panique. Ils nous toisent tous les jours au journal de 20 heures. Or, quand vient l’heure de vérité, ils ne sont pas responsables.

       On voit également cette frousse s’exprimer dans le rapport aux policiers, notamment dans ces primes et hausses salariales accordées dans l’urgence. Il faut dire qu’il y a eu quelques alertes, à l’image de cette manifestation de flics en civils chantant “ CRS avec nous ”. Cela peut sembler folklorique, mais il faut savoir que les concernés risquent gros. Dans ce métier, tu ne carbures qu’à l’avancement et au dossier qui te suit. Cela reste marginal, mais le pouvoir craint évidemment que ça ne s’aggrave, parce qu’il n’y a rien de pire pour lui.

       Il est logique que le pouvoir cajole les forces de l’ordre : pour l’instant, la réponse n’a été que policière. Parce que du côté de la majorité ou de l’opposition, personne n’est à la hauteur de la situation. Ils sont consternants. Le roi est nu, mais ses rivaux le sont aussi. Et si le choix politique se résume à envoyer la police, la colère va prendre de l’ampleur. La vraie réponse est politique et sociale. »

       / Prenons un peu de champ. On ne vit qu’une heure, ton dernier livre, rédigé avant l’irruption des Gilets jaunes, recoupe étrangement l’actualité, notamment dans sa description d’une population ulcérée, à bout.

       - « Je me suis plongé dans cette enquête sur Jacques Brel et la ville de Vesoul après avoir vécu huit ans au Canada. Le retour a été étrange. Je découvrais tout ce qui avait changé : le creusement des inégalités, le fossé Paris/province toujours plus marqué, la défiance envers les élites. J’ai atterri dans une France où couvait une énorme gronde, qu’exprimait aussi bien le mec du FN/RN qui capitalise sur la colère que le pizzaiolo du coin. J’étais comme un touriste dans mon pays. Et je ne comprenais pas pourquoi les personnes censées documenter cette évolution, les journalistes, les sociologues, les “ corps intermédiaires ”, ne traitaient pas ce sujet.

       Il faut dire que mon enquête commençait dans une ville de Haute-Saône où le mouvement Gilets jaunes est aujourd’hui assez important : Vesoul. Et j’y ai trouvé tellement de choses à creuser que j’y suis resté. L’immersion dans cette petite ville m’a fait l’effet d’un électrochoc : la colère généralisée m’a sauté à la figure. C’est cette même colère qui aujourd’hui s’exprime un peu partout en France. »

    Propos recueillis par Émilien Bernard
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    Cet article est issu de notre dossier « Les pages jaunes de la révolte », 15 pages consacrées aux Gilets jaunes dans le n°172 de CQFD, en kiosque tout le mois de janvier.

    Voir le sommaire.

    Notes

    [1Hachette Littérature. L’ouvrage avait donné lieu en 2010 à un entretien mis en ligne sur le site d’Article11 et toujours disponible : « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police ».

    [2Respectivement : Prison Valley, web-documentaire, 2010 ; Tarnac, Magasin général, Calmann-Lévy, 2012 ; On ne vit qu’une heure, Le Seuil, 2018.

    [3À ce sujet, lire l’excellent Permis de tuer, chronique de l’impunité policière, ouvrage collectif publié par Syllepses en 2014.

    [4Lanceurs de balles de défense.

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    Luc Desle


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    Pensées pour nous-mêmes:

    (CRUEL EST TOUJOURS

    LE CHEMIN VERS

    LA VÉRITÉ)

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    (Source: myanilla, via poppins-me)

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    "Tu as l'air en super forme, Josepha!

    - Tu crois?"

    (via gazingamongstpassion)

    ¤¤¤

    "Boxeuse de CRS, M'sieurs-Dames?"

    (Source: instagram.com, via imposingtrends)

    ¤¤¤

    Nadine Estrella


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